09 octobre 2013

Le dynamitage du monde musulman

Monde_musulman
Le 7 octobre 2013
Pierre
Hillard
Docteur en science politique et essayiste.

 Décidément, les projets de remodelage des pays d’Afrique du Nord et du Proche et Moyen-Orient fleurissent avec constance au sein des centres de recherche israélo-anglo-saxons. En effet, nous pouvons recenser une accumulation de travaux et de conciliabules œuvrant dans cette voie depuis un siècle.
Le point de départ de ces remaniements peut être situé à la date du 16 mai 1916 avec les « accords Sykes-Picot » préparant le démantèlement de l’Empire ottoman et la répartition des territoires entre les puissances colonisatrices française et anglaise. Dans cette affaire, la Grande-Bretagne se tailla la part du lion en s’adjugeant les territoires riches en pétrole et en gaz, l’Irak et le Koweït.
Dans la foulée de ces accords, la publication de la « Déclaration Balfour », le 2 novembre 1917, fut une étape supplémentaire. Reconnaissant un foyer juif en Palestine en liaison avec le président de la Fédération sioniste, Chaim Weizmann, futur premier président de l’État d’Israël, le gouvernement britannique ouvrait la voie à des tensions permanentes dans la région. Cette politique s’opposait complètement à celle de l’Église catholique qui estimait – comme l’avait affirmé le pape saint Pie X lors de sa rencontre avec le fondateur du sionisme Theodor Herzl en janvier 1904 – que les juifs n’ayant pas reconnu la messianité du Christ, ils ne pouvaient pas revenir sur une terre sanctifiée par la vie de Jésus (« non possumus », selon la tradition de l’Église). La révolution de Vatican II et la reconnaissance par Jean-Paul II de l’État d’Israël ont radicalement modifié la donne.
Rappelons aussi que l’expression « Déclaration Balfour » devrait, en fait, s’appeler « Déclaration Milner », du nom d’Alfred Milner, bras droit du cosmopolite Cecil Rhodes, comme l’a révélé le livre de Carroll Quigley « The Anglo-American Establishment ».
La mainmise sur la péninsule Arabique par les États-Unis suite aux accords conclus entre le président Roosevelt et Ibn Séoud (« Pacte de Quincy »), en février 1945, suivie de la création de l’État d’Israël en 1948, ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre les mondes juif talmudique et musulman. Les guerres opposant l’État d’Israël, soutenu par le monde anglo-saxon, au monde musulman conduisent à l’élaboration de nouveaux concepts comme celui du « choc des civilisations » élaboré par l’islamologue Bernard Lewis dans son ouvrage « Islam » paru en 1957. Travaillant en liaison avec le géopolitologue Zbigniew Brzeziński, il élabore une théorie poussant à la balkanisation du monde musulman (« l’arc de crise »), projet présenté par la revue Time le 15 janvier 1979.
Dans la même veine, nous retrouvons une politique de démantèlement des pays arabes dans le rapport d’Oded Yinon paru en 1982 et traduit de l’hébreu en anglais par le président de la Ligue israélienne des droits de l’homme Israël Shahak. Pour certains défenseurs d’Israël, ce texte serait un faux élaboré par Shahak. Toutefois, ce dernier ne fut jamais inquiété ni poursuivi en justice suite à cette traduction. S’il avait inventé ou falsifié le texte, ses détracteurs se seraient fait une joie de montrer l’original pour condamner l’impétrant. Plus de 30 ans après la parution de cette traduction, ceux qui rejettent le texte d’Israël Shahak comme faux n’ont toujours pas trouvé le temps de publier le document original. Mais qu’attendent donc ces « nuques raides » ?
Ajoutons à la liste des destructions des États arabes le rapport de Richard Perle en 1996 (« A Clean Break ») et les travaux du lieutenant-colonel Ralph Peters parus dans la revue militaire américaine « Armed Forces Journal » en mai 2006, que nous traitons entre autres dans notre livre « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial ».
Dans la même logique, nous pouvons relever la dernière mouture parue dans le New York Times, le 29 septembre 2013, sous la plume de Robin Wright [PDF]. Travaillant dans ce qui se fait de mieux (ou de pire) dans l’intelligentsia américaine (Carnegie Endowment, US Institute of Peace, Woodrow Wilson International Center, Yale, Stanford) (son blog), cette égérie de la cause, partie visible d’un travail reposant sur les structures de « l’État profond », reprend les travaux de ses prédécesseurs et balkanise à tout va la Libye et les pays de la péninsule Arabique en fonction des critères religieux (sunnites, chiites, druzes, alaouites…) et ethniques selon des critères politiques fédéralistes. Pareil à la multiplication des pains, Robin Wright explique comment on passerait de cinq à quatorze États en précisant que les frontières étatiques pourraient être facilement modifiées suite aux guerres et aux conflits ethniques. Son auteur évoque même l’idée de créer trois cités-États : Bagdad, Misrata et Djébel el-Druze.
Force est de constater que ces cartes du New York Times présentent des similitudes avec celles élaborées par Ralph Peters. Nous retrouvons en particulier la même entité géographique autour de Médine et de La Mecque. En dernière analyse, l’intérêt de ces documents officiels est de montrer que ces cénacles israélo-anglo-saxons ne sont pas prêts à lâcher prise dans leurs folles ambitions.

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08 octobre 2013

Le journaliste Seymour Hersh : Pourquoi les médias ne posent-ils jamais aucune question à Obama ? (The Guardian)

 
Seymour Hersh a des idées extrêmes pour régler les problèmes du journalisme – fermer les rédactions de NBC et ABS, virer 90% des directeurs de rédaction et revenir au travail de base du journalisme qui, selon lui, consiste à être un outsider. Il n’en faut pas beaucoup pour énerver Hersh, le journaliste d’investigation qui a été le cauchemar des présidents US depuis les années 60 et fut un jour décrit par le parti républicain comme « ce que le journaliste compte de plus proche d’un terroriste ». Il est en colère contre la frilosité des journalistes aux États-Unis, contre leur incapacité à défier la Maison Blanche et à incarner un messager impopulaire de la vérité. Ne lui parlez même pas du New York Times qui, d’après lui, dépense « tellement plus de temps à servir les intérêts d’Obama que je n’aurais jamais pu l’imaginer » - ou de la mort d’Oussama Ben Laden. « Rien n’a été fait à propos de cette histoire, c’est un gros mensonge, pas un seul mot n’est vrai », dit-il à propos du raid des US Navy Seals en 2011.
Hersh est en train d’écrire un livre à propos de la sécurité nationale et y consacre un chapitre à la mort de Ben Laden. Il dit qu’un rapport récent produit par une commission pakistanaise « indépendante » sur la vie dans le quartier où était terré Ben Laden ne tient pas la route. « Les Pakistanais ont sorti un rapport, ne m’en parlez pas. Disons-le ainsi : il a été réalisé avec un apport américain considérable. C’est un rapport bidon,  » déclare-t-il en mentionnant des révélations à paraître dans son livre.
L’administration Obama ment systématiquement, déclare-t-il, mais aucun des ténors des médias américains, des chaînes de télé à la grande presse papier, ne remet en question ce qu’elle affirme.
« C’est pathétique, ils sont plus qu’obséquieux, ils ont peur de s’en prendre à ce mec (Obama), » affirme-t-il dans une interview accordée au Guardian.
« Fut un temps où, lorsque des événements dramatiques se produisaient, le président et ses larbins avaient le contrôle de la manière de raconter l’histoire, on savait plus ou moins qu’ils feraient de leur mieux pour la raconter correctement. Ça n’arrive plus désormais. Maintenant, ils tirent profit de la situation et travaillent à la réélection du président. »
Il n’est même pas certain que les révélations à propos de l’ampleur et de la profondeur de la surveillance qu’exerce la NSA aient des répercussions durables.
Snowden a changé le débat autour de la surveillance
Il est persuadé que le dénonciateur de la NSA Edward Snowden « a changé la nature du débat » sur la surveillance. Hersh dit que lui-même et d’autres journalistes ont écrit à ce sujet, mais Snowden était pertinent car il a fourni des preuves documentées – bien qu’il soit sceptique quant à l’effet que cela aura sur la politique du gouvernement américain.
« Duncan Campbell [le journaliste d’investigation britannique qui a révélé l’affaire Zircon], James Bamford [journaliste américain] et Julian Assange et moi et le New Yorker, nous avons tous décrit cet état de surveillance constante, mais il [Snowden] a fourni un document et cela a changé la nature du débat, c’est désormais une réalité,  » déclare Hersh.
« Les directeurs de rédaction adorent les documents. Les directeurs de merde qui n’auraient jamais approché ce type de sujet, ils adorent les documents, et il a donc changé la donne, » ajoute-t-il, avant de préciser sa pensée.
« Mais je ne sais pas si cela aura une influence à long terme parce que d’après les sondages que je vois aux États-Unis, le président peut se contenter de dire ‘Al-Qaïda, Al-Qaïda’ et le public votera à deux contre un pour ce genre de surveillance, ce qui est tellement idiot. »
Devant un public dense lors des cours d’été de la City University à Londres, Hersh, 76 ans, met le paquet, avec une déferlante d’histoires étonnants sur ce que le journalisme était par le passé ; comment il a révélé le massacre de My Lai au Vietnam, comment il a obtenu les photos de soldats américains brutalisant des prisonniers irakiens à Abu Ghraïb, et ce qu’il pense d’Edward Snowden.
Espoir de rédemption
En dépit de ses inquiétudes quant à la témérité du journalisme, il croit que la profession présent encore un espoir de rédemption.
« J’ai cette espèce de vision heuristique du journalisme, nous offrons potentiellement un peu d’espoir parce que le monde est plus que jamais dirigé par de véritables nigauds… Pas que le journalisme soit toujours merveilleux, ce n’est pas le cas, mais au moins nous proposons une sorte d’alternative, une certaine intégrité. »
Son histoire à propos de sa révélation de l’atrocité de My Lai est un exemple de journalisme à l’ancienne et de persévérance. En 1969, il reçoit un tuyau à propos d’un chef de peloton de 26 ans, William Calley, inculpé par l’armée de meurtre d’assassinats en masse.
Au lieu de téléphoner à un officier de presse, il est monté dans sa voiture et est parti en quête du soldat à la base de Fort Benning, en Géorgie, où Hersh avait entendu qu’il était détenu. Il a arpenté toute la vaste base de porte en porte, parfois en baratinant pour arriver à ses fins, fonçant à la réception, tapant du poing sur la table en hurlant : « Sergent, faites sortir Calley tout de suite. »
Finalement, ses efforts auront payé avec son premier article publié dans le St Louis Post-Despatch, publié par intermédiaires à travers tout le pays, qui lui vaudra le Prix Pulitzer. « J’en ai fait cinq articles. J’ai demandé 100 dollars pour le premier, et à la fin le [New York] Times payait 5000 dollars par article. »
Il fut engagé par le New York Times pour couvrir les conséquences du scandale du Watergate et finit par traquer Nixon au Cambodge. Près de 30 ans plus tard, Hersh a refait les gros titres en révélant les abus sur les prisonniers irakiens à Abu Ghraïb
Y consacrer le temps nécessaire
Son message aux étudiants en journalisme est de consacrer du temps et des kilomètres. Il était au courant de l’affaire d’Abu Ghraïb cinq mois avant de pouvoir écrire à ce propos, ayant été tuyauté par un officier de haut rang de l’armée irakienne qui a risqué sa vie en quittant Bagdad pour Damas afin de lui raconter que les prisonniers écrivaient à leur famille pour leur demander de venir les tuer parce qu’ils avaient été « dépouillés ».
« J’ai passé cinq mois à chercher une preuve, parce que sans preuve documentée, il n’y a rien, ça ne mène à rien. »
Hersh en revient au président Obama. Il a déclaré par le passé que la confiance de la presse à remettre en cause le gouvernement s’est écroulée à près le 11 septembre 2001, mais il affirme catégoriquement qu’Obama est pire que Bush.
« Pensez-vous qu’Obama ait été jugé selon des normes rationnelles ? Guantanamo est-il fermé ? La guerre est-elle finie ? Qui fait un peu attention à ce qu’il se passe en Irak ? Parle-t-il sérieusement d’intervenir en Syrie ? Nous ne sommes pas en très bonne position dans les 80 guerres où nous sommes impliqués en ce moment, pourquoi diable veut-il donc aller en faire une nouvelle ? Que se passe-t-il [du côté des journalistes] ? » demande-t-il.
Il dit que le journalisme d’investigation américain est en train de mourir étouffé par la crise de confiance, le manque de moyens et une notion erronée de ce que signifie être journaliste.
« Une bonne part consiste désormais à remporter des prix. C’est du journalisme à la recherche d’un Pulitzer, » ajoute-t-il. « Un journalisme sur mesure, donc vous choisissez une cible comme - je ne veux pas dénigrer parce que ceux qui le font travaillent dur – mais comme la sécurité des passages à niveaux des chemins de fer et des trucs du genre, c’est un sujet sérieux mais il y a d’autres problématiques que celle-là. »
« Comme tuer des gens, comment Obama s’en sort-il avec le programme des drones, pourquoi n’en faisons-nous [les journalistes, ndt] pas plus à ce sujet ? Comment justifie-t-il cela ? Quels sont les renseignements ? Pourquoi n’examinons-nous pas cette politique pour déterminer si elle est bonne ou mauvaise ? Pourquoi les journaux citent-ils sans cesse les deux ou trois groupes qui supervisent les assassinats par drone interposé ? Pourquoi ne faisons-nous pas notre travail ? »
« Notre boulot est de découvrir par nous-mêmes, et non de se contenter de dire ‘il y a débat’ – notre boulot est d’aller au-delà du débat et de découvrir qui a raison et qui a tort à propos de ces problématiques. Cela n’arrive pas assez souvent. Cela coute du temps, de l’argent, cela comporte des risques et met en danger. Le New York Times a encore dans son équipe des journalistes d’investigation mais ils servent plus les intérêts du président que je ne l’aurais jamais imaginé… Plus personne n’ose être un outsider.  »
Il dit que dans certains aspects, l’administration Bush était un sujet plus facile à traiter. « Durant l’ère Bush, j’ai le sentiment qu’il était plus facile d’être critique qu’avec Obama. C’est bien plus difficile sous Obama. »
Interrogé à propos de la solution à ces problèmes, Hersh trouve la plupart des directeurs de rédaction pusillanimes et pense qu’ils devraient être virés.
« Je vais vous donner la solution, débarrassez-vous de 90% des directeurs de rédaction qui sont en place actuellement et commencez à promouvoir ceux que vous ne savez pas contrôler. Je l’ai vu au New York times, je voyais que ceux qui recevaient des promotions étaient ceux qui étaient les plus soumis à l’éditeur et étaient ce que leurs supérieurs voulaient et les fauteurs de trouble n’étaient pas promus.
Commencez à promouvoir ceux qui vous regardent droit dans les yeux et vous disent ‘Je m’en fous de ce que vous dites’. »
Hersh ne comprend pas non plus pourquoi le Washington Post a gardé pour lui les fichiers de Snowden jusqu’à ce qu’ils apprennent que le Guardian allait les publier.
S’il était patron d’US Media Inc., sa politique de la terre brûlée ne s’arrêterait pas aux journaux.
« Je fermerais les rédactions des chaînes d’information et repartirait à zéro, tabula rasa. Les majors, NBC, ABC, ils n’apprécieront pas cela – faites juste quelque chose de différent, faites quelque chose qui rend les gens furieux à votre égard, c’est ce que nous sommes censés faire. »
Hersh a fait une pause en tant que reporter, occupé qu’il est avec l’écriture d’un livre qui sera sans aucun doute inconfortable à lire tant pour Bush que pour Obama.
« La république est en danger, nous mentons à propos de tout, le mensonge est devenu la matière première. » Et il implore les journalistes de réagir.

Lisa O’Carroll

Source originale : The Guardian http://www.theguardian.com/media/media-blog/2013/sep/27/seymour-hersh-...

Traduction par le collectif Investig’Action http://www.michelcollon.info/Seymour-Hersh-a-propos-de-la-mort.html
 
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07 octobre 2013

Les Palestiniens dégagent une barrière, percent le mur d'apartheid et résistent à la détention illégale

Par SFP

Jeudi 3 octobre, des activistes de la résistance populaire palestinienne ont réussi à détruire une barrière métallique qui sépare Al-Walaja, à Beit Jala, de Bethléem. Forts de ce succès contre l'occupation et l'apartheid israéliens, les militants ont ensuite fait une percée dans le mur d'apartheid près d'Abu Dis.

Les Palestiniens dégagent une barrière, percent le mur d'apartheid et résistent à la détention illégale
Le dégagement de la barrière installée par le régime sioniste il y a 6 mois pour empêcher les Palestiniens d'aller de Al-Walaja à Bethléem (photo: Oren Ziv/Activestills.org)

Les Palestiniens ont fait une action-surprise en emmenant des outils qui leur ont permis de démolir une barrière installée par l'occupation il y a plus de 6 mois pour bloquer la route qui relie Al-Walaja à Bethléem.

Ils sont ensuite revenus à Bethléem pour fêter la libération de trois de leurs collègues qui avaient été détenus par l'armée au checkpoint Container, à Bethléem, alors qu'ils venaient participer à l'action, Mohammed Khatib, Abdullah Abu Rahman et Najji Tamimi. Après avoir été détenus pendant 2 heures avant l'arrivée du groupe, l'action bruyante s'est soldée par la libération des trois activistes palestiniens.

Puis les militants sont partis en groupe à Abu Dis où ils ont réussi à faire un trou dans le mur sioniste qui sépare Abu Dis d'Al-Quds, la capitale de la Palestine.

Cette action directe a bénéficié du soutien des activistes du Solidarity Movement for a Free Palestine (SFP) et a défié avec succès l'apartheid imposé aux Palestiniens.

La Cisjordanie est constellée de checkpoints, barrages routiers, monticules de terre et grilles dont le but est de restreindre la liberté de circulation des Palestiniens sur leur propre terre.



Voir d'autres photos de l'action sur +972mag.com et sur la page Facebook de KL, membre de SFP, ici.

05 octobre 2013

POUR ALI AARRASS.....

Ali Aarrass et ses avocats engagent un procès contre D. Reynders (MR), vice-premier et ministre des affaires étrangères. Lettre ouverte du bureau d’avocats Juscogens & Appel à soutien !

avocats juscogensNous vous invitons à prendre connaissance des deux lettres (du 1 mars 2012 et du 25 juin 2013 publiées ci-contre), dans lesquelles Didier Reynders confirme et signe : il n’y aura pas de protection consulaire de la Belgique pour les Belgo-marocains ou d’autres personnes ayant la double nationalité, quand elles se trouvent dans l’autre pays dont ils ont la nationalité. Contrairement à la pratique en vigueur dans d’autres pays européens comme les Pays-Bas, qui protègent leurs doubles nationaux, pour Didier Reynders vous pouvez être enlevé au Maroc, torturé, incarcéré après un procès inique, maltraité dans une prison marocaine…, la Belgique ne vous assistera pas.
lettre Reynders Ali Aarrass 25 juin 2013-page-001Vous êtes né ici ? Vous êtes Belge, avec une double nationalité, mais vous avez votre vie, votre famille, vos enfants ici ? Vous payez vos impôts ? Vous n’avez jamais vécu au Maroc ? Vous êtes plus bruxellois que Reynders, mais vous avez aussi un passeport marocain ? La Belgique ne vous assistera pas quand vous aurez un problème à l’étranger. (Pour rappel : avant d’être extradé au Maroc, le Belgo-marocain Ali Aarrass a été détenu en Espagne et là aussi une aide consulaire belge lui a été refusé.)
Cela suffit ! Dans une lettre ouverte à Didier Reynders (2 octobre 2013), les avocats d’Ali Aarrass relèvent le défi. Pour mettre fin à la discrimination, mettre fin à l’existence de deux catégories de citoyens en Belgique, mettre fin au refus des autorités belges d’intervenir même au cas où il y a une preuve indiscutable de torture d’un citoyen belge, ayant la double nationalité, ils engagent une citation en justice contre Reynders.
Lettre de Reynders Ali Aarrass 1 mars 2012-page-001Au moment où le monde politique belge et marocain se prépare à fêter les 50 ans d’immigration marocaine en Belgique, ce procès sera un événement sans précédent. Il concerne tous les Belgo-marocains, toutes les personnes ayant la double nationalité, tous les antiracistes et antifascistes dans ce pays !
Nous avons besoin de votre aide et de votre mobilisation.
Nous lançons un appel urgent pour nous aider à couvrir les frais de justice.
Versez votre contribution sur le compte de Farida Aarrass : BE69001674848678 avec la mention : « Procès Lettre de Reynders Ali Aarrass 1 mars 2012-page-002Reynders ».
Merci d’avance pour votre soutien et pour la diffusion de cet appel.
Pour la campagne Free Ali Aarrass,
Luk Vervaet.




Dounia III conf de presse 26 juillet 2013CABINET D’AVOCATS JUS COGENS – Me Christophe MARCHAND (GSM: 32.486.32.22.88 ; cm@juscogens.be) – Me Dounia ALAMAT (GSM: 32.470.57.59.25 ; da@juscogens.be) – Me Nicolas COHEN (GSM : 32.470.02.65.41 ; nc@juscogens.be)
2 octobre 2013 – Lettre ouverte à Monsieur Didier REYNDERS, Ministre des Affaires étrangères
Affaire Ali AARRASS : Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, qui ne dit mot, consent 
Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, comme vous le savez, depuis qu’il a été férocement torturé, Ali AARRASS dénonce les terribles sévices qui lui ont été infligées afin de signer des aveux.
Il s’est adressé sans relâche aux autorités marocaines pour dénoncer ces faits, sans succès. Les mauvais traitements infligés sont fermement niés par ces dernières, malgré l’absence d’enquête au Maroc. Ali AARRASS a été condamné à douze ans d’emprisonnement sur base de ses prétendus aveux.
Pourtant, le 31 mai 2013, le Rapporteur spécial des Nations-Unies contre la torture a rendu public les constats d’un médecin spécialisé, relevant les traces physiques et psychologiques de la torture. Il a exposé que :
juan mendez onu 24 septembre« Le médecin légiste indépendant qui accompagnait le Rapporteur spécial a effectué un examen physique externe et trouvé des traces de torture sur le corps de M. Aarrass. Le médecin légiste a conclu que la plupart des traces observées, bien que non diagnostiquées comme signes de torture, sont clairement compatibles avec les allégations présentées par M. Aarrass, à savoir le genre de torture et de mauvais traitements infligés, tels que brûlures occasionnées par une cigarette, pratique du «falanja » (coups assenés sur la plante des deux pieds), attachement intense puis suspension par les poignets et électrochocs aux testicules. En outre, il a constaté que la description faite par M. Aarrass des symptômes ressentis après les épisodes d’actes de torture et de mauvais traitements est totalement compatible avec les allégations et que le genre de pratiques décrites et les méthodologies qui auraient été suivis par les agents pratiquant ces actes, coïncident avec les descriptions et les allégations présentées par d’autres témoignages que le Rapporteur spécial a reçus dans d’autres lieux de détention et qui ne sont pas connus de M. Aarrass. Il a conclu que certains de ces signes seront de moins en moins visibles avec le temps et, à terme, devraient disparaître comme ceux, par exemple, existants sur la plante des deux pieds. Il a également conclu que l’examen physique a uniquement été effectué sous lumière artificielle. »
Dès la parution de ces informations, Ali AARRASS s’est adressé à vous pour que vous interveniez et que notre Etat le défende contre les terribles atteintes à ses droits les plus fondamentaux.
Votre seule réponse a été de soutenir que vous ne pouviez pas intervenir en faveur d’un belgo-marocain auprès des autorités marocaines.
Monsieur le Ministre, vous ne pouvez ignorer que cette réponse est fausse.
Faux de prétendre que le droit international empêcherait la Belgique de protéger son ressortissant. Faux de soutenir que la Belgique n’intervient pas en faveur de binationaux dans le pays de leur « autre » nationalité. Faux d’affirmer que la Belgique ne peut pas agir pour Ali AARRASS. Vous avez d’ailleurs publié un communiqué de presse, début août 2013, expliquant qu’une missive avait été adressée à votre homologue marocain dans ce dossier.
A ce moment-là, Ali AARRASS était en grève de la faim et de la soif parce qu’il continue à être gravement maltraité, harcelé et menacé en détention. Il y a mis fin suite à des promesses que les autorités marocaines ne tiennent pas. Son état de santé continue de se détériorer. Sa situation reste extrêmement préoccupante.
Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, Ali AARRASS est parvenu à transmettre des croquis des horreurs qu’on lui a fait subir : suspension par les pieds, tête plongée dans une bassine, écartèlement, chocs électriques sur les parties génitales jusqu’à perte de connaissance, viols, …
Monsieur le Ministre, continuerez-vous à faire la sourde oreille et à vous taire face à ces abominations infligées à un compatriote ? Est-ce là tout le soutien que nous autres, belges, pouvons attendre de vous ?
Monsieur le Ministre, qui ne dit mot, consent !
Ali AARRASS ne peut plus accepter d’être traité de la sorte.
Il lancera citation en référé endéans la semaine si vous ne modifiez pas votre attitude délétère. La Belgique doit assumer ses devoirs envers lui, comme lui-même l’a toujours fait.

03 octobre 2013

Bahar au HCR

Vingt ans après Oslo (7). Ivan Segré: Réflexions sur la question palestinienne


Le treize septembre 2013 marque les 20 ans du processus d'Oslo. Il nous a semblé que cela devrait être l'occasion d'une véritable réflexion politique non seulement sur le bilan de ces vingt longues années,  mais aussi sur les différentes perspectives d'avenir que l'échec des promesses de ce processus ouvre  pour la région.Nous avons demandé a plusieurs personnalités de contribuer par leur analyse à ce petit brainstorming. 
L'Agence Média Palestine, en partenariat avec l'Alternative information Center, publiera ces tribunes durant ce mois, sur l'espace club de Médiapart.
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Par Ivan Segré, philosophe franco-israélien, né en 1973. Il a publié Qu’appelle-t-on penser Auschwitz et La réaction philosémite aux éditions Lignes (2009). Il travaille actuellement à un livre sur Spinoza qui doit paraître aux éditions La Fabrique au printemps 2014.

 Avec le « processus d’Oslo » devait voir le jour une paix entre israéliens et palestiniens fondée sur le partage de la « Palestine historique » en deux Etats, l’un israélien, l’autre palestinien. Avec l’échec de ce processus, un état de fait s’est perpétué, et aggravé. On pourrait être tenté d’identifier l’échec du « processus d’Oslo » à la réussite d’un projet qui lui est antinomique, celui d'un "Grand Israël": la vision politique de l’appareil d’Etat israélien reposerait sur une lecture littéraliste, intégriste et, somme toute, grossière de la Bible. Une telle analyse serait toutefois un contre-sens. Certes, l'appareil d'Etat israélien s'appuie sur le nationalisme religieux; mais il l'instrumentalise, parfois à ses risques et périls, et non l'inverse. Ce qui détermine la politique de l'appareil d'Etat israélien, ce sont des considérations militaires, et non bibliques. On sait du reste que les principaux décideurs politiques en Israël sont issus de l'armée. C'est une conséquence de l'histoire de cet Etat, scandée par trois guerres décisives : en 1948, en 1967 et en 1973.
Or les militaires ont une vision principalement « sécuritaire », et non religieuse, de la politique. Et dans leur optique, les « frontières de 1967 » ne sont pas des frontières, parce qu'elles ne garantissent pas de profondeur stratégique, raison pour laquelle il ne saurait y avoir de partage proprement dit de la « Palestine historique » entre Israéliens et Palestiniens. La viabilité d'un Etat « juif » suppose une majorité juive vivant dans des frontières sûres, donc naturelles, qui doivent s'articuler de manière cohérente avec le territoire qu'il faut défendre: au Sud le désert du Sinaï, au Nord le plateau du Golan, à l'Ouest la mer, à l'Est le Jourdain. Le non partage de Jérusalem, qualifiée de « capitale éternelle et indivisible du peuple juif », traduit symboliquement le non partage de la Palestine.
 Le problème est cependant l'existence, à l'intérieur de ces frontières naturelles, d'une population non seulement étrangère au nationalisme juif, mais jugée hostile. Nommons-les: des "Palestiniens". Les repousser au-delà du Jourdain est irréalisable, pour des raisons morales, diplomatiques et pratiques; mais les intégrer supposerait de facto d'opter pour un Etat binational, ce qui est impossible du point de vue de l'appareil d'Etat israélien, dont la loi est de persévérer dans son être. Alors que faire ? La réponse est simple: rien, précisément ne rien faire, si ce n'est la gestion des affaires courantes, ce qui, en l'occurrence, consiste à sécuriser les populations jugées hostiles; et la meilleure manière de sécuriser des individus jugés hostiles, c’est de les priver de liberté.
 Conclusion : si un semblant d'autorité palestinienne accepte de prendre à sa charge la politique « sécuritaire » qui s'impose, on lui délèguera les affaires courantes; sinon, il n'y aura pas d'autre autorité politique légitime, dans ce petit coin du monde (de la taille d'un département français), que l'Etat israélien.
 Est-ce à dire que dans ce petit coin du monde, il n'y aura pas d'autres hommes libres que les Israéliens ? C'est ici qu'intervient une loi de la pensée. Dans ses Réflexions sur la question juive, Sartre conclut: "Pas un Français ne sera libre tant que les Juifs ne jouiront pas de la plénitude de leurs droits". Peu de gouvernements accordent du crédit aux lois de la pensée. On doit cependant croire que les Israéliens, eux, pensent, et que par conséquent ils sauront s’émanciper de la logique « sécuritaire » de leur appareil d’Etat ; alors ils concluront : Pas un Israélien ne sera libre tant que les Palestiniens ne jouiront pas de la plénitude de leurs droits.
 En attendant, les Israéliens ne sont donc pas libres ; ils sont même plus asservis que les Palestiniens. En effet, qui pense, c’est-à-dire vit sous la loi de la pensée, éprouve que l’asservissement des Palestiniens est sans commune mesure avec celui des Israéliens : les premiers, sachant qu’ils sont asservis, s’emploient à recouvrir leur liberté ; les seconds, s’imaginant libres, s’emploient à perpétuer, et aggraver, leur asservissement.
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Pour poursuivre la réflexion l'Agence Média Palestine et l'Alternative Information Center recommandent le film  "Etat commun, conversation potentielle [1]" de Eyal Sivan 
Un dispositif remarquable  qui met en place des conversations potentielles entre des interlocuteurs palestiniens et israéliens passionnants . Une brassée d'idées nouvelles et de visions originales sur les conditions d' une coexistence. 

Prochainement en salles a Paris ( Projection presse à l'Espace Saint-Michel le Mardi 24 Septembre à 10h30) et en régions voir calendrier ci dessous :
http://www.zeugmafilms.fr/etatcommun.html

Sortie nationale: le 09 Octobre à Paris au cinéma Saint Michel 

Extrait: http://youtu.be/WSaaBtq5DBY
 
http://cineday.orange.fr/images/film/237x_/2013/08/20/un-etat-commun-conversation-potentielle_52129c962a924.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Delautrecote.gif La revue "De l'Autre Côté"  éditée par  l'Union Juive Française pour la Paix (www.ujfp.org)  publiera un recueil de  ces tribunes .

02 octobre 2013

Bahar Kimyongür : « Plus vite Hollande et Obama se tairont, plus vite la Syrie se relèvera »


Olivier Mukuna

1er octobre 2013
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Analyste du conflit Syrien, l’activiste Bahar Kimyongür a produit de nombreux textes sur le sujet depuis plus de deux ans. Invité en marge du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Kimyongür est devenu le meilleur spécialiste belge de la Syrie à feu et à sang. Ses convictions anti-impérialistes et ses origines alaouites continuent d’en faire « un suspect » aux yeux des médias-aux-ordres ou va-t’en-guerre. Pour autant, cet historien de formation offre incontestablement un regard dense, pertinent et critique sur un dossier complexe. Bahar Kimyongür est aussi porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS). « Syriana, la conquête continue » est son dernier ouvrage.

Femmesdechambre.be : Pensez-vous établie l’utilisation d’armes chimiques contre sa population par le régime syrien ?
Bahar Kimyongür : L’utilisation d’armes chimiques, oui. Les enquêteurs de l’ONU l’ont clairement établi. Par le régime syrien, non. Affirmer cela, c’est aller un peu vite en besogne.
D’abord, aucun enquêteur n’a été capable de déterminer les lieux exacts des tirs ni de communiquer les noms, ni même le nombre exact de victimes du gaz sarin. La présomption de culpabilité étant la norme absolue quand un massacre non identifié survient en Syrie, on peut légitimement douter de la version franco-américaine du massacre chimique du 21 août. Human Rights Watch incrimine la 104e brigade de la garde républicaine postée sur le Mont Qassioune sans même avoir été sur le terrain.

L’ONG américaine dit aussi que sur le plan technologique, les rebelles sont d’office exclus du banc des accusés car ils seraient incapables de fabriquer du gaz sarin et de l’utiliser aussi massivement. Simple déduction, si la petite secte Aoum, marginale et maladroite, peut se servir de gaz sarin et tuer 12 personnes dans un métro de Tokyo, je ne vois pas pourquoi une rébellion syrienne surpeuplée et suréquipée militairement ne peut pas tuer 20 à 100 fois plus…
D’autant que les principaux groupes rebelles syriens disposent d’armes sophistiquées saisies dans les stocks de l’armée gouvernementale : des batteries de missiles sol-sol, des tanks, des canons, des lance-roquettes multiples etc.
Il y a quelques jours, l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), groupe terroriste lié à Al-Qaeda, a saisi plusieurs batteries de missiles anti-aériens S-125 Neva dans la base 66 de la région de Hama. C’est dire à quel point ces combattants peuvent être efficaces …
Rappelons par ailleurs que plusieurs groupes rebelles affichent depuis un an leur intention de gazer les forces loyalistes. Ensuite, le nombre d’experts qui doutent de la version officielle de l’Élysée et de la Maison Blanche n’est pas négligeable. Citant des sources russes, le journaliste britannique Robert Fisk affirme que les projectiles qui auraient servi à disséminer les gaz toxiques le 21 août pourraient provenir des stocks d’armes libyens, égyptiens ou yéménites. Et justement, les milices libyennes qui ont renversé et assassiné Kadhafi sont loin d’être radines en matière d’envoi d’armes vers la Syrie.
Quant au journaliste italien Domenico Quirico et son compagnon d’infortune belge Pierre Piccinin, tous deux otages pendant cinq mois de la rébellion syrienne, ils sont formels : des dirigeants rebelles ont revendiqué l’attaque tout en regrettant le nombre élevé de victimes. Les indices accablant les rebelles sont trop nombreux pour être ignorés …
 
FDC : Comment estimez-vous la place et l’ampleur réelle des groupes islamistes radicaux au sein des forces rebelles ?
B.K. : L’islamisme n’est pas le terme le plus approprié pour qualifier ces groupes, pour la simple raison qu’ils n’ont pas le monopole de l’Islam. Il s’agit plutôt de sectes pratiquant le takfir, c’est-à-dire la guerre contre les hérésies musulmanes. Ces groupes disent défendre le sunnisme. Or, les sunnites syriens sont eux aussi la cible de leur idéologie exclusive. Dans les zones que ces groupes contrôlent, la population est obligée de se soumettre aux diktas d’un émir, ou d’une choura de prédicateurs au discours incompatible avec le mode de vie des sunnites syriens.
Si l’Islam sunnite syrien est modéré, c’est en partie parce que l’État syrien a garanti l’équité entre les cultes et le droit à la différence. Si une frange de l’Islam sunnite s’est toutefois radicalisée, c’est aussi parce que le régime a été impitoyable envers les courants islamiques qui échappaient à son contrôle. Cela dit, sans le cadrage de l’Etat syrien, les musulmans et les minorités non musulmanes de Syrie auraient été depuis longtemps à la merci d’usurpateurs appuyés par les théocraties du Golfe et par le courant takfiri syrien qui s’est enhardi ces dernières années avec le succès fulgurant du djihadisme international.
Rappelons que le mouvement social syrien a été pollué dès le début du conflit par l’idéologie takfirie qui est d’une violence inouïe à l’égard des prétendus « apostats », en particulier les alaouites et les chiites.
Dans nos médias, il n’y a pas eu un seul mot sur les objectifs de ces groupes, sur leur rejet de la citoyenneté syrienne, c’est-à-dire l’idée que des musulmans, des alter- ou des non-musulmans soient mis sur un pied d’égalité. Bien avant la militarisation du conflit, des groupes sectaires voulaient imposer la prière au sein de l’armée, détruire le socle idéologique sur lequel se construit la Syrie plurielle, pratiquer l’apartheid confessionnel et forcer les minorités à se convertir à un Islam strictement inspiré par la sunna.
A cet égard, les médias occidentaux ont fait la sourde oreille ; tantôt en nous faisant croire que le takfirisme n’existait pas en Syrie, tantôt en nous racontant que c’est le régime qui le favorisait pour saboter le mouvement démocratique syrien. Les complotistes attitrés du Monde, de Libération et deFrance 24 se sont gardés de pointer la haine anti-chiite inoculée par les chaînes satellitaires du Golfe. Cette aversion profonde découle de la frustration wahhabite de voir une formation chiite telle que le Hezbollah capable d’humilier Israël en libérant le Sud-Liban le 25 mai 2000, puis en forçant Tsahal à battre en retraite lors de l’agression de juillet 2006.
Lorsqu’en février 2010, soit un an avant le début de la révolte syrienne, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et le président iranien de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad, se sont affichés aux côtés du président syrien à Damas, les roitelets du Golfe ont senti la terre se dérober sous leurs pieds.
Il leur fallait agiter le spectre du complot chiite-alaouite et provoquer un sursaut identitaire bâti sur le sunnisme victimaire pour affaiblir leur ennemi iranien. Grâce à une formidable campagne de désinformation, en partie relayée par les télévisions Al-Arabiya et Al-Jazeera, leur plan a réussi. L’hostilité anti-iranienne fabriquée à Doha et Riyad a été l’un des catalyseurs de la fronde anti-régime de mars 2011.
Mais chez nous, on a fait comme si de rien n’était… On nous a cachés le nom véritable et l’objectif politique de la multitude de groupes armés actifs au sein et à côté de la soi-disant Armée syrienne libre. Qui plus est, en Syrie, le takfir n’est pas une exclusivité d’Al-Qaeda.
Rappelez-vous du terroriste qui a éviscéré un soldat syrien et a fait mine de manger son cœur en menaçant de génocider tous les alaouites : il faisait partie d’une succursale de l’Armée syrienne libre (ASL) et non d’Al-Qaeda.
En résumé, il y a certes des rebelles laïcs qui combattent le régime syrien mais des mouvements rebelles laïcs en Syrie, ça n’existe pas. Le 25 septembre dernier, les romantiques révolutionnaires de l’Elysée et de l’opposition syrienne en exil en ont fait l’amère expérience lorsque les 13 principaux groupes rebelles dits « modérés » ont déclaré vouloir imposer la charia à la société syrienne.
FDC : Pourquoi l’Occident devrait-il intervenir en Syrie et pas ailleurs (en RDC, Tibet, Palestine, etc.) ?
B.K. : L’Occident n’a pas vocation à semer « le bien sur terre ». Personne ne lui a octroyé ce droit. Il faut par ailleurs en finir avec cette propagande qui fait croire que l’Occident est resté passif dans le conflit syrien. C’est précisément l’ingérence à outrance de l’Occident qui a corrompu l’opposition syrienne et radicalisé le régime de Damas. Le seul rôle salutaire que peut encore jouer l’Occident est d’ordre diplomatique. Plus Hollande et Obama se tairont, plus vite la Syrie se relèvera.
FDC : Quelle est la légitimité de l’Occident (USA + EU) et ses alliés arabes (Qatar, Arabie Saoudite) à intervenir militairement dans le monde ?
B.K. : Aucune. La non-ingérence est une règle d’or dans le droit international. Mais ce principe est systématiquement violé par les décideurs étasuniens et européens …
La question centrale qu’il faudrait se poser est : « Pour qui et pourquoi faudrait-il intervenir en Syrie ? ».
Malgré la puissance de feu de l’armée syrienne, près de la moitié des victimes de cette guerre sont des loyalistes, civils ou militaires. On nous dit que « le dictateur assassine son peuple » mais la rébellion syrienne en fait tout autant … Par conséquent, si nous cessons de livrer des missiles Milan ou des Red Arrows aux rebelles par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite ; si nous barrons la route aux djihadistes qui affluent en Syrie depuis la Turquie, le Liban ou la Jordanie, le peuple syrien sera épargné, les réfugiés syriens pourront rentrer chez eux et les belligérants pourront s’asseoir et négocier.
L’équation est simple … mais n’arrange ni Paris ni Washington, qui misent plutôt sur la guerre d’usure à défaut d’avoir un allié solide et indéfectible dans le conflit.
FDC : Assiste-t-on depuis deux ans à une épuration ethnique des chrétiens en Syrie ?
B.K. : Pas exactement. Certains groupes rebelles ont tenté de rassurer les chrétiens, de garantir la liberté de culte et la protection de leurs biens dans une Syrie post-baassiste.
L’avantage des Chrétiens à court terme est de disposer d’une religion et d’un livre qui leur sont propres. Cette singularité les met provisoirement à l’abri de l’Inquisition takfirie. Ce qui n’est pas le cas des alaouites, des druzes ou des chiites, coupables aux yeux des bataillons djihadistes de se référer à l’Islam sans reprendre la totalité du dogme islamique, ce qui les rend plus détestables que les autres communautés syriennes.
A l’inverse des minorités musulmanes hétérodoxes, les chrétiens ont le choix entre leur conversion à l’Islam et à la sunna, le paiement d’un impôt appelé « dhimmi » ou la mort…
Néanmoins, en 30 mois de conflit, les Chrétiens ont subi de nombreuses attaques terroristes. Plusieurs dizaines d’églises ont été délibérément profanées, certains hommes d’églises ont été exécutés ou enlevés contre rançons, des femmes chrétiennes ont été obligées de porter le voile et l’on rapporte, ça et là, des tentatives de conversions forcées.
Comparée au sort des « musulmans hérétiques », la terreur anti-chrétienne reste relativement limitée. Celle-ci est davantage destinée à chasser les Chrétiens de Syrie qu’à les exterminer. Les takfiris nous avaient prévenu : «  Les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth » était leur cri de ralliement dans les manifestations anti-régime …
FDC : Comment analysez-vous la proposition russe de placer l’arsenal chimique syrien sous surveillance internationale ? Etape salutaire vers un règlement politique ou répit provisoire avant une reprise de la guerre ?
B.K. : Le ministre syrien de la réconciliation Ali Haidar a très justement rappelé que les armes chimiques sont les armes nucléaires du pauvre.
Nous savons de source sûre que le président syrien a obtenu des engagements de la Russie dans la protection de la Syrie face à l’expansionnisme israélien comme condition préalable au démantèlement de son arsenal chimique.
Cette proposition est un coup de maître de la diplomatie russe. Celle-ci a permis d’épargner l’humanité d’un embrasement régional voire d’une guerre nucléaire, de sauver la face d’Obama et Hollande après leurs menaces d’expéditions punitives aux conséquences improbables et de relancer le processus de négociations appelé Genève 2.
FDC : Quelle principale piste de résolution du conflit, la communauté internationale devrait-elle défendre aujourd’hui ?
B.K. : Le régime syrien est une dictature paradoxale qui offre de nombreux avantages à la population : liberté de culte, protection des minorités et du patrimoine historique, promotion de l’art et de la culture, système médical performant, souveraineté alimentaire, enseignement de qualité, sécurité sociale, etc.
L’envers de ces réalités consiste en un climat de suspicions et de violences insupportables : tortures, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, menaces et intimidations contre les opposants, impunité, censure.

L’opposition syrienne a eu raison de se révolter. Mais l’escalade militaire a éclipsé toute perspective de démocratisation du pays. Ni le départ ou même l’assassinat du président syrien ne changeront la donne, pour la simple raison que Bachar El-Assad est soutenu par des millions de Syriens qui se battront pour leur survie.

De plus, les belligérants sont désormais confrontés à un ennemi commun : Al-Qaeda et ses nombreux satellites syriens. Comme en Irak, les groupes rebelles syriens seront amenés à créer, de concert avec l’armée syrienne, des « sahwas ». C’est-à-dire des unités de combat anti-terroristes. Les sahwa sont apparus en Irak suite aux massacres commis par Al-Qaeda contre la population. Mais le défaut des sahwas irakiens fut leur encadrement par l’occupant américain, celui-là même qui favorisa l’émergence d’Al-Qaeda dans le pays…
Sur le plan militaire et de résolution du conflit syrien, un front patriotique anti-terroristes, alliant loyalistes et rebelles transfuges, pourrait paver le chemin de la réconciliation et de la transition politique.
Sur le plan diplomatique, la conférence de Genève 2, élargie à l’Iran, semble être la seule issue réaliste au conflit. Néanmoins, une initiative Sud-Sud sous forme de conférence internationale parrainée par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), les gouvernements progressistes d’Amérique latine réunis dans l’Alba (Alliance bolivarienne pour les Amériques), l’Africa Forum et les Etats arabes non-alignés comme l’Algérie ou le Liban aurait sans doute été plus efficace …
De toute manière, en isolant Washington et Paris dans le dossier syrien, la communauté internationale a clairement fait savoir qu’elle souhaitait privilégier la paix et la diplomatie.