Famine : Jean Ziegler «Ne parler que du climat est une hypocrisie totale» par Cathy Ceïbe et Jean Ziegler | |||||||
Mondialisation.ca, Le 28 juillet 2011 | |||||||
Jean Ziegler est vice-président du Comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies. De 2000 à 2008, Jean Ziegler a occupé la fonction de rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des populations du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est l’auteur de la Haine de l’Occident. La réunion de la FAO tire la sonnette
d’alarme sur la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique en raison de la sécheresse.
Le facteur climatique explique-t-il à lui seul
la situation catastrophique ? Jean Ziegler. Ne parler que de climat est une hypocrisie totale qui élude les vraies raisons de cette catastrophe effroyable. C’est le dernier coup porté aux 12 millions de personnes menacées de famine et aux dizaines de milliers de victimes. La première raison est l’absence de stocks de réserve. Cette sécheresse dure depuis cinq ans. Depuis, les récoltes sont déficitaires. Dans n’importe quel pays, il existe des réserves alimentaires. Les États se préparent en cas de catastrophe. En Somalie, Érythrée, Kenya, Éthiopie, Djibouti, les greniers sont vides.
Ils le sont parce que les prix alimentaires (aliments de base c’est-à-dire riz, maïs, céréales qui couvrent 75 % de la consommation mondiale) ont explosé en raison de la spéculation des hedge funds et grandes banques. Les spéculateurs financiers ont perdu des milliers et des milliers de milliards de dollars lors de la crise financière de 2008 et de 2009. Ils ont quitté les Bourses de papier valeur et ont migré vers les Bourses des matières premières agricoles. Légalement, avec les instruments spéculatifs ordinaires, ils réalisent des profits astronomiques sur les aliments de base. Actuellement, la tonne de blé meunier est à 270 euros. Il y a an, elle était de moitié. La tonne de riz a plus que doublé en un an et le maïs a augmenté de 63 %. Les pays pauvres ne peuvent donc même plus acheter les aliments à même de constituer des réserves. Ils sont impuissants lorsque la catastrophe arrive. La deuxième cause profonde est le surendettement de ces pays. Le service (intérêt et amortissement) de la dette étrangère est tellement élevé qu’il absorbe pratiquement tous les revenus des États et les rend incapables d’investir dans les infrastructures notamment agricoles. Un exemple : seulement 3,8 % des terres arables éthiopiennes sont irriguées alors qu’en Europe, elles le sont à 60 %. L’Éthiopie n’a pas l’argent nécessaire pour puiser l’eau. Aujourd’hui, la nappe phréatique se trouve à 60, 70 mètres sous terre en raison de la sécheresse et, de ce fait, rend inopérantes les méthodes traditionnelles pour lever l’eau. De nombreuses ONG tirent la sonnette d’alarme quant aux promesses non tenues des États en matière d’aide.
Quelle est votre réaction ? Jean Ziegler. Les gens meurent par manque d’argent. Il est extrêmement simple de faire revenir à la vie un enfant gravement sous-alimenté avec de la nourriture thérapeutique intraveineuse. Mais, comme pour les biscuits vitaminés, l’argent fait défaut. Un seul chiffre : le Programme alimentaire mondial (Pam) avait un budget ordinaire planétaire de 6 milliards de dollars. Il a été réduit à 2,8 milliards, soit plus de la moitié parce que les pays riches ne payent plus leurs cotisations. Regardez l’absurdité : jeudi dernier, les États européens de l’euro ont mobilisé 162 milliards d’euros pour sauver les banques détentrices de la dette grecque. Dans le même temps, à Dadaab, au Kenya, le plus grand camp de réfugiés ne peut même plus accueillir des personnes au bord de l’effondrement. | |||||||
04 août 2011
Dans la vallée du Jourdain, exister c’est résister
jeudi 4 août 2011 - 06h:58Jillian Kestler-D’Amours
Al Jazeera
Al Jazeera
Pour les Palestiniens qui vivent sous une répression israélienne de plus en plus dure, leur maintien sur leur terre est un succès en lui-même.
Des bulldozers détruisent un réservoir artificiel dans le cadre de la politique israélienne de restriction de la consommation en eau des Palestiniens.
L’armée israélienne a détruit des puits d’eau et saisi des pompes à eau dans trois communautés palestiniennes différentes dans le nord de la vallée du Jourdain, le 12 juillet. Quelques semaines plus tôt, des officiers et des policiers israéliens avaient rasé 29 maisons dans le village bédouin de Hadidiya, faisant des dizaines de sans-abri, dont 11 enfants, laissés sous la chaleur torride de l’été.
Au même moment, le gouvernement israélien révélait sans trop de bruit son projet de doubler la taille des colonies agricoles israéliennes illégales dans la vallée du Jourdain, lesquelles colonies utilisent déjà l’immense majorité des ressources en eau et des terres de la région.
Plus précisément, le projet vise à donner accès aux colons israéliens qui se sont installés dans la vallée du Jourdain à 54 000 dunums de terres supplémentaires - ce qui porte le total des terres confisquées à environ 110 000 dunums - et annuellement à 51 mètres cubes d’eau (51 000 litres). Un dunum équivaut à 1000 mètres carrés (54 000 dunums = 5400 ha).
Déjà, les colons israéliens dans la vallée du Jourdain consomment plus d’eau que dans tout autre colonie de la Cisjordanie, et environ trois fois plus quotidiennement qu’un ménage vivant en Israël même. La dichotomie est encore plus grave si on considère certaines communautés palestiniennes de la vallée du Jourdain où la consommation en eau est de 40 % du minimum requis par l’Organisation mondiale de la Santé.
« Cette politique vise à nettoyer ethniquement la vallée du Jourdain de sa population palestinienne et à la remplacer par des nouveaux venus, des juifs venus de toutes les parties du monde. C’est une politique d’État » dit Fathi Khdirat, habitant palestinien de la vallée du Jourdain et coordinateur de la Campagne de solidarité avec la vallée du Jourdain.
« Cela fait partie de la politique de l’autorité d’occupation pour la vallée du Jourdain, une politique qui s’est mise en oeuvre directement après l’occupation israélienne (en 1967). Ils ont commencé d’abord par contrôler chaque goutte d’eau dans la vallée du Jourdain. Ils savent que contrôler l’eau, c’est contrôler la vie » dit Khdirat.
L’inique répartition et exploitation de l’eau dans la Vallée fait partie intégrante de la politique globale israélienne de colonisation et de prise de contrôle, qui s’est manifestée non seulement par la mainmise israélienne sur les ressources naturelles, mais encore par une expansion incessante des colonies israéliennes et des restrictions à la liberté de déplacements, de constructions et de développement des Palestiniens.
Dans ce contexte, la capacité et la détermination des Palestiniens à rester dans leurs foyers et villages - en dépit du contrôle israélien imposé sur tous les domaines de leur vie quotidienne - doivent être vues comme la forme principale de leur résistance, à l’heure actuelle, dans la vallée du Jourdain.
La « ligne de défense » d’Israël
Les dirigeants israéliens ont mis en avant l’idée qu’Israël devait contrôler la vallée du Jourdain pour des raisons de sécurité lors de l’élaboration du Plan Allon en 1967, peu après qu’Israël ait commencé l’occupation de la Cisjordanie. Du nom de l’ancien ministre du Travail israélien, Yigal Allon, le Plan Allon marquait l’intention d’Israël de contrôler pratiquement l’ensemble de la vallée du Jourdain, notamment la périphérie de Jérusalem, pour qu’elle serve de zone tampon entre Israël et le « Front de l’Est ».
En octobre 1995, c’est la position qu’a prise le Premier ministre israélien de l’époque, Yitzhak Rabin, présentant à la Knesset « l’accord provisoire israélo-palestinien », ou Oslo II, en disant, « La frontière de sécurité de l’État d’Israël se situera dans la vallée du Jourdain, dans le sens le plus large du terme ».
Plus récemment, en mars de cette année, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré lors d’une tournée dans la région que « sans la présence israélienne dans la vallée du Jourdain, un camion pourrait rouler librement depuis l’Iran jusqu’à Petah Tikva » (au nord-est de Tel Aviv).
« La ligne de défense d’Israël commence ici, » a dit Netanyahu. « Si des roquettes et des missiles étaient tirés ici, ils atteindraient Tel Aviv, Haïfa, et tout l’État israélien. »
Dans son discours au Congrès US, le 24 mai dernier, Netanyahu a également fait allusion à la vallée du Jourdain, disant, « Les sites d’une importance stratégique et nationale décisive (seront) incorporés dans les frontières définitives d’Israël » dans tout accord de paix conclu avec la direction palestinienne.
En réponse à ces déclarations de Netanyahu, le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, a affirmé que sans la vallée du Jourdain, aucun État palestinien n’est possible.
Matrice de contrôle
L’eau, sous contrôle de l’occupant israélien.
La vallée du Jourdain s’étend sur environ 30 % de l’ensemble du territoire de la Cisjordanie occupée. Presque toute la Vallée se trouve en Zone C, c’est-à-dire, en vertu des accords d’Oslo, sous le contrôle militaire et administratif israélien. Les autorités israéliennes de la planification contrôlent tout l’urbanisme et la construction dans cette région.
Du fait qu’il est quasiment impossible pour les Palestiniens d’obtenir un permis de construire en Zone C de la part des autorités israéliennes, la plupart d’entre eux doivent construire sans le permis et risquent ainsi de voir leur maison démolie. L’UNRWA (Agence d’entre-aides des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens au Moyen-Orient) rapporte que de janvier à mai 2011, 131 structures palestiniennes ont été démolies dans les Zones C, touchant près de 900 personnes.
B’Tselem, centre israélien des droits de l’homme et d’informations sur les Territoires occupés, a publié le rapport Dépossession et exploitation : la politique d’Israël dans la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte en mai de cette année. Il fait le constat que le contrôle israélien de la vallée du Jourdain se maintient grâce à l’exploitation de quatre de ses ressources propres : la terre, l’eau, les sites touristiques, et les ressources naturelles. Le rapport indique :
« Israël a fermé plus des trois quarts des terres aux Palestiniens, et il leur interdit de travailler sur les terres arables de la région. Israël a restreint l’accès palestinien aux sources en eau de sorte que, dans certains villages palestiniens, la consommation en eau est minimale et comparable à celle dans une région sinistrée. Israël limite aussi les déplacements des Palestiniens et les empêche de construire et de développer leurs communautés. Israël a mis la main encore sur les sites touristiques et autorise les sociétés privées à exploiter et tirer profit des minerais de la région ».
Les habitants palestiniens de la vallée du Jourdain souffrent profondément de cette myriade de restrictions imposées par Israël. Les limites à leur liberté de mouvements et à leur accès à la terre et à l’eau, et la distance entre les communautés et les grands centres palestiniens tel que Jéricho ont généré une pénurie systématique des possibilités d’emplois et la stagnation du secteur agricole palestinien local. De nombreux Palestiniens sont par conséquent contraints de travailler dans des colonies israéliennes pour des salaires extrêmement bas et dans des conditions dangereuses.
« La Banque mondiale a estimé que si Israël laissait aux Palestiniens l’accès à 50 000 dunums de terre dans la vallée du Jourdain et à ses ressources en eau, ils pourraient développer une industrie agricole moderne, notamment avec des usines d’agroalimentaire, générant environ un milliard de dollars chaque année » indique le rapport de B’Tselem.
Enfin, B’Tselem fait le constat que « si Israël exploite les ressources de la région plus encore que celles des autres parties de la Cisjordanie, cela montre son intention : annexer de facto la région ».
La politique israélienne nourrit l’ignorance
Six mois seulement après qu’Israël ait commencé son occupation de la Cisjordanie, en 1967, il attaquait la construction de colonies réservées aux juifs dans la vallée du Jourdain. Dans le même temps, on estime que 100 000 Palestiniens ont dû fuir la région. Aujourd’hui, la population palestinienne de la vallée du Jourdain est d’environ 64 450 Palestiniens répartis dans 29 communautés, en plus de 15 000 Bédouins vivant dans des dizaines de petits villages. Environ 9300 colons israéliens vivent aussi dans la Vallée.
Mais cette réalité n’est pas bien assimilée par la société israélienne. Selon un sondage d’opinion réalisé par ACRI (Association pour les droits civils en Israël) les 31 mai et 1er juin de cette année, 64 % des Israéliens juifs qui se sont exprimés ne savent pas que la vallée du Jourdain est un territoire occupé. Quatre-vingt pour cent des personnes interrogées croient aussi que les Israéliens juifs constituent la majorité des habitants de la Vallée. Et ACRI de conclure :
« Une interprétation du sondage permet de conclure que le fait que les Israéliens croient à tort que la vallée du Jourdain fait partie de l’État souverain d’Israël, et qu’elle est habitée surtout par des Israéliens, incite probablement à un soutien émotionnel de la position prise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à savoir que la vallée du Jourdain serait primordiale pour la sécurité d’Israël. »
En effet, les résultats de ce sondage ne sont pas surprenants en ce qu’ils reflètent la politique officielle d’Israël, politique depuis des décennies selon laquelle il doit maintenir sa souveraineté sur la vallée du Jourdain. Ceci est justifié officiellement par des raisons de sécurité mais aussi implicitement par des raisons économiques. Dans ce cadre, l’État israélien est assuré que le fait que la vallée du Jourdain est une partie de la Cisjordanie - et que, par conséquent, comme le reste du territoire palestinien, elle doit être considérée comme un territoire occupé - ce fait est complètement tombé dans l’oubli.
Vider la vallée du Jourdain
Dans la vallée du Jourdain, Israël est en train de créer une réalité irréversible sur le terrain - comme c’est le cas dans la plus grande partie du reste de la Cisjordanie - en travaillant à bétonner son contrôle sur toute la terre et ses ressources considérables - qu’il n’a aucune intention d’abandonner. L’objectif le plus sinistre des Israéliens pour la vallée du Jourdain est manifestement de chasser les Palestiniens de leurs terres, un processus facilité par le fait qu’une grande partie de la région est en Zones C et donc entièrement sous le contrôle des Israéliens.
Pourtant, depuis 40 années, les Palestiniens de la Vallée résistent à leur déplacement forcé en se maintenant sur leur terre. Essentiellement, dans cette partie de la Cisjordanie comme en d’autres régions ciblées durement par les autorités israéliennes d’occupation, telles les collines du sud d’Hébron, la forme la plus pratiquée de la résistance est tout simplement d’exister.
Fathy Khdirat, le coordinateur de la Campagne de solidarité avec la vallée du Jourdain :
« L’existence du peuple palestinien dans la vallée du Jourdain est une forme de résistance, car Israël en tant qu’État s’est construit sur un gros mensonge : une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Dans la vallée du Jourdain, ils ont essayé de faire de ce mensonge une réalité en créant des faits sur le terrain et en expulsant les Palestiniens de leur terre, de leurs villages. Exister c’est résister dans la vallée du Jourdain. Ceux qui ont réussi à rester jusqu’à maintenant dans la vallée du Jourdain, sous cette énorme pression de l’occupation, je pense que d’une certaine manière, ils ont résisté. Rester sur sa terre est l’une des choses que nous avons le plus réussies. »
Du même auteur :
29 juillet 2011 - Al Jazeera - traduction : JPP
Benghazi à feu et à sang : La fin de la sale guerre ? (revue de presse)
Par Larbi C. - revue de presse – Horizons (Algérie - 2 août 2011)*
Par Gilles Munier Le spectre de l’enlisement pend au nez des aventuriers et des revanchards atlantistes qui ont fait de l’Otan un instrument de reconquête néo-coloniale.
Aujourd’hui, après 6 mois de bombardement intensif et de «bavures» à répétition touchant paradoxalement la population civile, Washington, Moscou et Londres qui reconnaissent clairement la persistance de l’impasse redoutent les conséquences chaotiques en Libye et dans la région sahélo-sahélienne infestée de réseaux d’El Qaïda.
L’échec de la guerre éclair a non seulement conforté Tripoli dans son droit légitime à la résistance, mais aussi, montré la réalité d’un mouvement en déliquescence imposée en instance dirigeante où tente de cohabiter un fatras de transfuges du régime de Kadhafi, des djihadistes de l’Union des forces révolutionnaires et de la brigade Obeida Ibn Jarrah et des personnalités indépendantes.
Le mythe de la «Libye libre», démocratique et porteuse de valeurs humanitaires, a explosé à la face du monde avec l’exécution sommaire du chef d’Etat major, Abdel Fattah Younés. L’autre visage de Benghazi, ignorée par la presse aux ordres de Paris et de Doha, véhicule le sentiment d’insécurité et la désespérance traduite par la désertion en masse des membres du CNT fuyant en Turquie ou regagnant Tripoli. La guerre fait rage à Benghazi entre les djihadistes qui se veulent hégémonique et des tribus influentes. La bloggeuse espagnole Leonoren, présente à Benghazi, confirme en vidéo, le massacre des 120 membres de la tribu des Warfallah par El Qaïda et la liquidation de 120 partisans du CNT. Benghazi à feu et à sang est l’expression concrète d’une aventure qui a tourné court. La fin des illusions consomme les chimères d’un humanisme à relent pétrolier.
Le Quai d’Orsay qui se refuse à toute similitude entre les «situations en Libye et en Syrie» fragilise la base légale du mandat onusien inscrite dans la résolution 1973 portant sur la «protection des populations civiles». Dans cette guerre injuste, l’esprit de résistance qui a permis de mettre en échec la puissante machine militaire de l’Otan se renforce. De Tripoli, Saïf Al-Islam promet d’aller jusqu’au bout. En a-t-il le choix ? «Personne ne peut penser, dira-t-il, qu’après tous les sacrifices que nous avons consentis, le martyre de nos enfants, de nos frères et de nos amis, nous allons cesser le combat. Ne comptez pas là-dessus. Que l’OTAN parte ou reste, nous continuerons jusqu’à ce que toute la Libye soit libérée».
http://www.france-irak-actualite.com/article-benghazi-a-feu-et-a-sang-la-fin-de-la-sale-guerre-revue-de-presse-80839821.html
03 août 2011
Les dynamiques économiques dans les territoires palestiniens (1967-2010)
Intégration inégale, de-development et économie-casino
NB : le texte qui suit est l'extrait d'un article publié dans un ouvrage collectif qui vient de paraître aux éditions l'Harmattan : Quel Etat ? Pour quelle Palestine ? (Sous la direction de Rapahaël Porteilla, Jacques Fontaine, Philippe Icard et André Larceneux). L'ouvrage est présenté à la fin de cet extrait.

« Si les Palestiniens et les Israéliens parvenaient à un accord permettant de développer les échanges économiques et de construire un système économique viable à Gaza et en Cisjordanie, ce serait la solution la plus appropriée pour rétablir la confiance entre les deux parties »[1].
« Aujourd’hui en Palestine il y a de réelles opportunités pour faire des affaires »[2].
L’année 2007 semble avoir marqué un changement dans la gestion de la question palestinienne. C’est en effet depuis lors que la rhétorique de la « paix économique » entre Israël et les Palestiniens domine, tant chez Tony Blair (envoyé spécial du « Quartet pour le Proche-Orient ») que chez Salam Fayyad (Premier Ministre palestinien) et ses homologues israéliens (Ehud Olmert puis Benyamin Netanyahu).
La philosophie générale de la doctrine de la « paix économique » est la suivante : le préalable à tout règlement négocié du conflit entre Israël et les Palestiniens est une amélioration significative des conditions économiques dans lesquelles évoluent ces derniers ; la priorité doit donc être mise sur des mesures israéliennes permettant un meilleur développement économique dans les territoires palestiniens et sur un renforcement du soutien des pays donateurs à l’économie palestinienne.
Dans un tel contexte, et avant même de se poser la question de la pertinence, ou non, d’une telle approche, il me semble nécessaire d’interroger les réalités économiques dans lesquelles s’inscrit cette nouvelle doctrine. En d’autres termes il est indispensable, pour penser la situation actuelle de l’économie palestinienne et ses hypothétiques évolutions, de cerner les dynamiques économiques dans les territoires palestiniens au cours des dernières décennies.
Parler de ces dynamiques économiques est un véritable défi qui pose, d’emblée, le problème de la pertinence et de l’opérabilité des concepts. Pour le dire avec une formule volontairement provocatrice : dans quelle mesure peut-on parler d’une « économie palestinienne » ?
Si l’on entend l’économie palestinienne comme l’activité économique des territoires palestiniens (production, consommation, échange et commerce de biens et de services), la question est dénuée de sens : cette activité, comme dans tout ensemble social, existe. Mais si l’on entend l’économie palestinienne comme un système économique palestinien et/ou comme une activité n’existant pas seulement en soi mais pour soi, les choses sont beaucoup plus complexes.
En effet, s’interroger sur l’état de l’économie palestinienne n’est pas s’interroger sur une économie « classique ». Les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, issus d’une société dispersée et déstructurée en 1947-1948, vivent sous occupation militaire depuis plus de 60 ans. Penser l’économie palestinienne, c’est penser l’occupation israélienne et ses répercussions économiques, c’est penser les ruptures et les continuités au sein du processus d’Oslo et c’est, enfin, mettre en perspective la situation et les dynamiques actuelles en interrogeant la « stratégie économique palestinienne » depuis Oslo et la « doctrine Fayyad ».
1) Une économie (dé-)structurée par l’occupation militaire
a) L’intégration inégale
Après la guerre des 6 jours (juin 1967) et la prise de contrôle de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, Israël gouverne les territoires palestiniens occupés au moyen d’ordres militaires. Ces ordres militaires régentent tous les domaines de la vie des Palestiniens, allant même jusqu’à réglementer le type et la quantité de plantes décoratives en Cisjordanie et à Gaza (ordre n°818) ou à interdire la publication des résolutions des Nations Unies concernant la Palestine (ordre n°1079).
La thèse que je défends ici est qu’il n’y a pas seulement eu des « conséquences économiques de l’occupation israélienne », mais bien une « stratégie économique israélienne » à l’égard des territoires occupés. Comment comprendre, sinon, que plus de 50% des ordres militaires émis dans la période 1967-1993 soient en relation directe avec les questions économiques [3]?
Il ne s’agira pas ici d’entrer dans le détail de ces ordres, mais plutôt d’en dégager les « tendances lourdes » et leur implication quant aux évolutions de l’économie palestinienne durant la période allant de 1967 aux Accords d’Oslo.
La tendance générale est celle d’une intégration inégale de l’économie palestinienne à l’économie israélienne. « Intégration inégale » signifie ici qu’il n’y a pas eu de fusion entre les deux économies ou d’absorption de l’économie palestinienne par l’économie israélienne. C’est à un processus de prise de contrôle/reconfiguration que l’on assiste, dans un rapport de subordination de l’économie palestinienne à l’économie israélienne.
C’est ainsi, par exemple, que par les ordres numéros 10, 11 et 12 (juin 1967) Israël rend illégaux tous les accords préalablement existants quant aux importations et exportations vers et depuis les territoires palestiniens, contraignant non seulement les commerçants mais aussi les négociants en matières premières à importer des produits israéliens.
De telles mesures ont des répercussions au niveau de l’ensemble du secteur industriel : tous les acteurs palestiniens deviennent dépendants des productions israéliennes. A partir de 1967, entre 90 et 95% des importations dans les territoires palestiniens proviennent d’Israël.
La circulation des marchandises au sein des territoires palestiniens est elle aussi soumise à des autorisations israéliennes. Suite à l’ordre militaire n°49, les agriculteurs palestiniens sont obligés de demander une permission aux autorités militaires israéliennes pour faire entrer leurs produits dans une « zone fermée ».
La panoplie des ordres militaires israéliens concerne progressivement l’ensemble de la vie économique des territoires occupés. La création de toute nouvelle entreprise est ainsi soumise à l’approbation de la puissance occupante (ordre militaire n°267, modifié par les ordres n°362 et 398), tout comme l’enregistrement de toute nouvelle marque (ordre n°379, modifié par l’ordre n°398) ou la plantation d’arbres fruitiers (ordre n°1015).
Grâce à cette emprise indirecte sur les structures économiques palestiniennes, Israël va pouvoir accélérer la spécialisation de son industrie dans les domaines de pointe tout en « favorisant » le développement, dans les territoires occupés, de productions à faible valeur ajoutée et peu modernes :
« Au milieu des années 1960, Israël entama une mutation industrielle en vue d'une spécialisation dans les industries électroniques et militaires de pointe, afin de s'adapter à la division internationale du travail qui conduisait les pays développés à une spécialisation [dans l'industrie] technologique. C'est la raison pour laquelle [il] mit moins l'accent sur nombre de ses industries traditionnelles comme le textile, les chaussures ou les produits chimiques. Les territoires occupés firent face à un processus de délocalisation industrielle, à leur détriment. Tandis qu'Israël se concentrait sur des secteurs industriels d'avenir, les territoires occupés durent se contenter de secteurs de production d'un niveau technologique inférieur et avec moins de perspectives de croissance, une situation qui maintint le fossé économique [entre eux et Israël] »[4].
On assiste ainsi, dans des domaines comme l’industrie textile ou la production de chaussures, à la mise en place de réseaux de sous-traitance dans les territoires palestiniens : des industriels israéliens y transfèrent les premières étapes de leur chaîne de production avant de revendre les produits finis sous l’étiquette « made in Israel ».
Israël se prémunit en outre du développement d’une économie concurrentielle dans les territoires palestiniens, réduisant considérablement la production agricole par les confiscations de terres (ordres militaires n°58, 59, 291, 321, 364, 1091…) et la prise de contrôle des ressources aquifères (ordres n°92, 291…), et empêchant la mise en place d’une industrie moderne. C’est ainsi qu’en 1990 la production industrielle représente à peine 8% du PNB palestinien (contre 25% en Jordanie) et que la taille moyenne d’une entreprise palestinienne est de 4 salariés (soit le même chiffre qu’en 1927), tandis que les terres agricoles les plus fertiles et les plus rentables ont été confisquées pour l’agriculture israélienne.
Cette politique va contraindre des centaines de milliers de Palestiniens à rechercher du travail à l’extérieur des territoires occupés, tout d’abord dans les pays pétroliers puis en Israël même. Entre 1970 et 1990 la force de travail augmente de 64% tandis que les emplois à l’intérieur des territoires occupés n’augmentent que de 28%. Au début des années 90, près de la moitié de la main d’œuvre travaille à l’extérieur, et environ 25% du PNB des territoires occupés est dérivé des revenus des travailleurs palestiniens en Israël.
b) Le modèle du de-development
De manière plus modélisée, 4 grandes tendances se dégagent[5] :
- Une économie totalement périphérisée, avec pour unique centre l’Etat d’Israël. Les villes palestiniennes sont dans une relation de dépendance économique directe avec Israël, et elles ne constituent même pas un « centre » pour les villages aux alentours, eux aussi dans un rapport de subordination directe.
- Une économie qui ne maîtrise pas ses priorités en termes d’investissement et de développement. Tout investissement et projet de développement étant soumis à l’approbation israélienne, il s’inscrit nécessairement dans le cadre de l’intégration inégale. La plupart des investissements s’effectueront donc logiquement dans le secteur foncier, domaine qui ne peut guère bouleverser les « équilibres » économiques.
- Une économie dans laquelle les capitaux sont encouragés à fuir : en 1967 Israël ferme toutes les banques et les remplace progressivement par des banques commerciales israéliennes. Peu enclins à confier leur argent à ces banques, les Palestiniens ont eu tendance à placer leur argent à l’étranger, ce qui a contribué à ralentir le développement économique, tout comme l’absence de système de crédit.
- Enfin, une économie captive de l’économie israélienne, tant du point de vue des importations que des exportations : les producteurs et marchands se sont adaptés aux besoins de l’économie israélienne ; les exportateurs et les importateurs ont perdu la possibilité d’importer ou d’exporter directement depuis ou vers d’autres pays dans des conditions plus avantageuses.
Cette intégration inégale se concrétise dans un processus que Sara Roy caractérise comme du « de-development »[6], à distinguer du sous-développement, dans lequel les conditions de possibilité d’un développement économique, même subordonné, existent. Le de-development détruit, structurellement, les bases mêmes de tout développement économique réel : il se « définit comme un processus qui sape ou affaiblit la capacité d'une économie à croître et à se développer en l'empêchant d'obtenir et d'utiliser les inputs essentiels et indispensables pour permettre une croissance intérieure au-delà d'un niveau structurel donné » [7].
L’augmentation de la production et du niveau de vie dans les territoires palestiniens, consécutive à l’occupation de 1967, ne s’est pas et ne pouvait, pour les raisons structurelles énoncées ci-dessus, se transformer qualitativement en développement économique global. Le de-development empêche, en définitive, l’émergence d’un système économique palestinien.
a) La logique d’Oslo
b) Les Accords économiques
c) L’arme politique
3) Au-delà de l’occupation, l’échec d’une stratégie palestinienne et internationale
a) Le rôle économique de l’AP
b) De la dépendance économique à la dépendance politique
Conclusion : une faillite programmée ?
[1] Corina Cretu, Vice-présidente de la Commission du Développement au Parlement Européen, audition du 23 mars 2010.
[2] Tony Blair, Haaretz, 16 avril 2008.
[3] Jamil Rabah et Natasha Fairweather,, Israeli Military Orders in the Occupied Palestinian Territories: 1967-1992, Jerusalem Media & Communication Centre, Jérusalem, 1993.
[4] Adel Samara, Palestine : From Historical De-classing to a Stand-by Regime, août 2007, disponible sur http://www.kanaanonline.org/articles/01244.pdf
[5] Ibid
[6] Sara Roy, « The Gaza Strip: A Case of Economic De-Development », Journal of Palestine Studies, Vol. 17, n° 1, 1987, pp. 56-88.
[7] Ibid, p. 56.
________________________________
Présentation de l'ouvrage
Après plus de soixante années d'occupation et de colonisation israéliennes, l'État palestinien a souvent été annoncé, mais jamais réalisé. S'il y a bien présence d'un territoire, celui-ci est réduit et émietté; s'il y a un pouvoir politique, il est contesté et depuis 2007 divisé; s'il y a une vie socioéconomique, elle est dépendante et soumise. Seul demeure un peuple - sûr de son droit - dont plus de la moitié est réfugiée ou exilée, soit sur son propre territoire, soit à l'extérieur. Dans ce contexte, comment fonder cet État, sut quelles réalités socioéconomiques, sur quelles bases constitutionnelles et autour de quel ordre juridique et politique le construire? Ce sont toutes ces questions qu'envisage le présent ouvrage, fruit d'un colloque tenu à Dijon fin novembre 2009.
Table des matières
Remerciements
Liste des contributeurs
Préface
Sommaire
Introduction
PARTIE I : Un Etat suggéré mais jamais réalisé
Appropriation, conquête et colonisation : une histoire revisitée
André Larceneux, L’Etat palestinien et les frontières d’Israël : immigration juive, mythes religieux et idéologie sioniste dans la construction d’un avatar colonial
Gérard Fritz, Le partage de la Palestine (1947-1949)
Jean-Paul Bruckert, Israël et les territoires occupés de la Guerre des six jours (1967) à Oslo (1993)
Le droit international bafoué
Sylviane de Wangen, Une population en exil : les réfugiés palestiniens.
Le statut juridique des réfugiés palestiniens au regard du droit général des réfugiés
Aude Signoles, Les ambiguïtés du processus d’Oslo
Monique Chemillier-Gendreau, Israël et le droit international
Des perceptions contradictoires
Pierre Stambul, L’opinion israélienne et le complexe de Massada
Sarah Bouflija, La politique américaine et l’Etat palestinien : de l’espoir à la déception (1992-2010)
Nicolas Dot-Pouillard, Les mondes arabes et la question palestinienne : appareils étatiques, figures activistes transnationales et « Street Politics »
Pierre Barbancey, Le rôle des médias internationaux
L’Europe frileuse
Alima Boumediene-Thiery, Les accords UE-Israël
Francis Wurtz, La place de l’Union européenne dans la construction d’un Etat Palestinien
PARTIE II : La construction de « l’Etat par le bas » ou la société, vecteur de l’Etat ?
Une situation socio-économique et environnementale délicate
Julien Salingue, Les dynamiques économiques dans les territoires palestiniens (1967-2010) : Intégration inégale, de-developpement et économie-casino
Jacques Fontaine, La politique israélienne de l’eau dan les territoires palestiniens occupés
Jean Claude Fritz, L’environnement en Palestine
Des réalités sociologiques complexes
Emilie Thiriat, Les femmes palestiniennes et la construction de l’Etat palestinien
Souha Mansour-Shehadeh, Système de soins en Palestine : l’exemple de la santé mentale
Georges Solaux, Regards sur l’école Palestinienne. Quelle politique éducative ?
Une architecture politico-juridique en débat
Abeer Mashni-Giroud, Quelle administration ? L’élaboration du système de gouvernement local palestinien
Françoise Dreyfus, Quelle constitution, en attendant l’Etat ?
Asem Khalil, Quel système politique pour la Palestine ? Leçons tirées de la crise politique de l’Autorité Palestinienne et de l’impasse institutionnelle conformément à la Loi Fondamentale
Moussa Abou Ramadan, Les stratégies des cours de Charia à Jérusalem
Bernard Ravenel, Le système politique bipolaire palestinien. Pour une refondation unitaire du mouvement national
Conclusion, Dominique Vidal : Solution bi-étatique ou binationale ?
Glossaire et acronymes
Glossaire des noms propres
Repères chronologiques
Bibliographie
Liste des contributeurs
Préface
Sommaire
Introduction
PARTIE I : Un Etat suggéré mais jamais réalisé
Appropriation, conquête et colonisation : une histoire revisitée
André Larceneux, L’Etat palestinien et les frontières d’Israël : immigration juive, mythes religieux et idéologie sioniste dans la construction d’un avatar colonial
Gérard Fritz, Le partage de la Palestine (1947-1949)
Jean-Paul Bruckert, Israël et les territoires occupés de la Guerre des six jours (1967) à Oslo (1993)
Le droit international bafoué
Sylviane de Wangen, Une population en exil : les réfugiés palestiniens.
Le statut juridique des réfugiés palestiniens au regard du droit général des réfugiés
Aude Signoles, Les ambiguïtés du processus d’Oslo
Monique Chemillier-Gendreau, Israël et le droit international
Des perceptions contradictoires
Pierre Stambul, L’opinion israélienne et le complexe de Massada
Sarah Bouflija, La politique américaine et l’Etat palestinien : de l’espoir à la déception (1992-2010)
Nicolas Dot-Pouillard, Les mondes arabes et la question palestinienne : appareils étatiques, figures activistes transnationales et « Street Politics »
Pierre Barbancey, Le rôle des médias internationaux
L’Europe frileuse
Alima Boumediene-Thiery, Les accords UE-Israël
Francis Wurtz, La place de l’Union européenne dans la construction d’un Etat Palestinien
PARTIE II : La construction de « l’Etat par le bas » ou la société, vecteur de l’Etat ?
Une situation socio-économique et environnementale délicate
Julien Salingue, Les dynamiques économiques dans les territoires palestiniens (1967-2010) : Intégration inégale, de-developpement et économie-casino
Jacques Fontaine, La politique israélienne de l’eau dan les territoires palestiniens occupés
Jean Claude Fritz, L’environnement en Palestine
Des réalités sociologiques complexes
Emilie Thiriat, Les femmes palestiniennes et la construction de l’Etat palestinien
Souha Mansour-Shehadeh, Système de soins en Palestine : l’exemple de la santé mentale
Georges Solaux, Regards sur l’école Palestinienne. Quelle politique éducative ?
Une architecture politico-juridique en débat
Abeer Mashni-Giroud, Quelle administration ? L’élaboration du système de gouvernement local palestinien
Françoise Dreyfus, Quelle constitution, en attendant l’Etat ?
Asem Khalil, Quel système politique pour la Palestine ? Leçons tirées de la crise politique de l’Autorité Palestinienne et de l’impasse institutionnelle conformément à la Loi Fondamentale
Moussa Abou Ramadan, Les stratégies des cours de Charia à Jérusalem
Bernard Ravenel, Le système politique bipolaire palestinien. Pour une refondation unitaire du mouvement national
Conclusion, Dominique Vidal : Solution bi-étatique ou binationale ?
Glossaire et acronymes
Glossaire des noms propres
Repères chronologiques
Bibliographie
____________________________________________________________________________________________________
BON DE COMMANDE
A retourner à L’HARMATTAN, 7 rue de l’Ecole Polytechnique 75005 Paris
Veuillez me faire parvenir ....... exemplaire(s) du livre « Quel Etat ? Pour quelle Palestine ? » au prix unitaire de 40€ + 4€ de frais de port, + 0,80€ de frais de port par ouvrage supplémentaire, soit un total de ......... €.
NOM :
ADRESSE :
Ci-joint un chèque de ............ €.
Pour l’étranger, vos règlements sont à effectuer:
- en euros sur chèques domiciliés sur banque française.
- par virement en euros sur notre CCP 20041 00001 2362544 N 020 11 Paris
- par carte bancaire Visa N°................................ date d’expiration...../...../...../ et le numéro CVx2 (les 3 derniers chiffres au dos de votre carte, à gauche de votre signature) :…………………………………
02 août 2011
Assiège ceux qui t'assiègent !
traduit par Yves Gonzalez-Quijano
Les Arabes ont proposé une paix globale à Israël, en ne conservant qu'un cinquième du territoire de notre patrie historique. Israël a répondu à cette offre généreuse en déclarant, le lendemain, une guerre totale.
Une fois encore, nous montrerons que nous sommes les plus forts sur le plan moral puisque c'est la seule chose que nous pouvons encore prouver ; le rapport de forces continuera à s'imposer, en dépit de tous les arguments intellectuels ou juridiques, jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que ceux qui ne peuvent répliquer, parce que la paix est leur seul choix stratégique, sont précisément dans l'impossibilité d'obtenir cette paix !
Dans la noirceur de chaque nuit, des crimes ; dans chaque rue, des cadavres ; sur chaque mur, du sang qui hurle. On refuse aux vivants les droits les plus élémentaires à seulement survivre, et les morts n'ont même pas le repos de la tombe… Pourtant, malgré tout, demeure la volonté d'un peuple qui n'a d'autre choix que de résister. Et au milieu des battements de notre cœur blessé, nous nous demandons combien de temps il faudra applaudir à un Christ qui monte à son Golgotha ?
Est-ce parce que le conflit israélo-arabe ne concerne plus que les seuls Palestiniens que l'on constate, sur cette scène drapée de rouge et de noir, pareille impuissance ? Il faut craindre que le cri d'Arafat ne soit figé en icône car il est porteur d'une esthétique du martyre qui dispense toute une nation du besoin d'agir en ce Vendredi saint interminable. Parce que les larmes soulagent le cœur, parce qu'elles lavent le corps des morsures salées de la douleur, les téléspectateurs arabes ont guetté en sanglotant la retransmission en direct du héros tragique atteignant au couronnement de sa destinée, celle qui parachèverait le mythe : qu'il finisse en martyr, en martyr, en martyr…
Non, les Palestiniens n'ont certes pas besoin de ressentir plus ce qui fait leur solitude, leur singularité, et ils ne souhaitent pas jouer davantage encore le rôle de victime expiatoire ! Ce qu'ils veulent, c'est exister hors de la métaphore, vivre là où ils sont nés, libérer ce morceau de terre qui est le leur, cette part d'humanité qui est la leur, de l'emprise des mythes et de la barbarie de l'occupation, du mirage d'une paix qui ne leur a promis que la destruction.
Mais leur droit à vivre, leur droit à une existence ordinaire, sur cette frange plus mince qu'un rêve mais suffisamment large pour un cauchemar, est sous le siège d'une réalité israélienne bardée de modernité guerrière et de mythologie raciste.
Sous le siège aussi d'un décret américain qui, en plaçant la destinée du monde entre les cornes d'un taureau pris d'un galop fou, a supprimé toute distance entre les Etats-Unis et Israël.
Sous le siège du suivisme absolu des Etats arabes, tellement absolu qu'ils ne savent même plus quémander, ni flatter une opinion publique en colère contre tout.
Et nous nous demandons combien de fois les Palestiniens devront être assiégés pour que les Arabes sentent qu'ils partagent le même destin, qu'ils sont eux aussi assiégés et prisonniers, mais sans offrir la moindre résistance… Les télévisions nous dispensent d'explication dans chaque maison, c'est notre sang qui est versé, dans chaque conscience. Ceux qui ne se sentent pas palestiniens aujourd'hui, au plus profond de leur cœur, ne reconnaîtront plus ce qui fonde leur identité, non pas que les valeurs "oubliées", jour après jour, au cours d'un processus de paix inique aient été retrouvées, mais bien parce qu'à une logique étroite de pertes et de profits, au pessimisme de la pensée, s'est substituée la volonté d'affirmer l'unique sens de notre existence : la liberté.
Les Palestiniens n'ont pas le choix : face au programme d'anéantissement que s'est donné l'occupation israélienne, largement dotée de subventions américaines, ils ont choisi de résister, de faire front, à tout prix, le dos au mur, les yeux tournés vers une lueur d'espoir, une lueur qui, inexplicablement, continue à apparaître grâce à leur courage.
Et nous nous demandons si, parmi ceux qui président, là-haut, aux destinées du monde, on a changé d'avis… L'homme de la rue a déjà sa réponse à cette fausse question. Mais il en est une autre, que l'on ne pose pas, et qui consiste à se demander si l'on peut encore croire qu'il y a, dans cette région, un peuple de trop, le peuple palestinien, pour la seule et unique raison que le sang qu'il verse est un appel à la liberté, dans un monde qui n'en veut pas car il ne recherche rien d'autre que la stabilité de la servitude, subie ou volontaire.
La guerre totale que les Israéliens livrent sur la terre de Palestine, dans ce qui fait l'âme de la Palestine, suscite bien des interrogations, en premier lieu sur les relations arabo-israéliennes et arabo-américaines. C'est Israël qui s'est empressé d'annoncer qu'il menait cette guerre pour sa survie, que sa "guerre de fondation" n'était pas encore achevée… Et quand donc le sera-t-elle ? Si cela veut dire quelque chose, c'est bien que la liquidation du mouvement national palestinien demeure à l'ordre du jour, y compris dans le contexte du processus de paix, que les Palestiniens sont toujours menacés dans leur existence.
C'est Israël qui nous incite à reprendre le combat là où nous l'avons commencé, à reconsidérer, non sans ironie, notre conception actuelle du conflit ; c'est lui également qui a déclaré la guerre à la paix, telle qu'elle avait été conçue. Qu'y a-t-il donc pour menacer son existence et le pousser à la défendre avec une telle sauvagerie ? Serait-ce la guerre que les Arabes ne lui déclarent pas ou bien la paix qu'ils lui proposent ?
Il faut que subsiste le mensonge pour que la société israélienne puisse continuer à faire bloc autour de ses mythes fondateurs, pour que l'on continue à défigurer la nature du combat entre une occupation qui touche à sa fin et une résistance qui s'approche de la victoire. L'occupation serait-elle une condition essentielle de l'existence d'Israël ?…
Notre seul salut passe par la défense de notre existence, en tant que Palestiniens, en tant qu'êtres humains ; la défense des "frontières" de cette existence, quand bien même nous avons le dos au mur… Nous n'avons pas le choix, pas le choix…
Mahmoud DARWICH
(paru dans As-Safir, Beyrouth le 5 avril 2002 ; dans la Revue d'études palestiniennes, n° 84, été 2002)
Pour YOSRI
Urgent Appel à M. Mebazaa pour sauver Yosri Trigui condamné à mort en Irak
Lettre ouverte à Monsieur Fouad Mebazaa, Président de la République tunisienne
Monsieur le Président :
Qu'attendez-vous pour sauver Yosri, un Tunisien innocent
condamné en Irak à la peine de mort ?
Monsieur le Président,
Nous nous réjouissons que le Ministre de la Justice tunisien soit intervenu auprès des autorités irakiennes afin de sauver Yosri ben Fakher Trigui condamné à mort par l'Irak suite à une parodie de justice puisqu'il n'a pas assisté à son procès alors qu'il se trouve entre les mains de la justice irakienne.
Mais la situation est grave et nous craignons que cette démarche soit insuffisante pour sauver notre compatriote. En effet, votre homologue irakien M. Jalal Talabani a, malgré ces irrégularités, ratifié la peine de mort il y a tout juste un mois.
Depuis, Monsieur le Président, vous n'avez pas réagi devant cette situation dramatique et urgente qui a ému la société civile tunisienne et toutes les femmes et les hommes épris de justice. Son cas a été longuement évoqué le 13 juillet devant le Haut Comité pour la Protection de la Révolution et à cette occasion notre Premier ministre M. béji Caid Essebsi a été mis au courant au sujet de cette affaire, et il en a pris note. De son côté Amnesty International a lancé une Action urgente en faveur de Yosri et exprimé ses craintes de voir le jeune Tunisien exécuté malgré les irrégularités de son procès.
Monsieur le Président, le Ministre de la Justice tunisien a demandé à son homologue irakien de présenter le dossier de Yosri devant le Président irakien afin de requérir une grâce présidentielle. Il est bien évident que cette démarche ne saurait aboutir sans que vous apportiez un appui personnel en tant que Président de la République en demandant auprès de votre homologue irakien la grâce de notre compatriote. C'est ce que nous vous demandons solennellement.
Nous sommes confiants dans le sens de responsabilité présidentielle qui est la vôtre, et que notre appel va trouver auprès de vous l'écho et la diligence qu'il mérite. L'espoir que la famille de Yosri place en vous, ainsi que ses proches et tous les Tunisiens attachés aux valeurs de notre glorieuse Révolution ne saurait être déçu en ce début du mois de Ramadan.
Veuillez agréer Monsieur le Président de la République, l'expression de notre haute considération,
Paris, le 30 juillet 2011
Signé :
Le Bureau du Collectif de la Communauté Tunisienne en Europe
Paris – Tél : +33 1 43 29 68 98
Mondher.sfar@club-internet.fr
publié sur nawaat
Lettre ouverte à Monsieur Fouad Mebazaa, Président de la République tunisienne
Monsieur le Président :
Qu'attendez-vous pour sauver Yosri, un Tunisien innocent
condamné en Irak à la peine de mort ?
Monsieur le Président,
Nous nous réjouissons que le Ministre de la Justice tunisien soit intervenu auprès des autorités irakiennes afin de sauver Yosri ben Fakher Trigui condamné à mort par l'Irak suite à une parodie de justice puisqu'il n'a pas assisté à son procès alors qu'il se trouve entre les mains de la justice irakienne.
Mais la situation est grave et nous craignons que cette démarche soit insuffisante pour sauver notre compatriote. En effet, votre homologue irakien M. Jalal Talabani a, malgré ces irrégularités, ratifié la peine de mort il y a tout juste un mois.
Depuis, Monsieur le Président, vous n'avez pas réagi devant cette situation dramatique et urgente qui a ému la société civile tunisienne et toutes les femmes et les hommes épris de justice. Son cas a été longuement évoqué le 13 juillet devant le Haut Comité pour la Protection de la Révolution et à cette occasion notre Premier ministre M. béji Caid Essebsi a été mis au courant au sujet de cette affaire, et il en a pris note. De son côté Amnesty International a lancé une Action urgente en faveur de Yosri et exprimé ses craintes de voir le jeune Tunisien exécuté malgré les irrégularités de son procès.
Monsieur le Président, le Ministre de la Justice tunisien a demandé à son homologue irakien de présenter le dossier de Yosri devant le Président irakien afin de requérir une grâce présidentielle. Il est bien évident que cette démarche ne saurait aboutir sans que vous apportiez un appui personnel en tant que Président de la République en demandant auprès de votre homologue irakien la grâce de notre compatriote. C'est ce que nous vous demandons solennellement.
Nous sommes confiants dans le sens de responsabilité présidentielle qui est la vôtre, et que notre appel va trouver auprès de vous l'écho et la diligence qu'il mérite. L'espoir que la famille de Yosri place en vous, ainsi que ses proches et tous les Tunisiens attachés aux valeurs de notre glorieuse Révolution ne saurait être déçu en ce début du mois de Ramadan.
Veuillez agréer Monsieur le Président de la République, l'expression de notre haute considération,
Paris, le 30 juillet 2011
Signé :
Le Bureau du Collectif de la Communauté Tunisienne en Europe
Paris – Tél : +33 1 43 29 68 98
Mondher.sfar@club-internet.fr
publié sur nawaat
Une autre forme d'assassinat...
Empêché d’être soigné à Naplouse, Raed ’Azzam est décédé
lundi 1er août 2011 -PCHR Gaza
Le lundi 25 Juillet 2011, Raed ’Azzam al-Saleem Mghari est décédé après que les Forces d’Occupation Israéliennes (FOI) lui aient refusé une autorisation pour se rendre au Centre hospitalier pour le traitement et la chirurgie des maladies du cœur et du sang à Naplouse en Cisjordanie.
Hôpital Shifa à Gaza - Les patients sont en permanence soumis au risque d’une rupture des soins faute de médicaments et de produits de première nécessité. Quant aux soins éventuels en Cisjordanie sous occupation ou en Israël, ils sont soumis à l’arbitraire et au bon vouloir de l’occupant...
Le Comité de coordination pour la santé et les Affaires civiles à Gaza a informé le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) qu’il avait envoyé un fax urgent au côté israélien le 18 Juillet 2011, et reçu une réponse le 20 Juillet 2011 indiquant que la demande était en cours d’examen. Le 20 Juillet 2011, le représentant du Comité a ré-envoyé une demande, faisant part de l’état grave du patient, mais les FOI à Beit Hanoun (Erez) ont envoyé une lettre écrite au représentant palestinien, le 24 Juillet 2011, rejetant cette demande.
Selon les informations recueillies par un enquêteur du PCHR, le lundi 25 Juillet 2011 est décédé Raed ’Azzam al-Saleem Mghari, âgé de 33 ans et habitant le camp de réfugiés d’al-Bureij dans la bande de Gaza.
Al-Mghari était atteint d’une maladie du cœur depuis 16 ans. Il est mort après que les FOI aient refusé de lui donner une autorisation de se rendre au Centre arabe pour le traitement et la chirurgie des maladies du cœur et de sang, à Naplouse en Cisjordanie, pour y subir une intervention chirurgicale pour l’une des valves du coeur. Dans son témoignage devant l’enquêteur du PCHR, le père de la victime, Azzam al-Saleem Mghari, âgé de 56 ans, a déclaré :
« Mon fils souffrait de problèmes de santé au niveau cardiaque depuis 16 ans. Il recevait des soins médicaux aux hôpitaux Nasser et Shifa à Khan Yunis et dans la ville de Gaza, respectivement. Il a subi une opération à cœur ouvert il y a cinq ans, dans le Centre arabe pour le traitement et la chirurgie des maladies du cœur et du sang à Naplouse, où il a ensuite passé un mois pour le suivi et le traitement médical. Le 11 Juin 2010, les médecins du Centre ont refait un diagnostique après qu’il s’y soit rendu. Ces médecins ont décidé qu’il ne serait pas en mesure à ce moment-là de subir une intervention chirurgicale sur l’une des valvules du coeur. En conséquence, il est retourné à Gaza. Le 10 Juillet 2011, nous l’avons transféré à l’unité de soins intensifs à l’hôpital Shifa à Gaza City en raison de la détérioration de son état de santé, et il a passé deux jours pour y suivre un traitement médical. Il continuait à aller à l’hôpital pour y recevoir le traitement nécessaire et il est rentré à la maison, jusqu’au 14 juillet 2011, jour où il est tombé au sol à la maison et a été renvoyé au l’hôpital à nouveau. Nous avons commencé à agir en sorte qu’il soit renvoyé d’urgence au Centre à Naplouse, mais le Comité de coordination pour la Santé et les Affaires civiles nous a informés le 19 Juillet 2011 que le permis de son compagnon (le père de sa femme, As’ad al-Mghari, âgé de 49 ans) avait été rejeté. Nous avons refait la demande sans un accompagnateur, mais le Comité nous a informés le 24 Juillet 2011 que le côté israélien a rejeté sa demande pour des raisons de sécurité. J’ai commencé à faire une demande de passage vers l’Egypte, mais sa santé s’est de plus en plus détériorée. En conséquence, le lundi 25 juillet 2011, les médecins ont décidé d’effectuer une intervention chirurgicale urgente (à Gaza). Il est entré dans la salle des opérations. Il est mort cinq heures après, alors que l’opération était en cours. »
Avec la mort d’al-Mghari, le nombre de patients qui sont morts après s’être vus refuser leur droit à recevoir un traitement médical dans les hôpitaux à l’étranger, monte à 3 patients depuis le début de l’année. En outre, les conditions de santé de centaines d’autres patients se sont détériorées depuis le début de cette année. Les patients de la bande de Gaza envoyés vers les hôpitaux palestiniens en Cisjordanie, y compris Jérusalem, et en Israël, ont été obligés de subir des traitements dégradants et du chantage de la part des FOI pour les forcer à collaborer avec eux avec en retour l’attribution de permis de voyager pour des traitements médicaux. Le PCHR a documenté de nombreux cas, dont l’arrestation d’un certain nombre de patients ou de leurs compagnons à Beit Hanoun (Erez). L’unité de support juridique du PCHR a suivi ces cas, comme il suit le cas de quatre patients de la Bande de Gaza et de leurs compagnons pour ce mois-ci.
Les patients viennent de l’hôpital Al-Maqased. Cette unité a reçu trois réponses négatives, tandis qu’elle est en attente d’une réponse concernant le quatrième cas. Le PCHR suit le cas d’un enfant malade de la bande de Gaza, qui est actuellement dans un hôpital israélien, pour qu’il puisse être accompagné lors de son traitement médical. L’aide juridique du PCHR a reçu une réponse rejetant la demande d’un permis pour que le père puisse être aux côtés de son enfant.
Le PCHR condamne le refus du droit d’al-Mghari d’accéder au meilleur niveau possible de santé physique et mentale, ce qui a entraîné sa mort. Le PCHR appelle les Hautes Parties contractantes à la Quatrième Convention de Genève de 1949 pour qu’elles exercent immédiatement une pression sur les FOI afin d’assurer le respect de la loi humanitaire internationale, fassent cesser la politique de punition collective contre les civils dans la bande de Gaza et offrent aux patients palestiniens la possibilité de se déplacer librement pour recevoir le traitement médical nécessaire.
27 juillet 2011 - PCHR Gaza - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.net
http://www.pchrgaza.org/portal/en/i...
Traduction : Info-Palestine.net
Inscription à :
Articles (Atom)