08 avril 2014

Seymour Hersh: the-red-line-and-the-rat-line


ASSAD ERDOGAN


Seymour HerchThe Red Line and The Rat Line
http://www.lrb.co.uk/2014/04/06/seymour-m-hersh/the-red-line-and-the-rat-line/
Obama, Erdogan, les rebelles syriens et la ligne rouge (London Review of Books)
Seymour HERSH
seymour-m-hersh/the-red-line-and-the-rat-line/
Obama, Erdogan, les rebelles syriens et la ligne rouge (London Review of Books)
Seymour HERSH
En 2011, Barack Obama a mené une intervention militaire alliée en Libye sans consulter le Congrès américain. En août dernier, après l’attaque au gaz sarin sur Ghouta, une banlieue de Damas, il était prêt à lancer une nouvelle attaque aérienne alliée, cette fois pour punir le gouvernement syrien pour avoir traversé la « ligne rouge » qu’il avait tracée en 2012 sur l’utilisation d’armes chimiques. Puis, deux jours avant la date prévue des frappes, il a annoncé qu’il allait demander l’approbation du Congrès. La frappe fut reportée tandis que le Congrès se préparait pour les audiences, pour être finalement annulée lorsqu’Obama a accepté l’offre de M. Assad de renoncer à son arsenal chimique suite à un accord négocié par la Russie. Pourquoi Obama a-t-il temporisé puis cédé sur la Syrie alors qu’il n’avait pas hésité à se précipiter sur la Libye ? La réponse se trouve dans un affrontement entre ceux de l’administration qui étaient décidés à faire respecter la ligne rouge et les chefs militaires qui pensaient que faire la guerre était à la fois injustifiée et potentiellement désastreuse.
La raison du changement d’opinion d’Obama se trouve à Porton Down, le laboratoire de la défense situé dans le Wiltshire. Les services de renseignement britanniques avaient obtenu un échantillon du gaz sarin utilisé dans l’attaque du 21 Août et les analyses ont démontré que le gaz utilisé ne correspondait pas aux lots connus des armes chimiques de l’arsenal de l’armée syrienne. Le message fut rapidement transmis aux chefs d’état-major des armées US que les accusations contre la Syrie ne tiendraient pas. Le rapport britannique a confirmé les doutes au sein du Pentagone ; les chefs d’état-major se préparaient déjà pour avertir Obama que ses plans pour une attaque de grande envergure par bombardements ou missiles sur les infrastructures de la Syrie pourraient conduire à une guerre plus large au Moyen-Orient. En conséquence, les officiers US ont délivré un avertissement de dernière minute au président, ce qui, à leur avis, a finalement conduit à l’annulation de l’attaque.
Pendant des mois, il y avait eu une vive inquiétude parmi les dirigeants militaires et la communauté du renseignement sur le rôle joué dans la guerre par des voisins de la Syrie, en particulier la Turquie. Le Premier ministre RecepErdogan était connu pour son soutien à al-Nosra, une faction djihadiste de l’opposition rebelle, ainsi qu’à d’autres groupes rebelles islamistes. «Nous savions qu’il y en avait certains dans le gouvernement turc,» m’a dit un ancien haut responsable du renseignement américain, qui a toujours accès aux dossiers, «qui ont cru qu’ils pouvaient choper Assad par les couilles en l’impliquant dans un attentat au gaz sarin à intérieur de la Syrie – et forcer Obama à réagir» .
Les chefs d’état-major savaient aussi que les accusations publiques de l’administration Obama selon qui seule l’armée syrienne avait accès au sarin étaient fausses. Les services de renseignement américains et britanniques étaient au courant depuis le printemps de 2013 que certaines unités rebelles en Syrie développaient des armes chimiques. Le 20 juin, des analystes de la Defense Intelligence Agency [DIA - services de renseignement de l’armée US] ont publié un rapport de cinq pages, très hautement classifié, de «points de discussion» d’une réunion d’information, pour le directeur adjoint de la DIA, David Shedd, qui affirme qu’al-Nosra avait une unité de production de sarin : son programme, indiquait le rapport, était « le complot au sarin le plus avancé depuis les efforts d’al-Qaida avant le 11/9 ». (Selon un consultant du Département de la Défense, le renseignement américain savait depuis longtemps qu’Al-Qaïda avait expérimenté des armes chimiques, et est en possession d’une vidéo d’une de ces expériences de gaz sur des chiens.) Le document de la DIA poursuit: «Jusqu’à présent, l’attention des services de renseignement a porté presque exclusivement sur les armes chimiques syriennes ; à présent, nous constatons qu’al-Nosra tente de fabriquer ses propres armes… la liberté de manœuvre relativement grande d’al-Nosra en Syrie nous amène à penser que la volonté du groupe sera difficile à contrer à l’avenir. » Le document cite de nombreux renseignements classifiés en provenance de nombreux organismes: «des intermédiaires Turcs et Saoudiens», dit-il « ont tenté de se procurer des composants de sarin en vrac, des dizaines de kilogrammes, probablement dans le but de lancer une production à grande échelle en Syrie.»
(Interrogé sur le document de la DIA, un porte-parole du directeur du renseignement national a déclaré: «Aucun rapport n’a jamais été demandé ou produit par les analystes des service de renseignement.»)
En mai dernier, plus de dix membres du Front al-Nosra ont été arrêtés dans le sud de la Turquie avec, selon ce que la police locale a rapporté à la presse, deux kilos de sarin. Dans un acte d’accusation de 130 pages, le groupe a été accusé d’avoir tenté d’acheter des détonateurs, des tubes pour la construction de mortiers, et des composants chimiques pour le sarin. Cinq des personnes arrêtées ont été libérées après une brève détention. Les autres, dont le chef de file, HaythamQassab, pour qui le procureur a requis une peine de prison de 25 ans, ont été libérés en attendant le procès. En attendant, la presse turque a été en proie à la spéculation que l’administration Erdogan aurait couvert l’étendue de sa complicité avec les rebelles. Dans une conférence de presse l’été dernier, Aydin Sezgin, l’ambassadeur de Turquie à Moscou, a minimisé les arrestations et affirmé aux journalistes que le «sarin» qui avait été saisi était simplement de l’«anti-gel».
Le document de la DIA considère que les arrestations constituent la preuve qu’al-Nosra avait développé son accès aux armes chimiques. Il dit que Qassab s’était «auto-identifié» comme un membre d’Al-Nosra, et qu’il était directement en relation avec Abd-al-Ghani, « l’émir du front chargé de la fabrication militaire ». Qassab et son associé Khalid Ousta travaillaient avec HalitUnalkaya, employé d’une entreprise turque appelée Zirve Export, qui a fourni «des devis pour des quantités en vrac de composants de sarin». Le plan d’Abd-al-Ghani était que deux associés « perfectionnent un procédé de fabrication du sarin, puis se rendent en Syrie pour former d’autres personnes pour commencer la production à grande échelle dans un laboratoire non identifié en Syrie». Le document de la DIA dit que l’un de ses agents avaient acheté un des composants sur le «marché des produits chimiques de Bagdad», qui «a fourni au moins sept tentatives de fabrication d’armes chimiques depuis 2004. »
Une série d’attaques d’armes chimiques en Mars et Avril 2013 fut étudiée au cours des mois suivants par une mission spéciale des Nations Unies en Syrie. Une personne avec des connaissances précises sur l’activité de l’ONU en Syrie m’a dit qu’il y avait des preuves reliant l’opposition syrienne à la première attaque au gaz, le 19 Mars à Khan Al-Assal, un village près d’Alep. Dans son rapport final en décembre, la mission a déclaré qu’au moins 19 civils et un soldat syrien étaient parmi les victimes, ainsi que des dizaines de blessés.
La mission n’était pas mandaté pour désigner le responsable de l’attaque, mais la personne ayant connaissance des activités de l’ONU a déclaré: «Les enquêteurs ont interrogé les gens présents sur place, y compris les médecins qui ont soigné les victimes. Il était clair que les rebelles avaient utilisé le gaz. L’information n’avait pas été rendue publique parce que personne ne voulait l’entendre.»
Dans les mois précédant les attaques, m’a dit un ancien haut fonctionnaire du Département de la Défense, la DIA a fait circuler un rapport classifié, connu sous le nom de SYRUP, sur toutes les informations liées au conflit syrien, y compris sur les armes chimiques. Mais au printemps, la distribution de la partie du rapport concernant les armes chimiques a été sévèrement réduite sur les ordres de Denis McDonough, le chef de cabinet de la Maison Blanche. «Il y avait quelque chose là-dedans qui a déclenché un caca nerveux chez McDonough» a déclaré l’ancien fonctionnaire du ministère de la Défense. «A un moment donné, il y avait un truc énorme, et puis, après les attaques au sarin de mars et avril » – il a claqué des doigts – «et pouf, tout a disparu». La décision de restreindre la distribution du rapport a été prise alors que les chefs d’état-major ordonnaient d’urgence la planification détaillée d’une éventuelle invasion terrestre de la Syrie avec pour objectif principal l’élimination des armes chimiques.
L’ancien responsable du renseignement a dit que beaucoup dans les milieux de la sécurité nationale des États-Unis ont longtemps été troublés par la ligne rouge du président : «Les chefs d’état-major ont demandé à la Maison Blanche, «Que signifie la ligne rouge ? Comment cela se traduit-il en termes militaires? Des troupes au sol ? Des frappes massives? Des frappes limitées?» Ils ont confié au renseignement militaire une étude sur comment nous pourrions concrétiser la menace. Ils n’ont rien appris de plus sur les intentions du président».
Au lendemain de l’attaque du 21 Août, Obama a ordonné au Pentagone de dresser une liste objectifs à bombarder. Au début, a déclaré l’ancien responsable du renseignement, «la Maison Blanche a rejeté 35 listes de cibles fournies par les chefs d’état-major sous prétexte que c’était insuffisamment «douloureux» pour le régime d’Assad.» Les objectifs initiaux incluaient uniquement des sites militaires et aucune infrastructure civile. Sous pression de la Maison Blanche, le plan d’attaque US a évolué vers une «frappe monstrueuse»: deux flottes de bombardiers B-52 ont été transférées vers des bases aériennes proches de la Syrie, et des sous-marins et des navires équipés de missiles Tomahawk ont été déployés. «Chaque jour, la liste de cibles s’allongeait», m’a dit l’ancien responsable du renseignement. «Les planificateurs du Pentagone ont dit que nous ne pouvions pas utiliser uniquement des Tomahawk pour frapper les sites de missiles en Syrie parce que les installations étaient enfouies trop profondément, de sorte que les B- 52 assignés à la mission furent équipés avec des bombes d’une tonne (2000 livres). Ensuite, nous avions besoin d’équipes de secours pour récupérer les pilotes abattus et des drones pour des cibles sélectives. C’est devenu un truc énorme.» La nouvelle liste de cibles a été conçue pour « éradiquer totalement toutes les capacités militaires Assad», a dit l’ancien responsable du renseignement. La liste des objectifs principaux comprenait les réseaux électriques à haute tension, les dépôts de pétrole et de gaz, tous les dépôts connus de logistique et d’armes, tous les postes de commandement et de contrôle connus, et tous les bâtiments militaires et de renseignement connus.
La Grande-Bretagne et la France avaient un rôle à jouer. Le 29 Août, le jour où le Parlement (Britannique) a voté contre la proposition de Cameron de rejoindre l’intervention, le quotidien The Guardian a rapporté que Cameron avait déjà ordonné le déploiement de six avions de combat Typhoon à Chypre, et avait proposé un sous-marin capable de lancer des missiles Tomahawk. L’armée de l’air française – un acteur essentiel lors des frappes de 2011 sur la Libye – était profondément engagée, selon un article du Le Nouvel Observateur; François Hollande avait ordonné à plusieurs chasseurs-bombardiers Rafale de se joindre à l’assaut américain. Leurs cibles étaient situées dans l’ouest de la Syrie.
A fin Août, le président avait donné aux chefs d’état-major une date limite pour le lancement des opérations. «L’heure H devait être au plus tard lundi matin [2 Septembre] ,un assaut massif pour neutraliser Assad,» a dit l’ex-responsable du renseignement. Ce fut donc une surprise pour beaucoup quand, lors d’un discours à la Maison Blanche dans le Rose Garden, le 31 Août, Obama déclara que l’attaque était repoussée, et qu’il se retournait vers le Congrès pour la soumettre à un vote.
A ce stade, l’hypothèse d’Obama -que seule l’armée syrienne était capable de déployer du sarin- s’effilochait. Quelques jours après l’attaque du 21 Août, m’a dit l’ancien responsable du renseignement, les agents militaires russes de renseignement avaient récupéré des échantillons de l’agent chimique de Ghouta. Ils les ont analysés et transmis aux services de renseignement militaire britanniques; c’était le matériel envoyé à Porton Down. (Un porte-parole de Porton Down a déclaré: «La plupart des échantillons analysés au Royaume-Uni ont été testés positifs pour le sarin, un agent neurotoxique.» Le MI6 a dit qu’il ne faisait pas de commentaires sur les affaires de renseignement.)
L’ancien responsable du renseignement a déclaré que le Russe qui a livré l’échantillon au Royaume-Uni était «une source fiable – une personne qui avait accès, la connaissance et un historique digne de confiance». Après la première utilisation signalée d’armes chimiques en Syrie l’année dernière, les agences de renseignement américains et alliés «ont fait un effort pour trouver si quelque chose avait été utilisée – et la source» , a dit l’ancien responsable du renseignement. «Nous utilisons les données échangées dans le cadre de la Convention sur les armes chimiques. Le mode opératoire de la DIA consiste à connaître la composition de chaque lot d’armes chimiques soviétiques manufacturé. Mais nous ne savions pas quels lots se trouvaient dans l’arsenal syrien. Dans les jours qui ont suivi l’incident de Damas, nous avons demandé à une source au sein du gouvernement syrien de nous donner une liste des lots possédés par le gouvernement. C’est pourquoi nous avons pu arriver si rapidement à la conclusion.»
La procédure n’a pas fonctionné aussi bien au printemps, a dit l’ancien responsable du renseignement, parce que les études réalisées par les services de renseignement occidentaux «n’ont pas été concluantes sur la nature du gaz employé. Le mot «sarin» n’a pas été prononcé. Il y avait beaucoup de discussions à ce sujet, mais puisque personne ne pouvait conclure sur la nature du gaz, on ne pouvait pas dire qu’Assad avait franchi la ligne rouge du président.»
Le 21 Août, toujours selon l’ancien responsable du renseignement, «l’opposition syrienne avait clairement appris la leçon et a annoncé que du «sarin» de l’armée syrienne avait été utilisé, avant toute analyse, et la presse et la Maison Blanche ont sauté sur l’occasion. Puisque c’était du sarin, « C’était forcément Assad. » »
Le personnel de la défense du Royaume-Uni, qui a relayé les conclusions de Porton Down aux chefs d’état-major US, ont envoyé un message aux Américains, a déclaré l’ancien responsable du renseignement: «Nous sommes en train de nous faire avoir» (Ce qui donne du sens à un message laconique envoyé fin août par un haut fonctionnaire la CIA: «ce n’est pas l’oeuvre du régime actuel, le Royaume-Uni et les États-Unis le savent.». ) Nous n’étions plus qu’à quelques jours de l’assaut et les avions, navires et sous-marins américains, britanniques et français étaient prêts.
La personne chargée de la planification et de l’exécution de l’attaque était le général Martin Dempsey, président des chefs d’état-major. Dès le début de la crise, a déclaré l’ancien responsable du renseignement, les chefs d’état-major étaient sceptiques quant aux arguments avancés par l’administration pour étayer la culpabilité de M. Assad. Ils ont pressé la DIA et d’autres organismes pour obtenir des données plus concluantes. «Ils pensaient qu’il était impossible que la Syrie utilise du gaz à ce stade, car Assad était en train de gagner la guerre», a dit l’ancien responsable du renseignement.
Dempsey avait irrité beaucoup de monde au sein de l’administration Obama au cours de l’été en mettant en garde à plusieurs reprises le Congrès du danger d’un engagement militaire américain en Syrie. En Avril dernier, après une évaluation optimiste de la progression des rebelles par le secrétaire d’État, John Kerry, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants, Dempsey a déclaré à la commission des forces armées du Sénat que « il est possible que ce conflit soit entré dans une impasse».
L’ancien responsable du renseignement a dit que le point de vue initial de Dempsey après le 21 Août, c’est qu’une frappe des États-Unis contre la Syrie – dans l’hypothèse où le gouvernement d’Assad était responsable de l’attaque au gaz sarin – constituerait une bavure militaire. Le rapport Porton Down a poussé les chefs d’état-major à confier au Président une préoccupation plus grave encore: que l’attaque voulue par la Maison Blanche constituerait un acte d’agression injustifié. Ce sont les chefs d’état-major qui ont conduit Obama à changer de cap.
L’explication officielle de la Maison Blanche pour la volte-face – telle que racontée par les médias- était que le Président, au cours d’une promenade dans le Rose Garden avec Denis McDonough, son chef de cabinet, a soudainement décidé de demander l’approbation de la frappe à un Congrès profondément divisé avec lequel il était en conflit depuis des années. L’ancien responsable du département de la Défense m’a dit que la Maison Blanche a fourni une explication différente aux membres de la direction civile du Pentagone: la frappe avait été annulée suite à des renseignements selon lesquels, en cas de frappe, «le Moyen-Orient partirait en fumée».
La décision du président d’aller devant le Congrès a été initialement considérée par les principaux collaborateurs à la Maison Blanche, a déclaré l’ancien responsable du renseignement, comme une reprise de la tactique de George W. Bush à l’automne 2002, avant l’invasion de l’Irak: «Quand il est devenu évident qu’il n’y avait pas d’ADM [Armes de Destruction Massive] en Irak, le Congrès, qui avait approuvé la guerre en Irak, et la Maison Blanche, se sont partagé la responsabilité et à plusieurs reprises ont invoqué des renseignements erronés. Si le Congrès actuel devait voter en faveur d’une frappe, la Maison Blanche pourrait à nouveau gagner sur les deux tableaux – mettre une raclée à la Syrie avec une attaque massive et valider l’engagement de la ligne rouge du président, tout en étant en mesure de partager la faute avec le Congrès s’il s’avérait que l’armée syrienne n’était pas responsable de l’attaque.»
Le revirement fut une surprise même pour les dirigeants démocrates au Congrès. En Septembre, le Wall Street Journal a rapporté que trois jours avant son discours dans le Rose Garden, Obama avait téléphoné à Nancy Pelosi, chef de file des démocrates de la Chambre des Représentants, «pour discuter des différentes options». Elle a dit plus tard à ses collègues, selon le journal, qu’elle n’avait pas demandé au président de soumettre le bombardement à un vote du Congrès.
La manoeuvre d’Obama pour obtenir l’approbation du Congrès s’est rapidement convertie en une impasse. «Le Congrès n’allait pas laisser passer,» a dit l’ex-responsable du renseignement. «Le Congrès a fait savoir que, contrairement à l’autorisation de la guerre en Irak, il y aurait des audiences poussées. A ce moment, il y avait un sentiment de désespoir à la Maison Blanche,» a dit l’ancien responsable du renseignement. «Et soudain est apparu un plan B. Annuler la frappe si Assad acceptait de signer unilatéralement le traité sur les armes chimiques et de détruire toutes ses armes chimiques, sous surveillance des Nations Unies.»
Lors d’une conférence de presse à Londres, le 9 Septembre, Kerry parlait toujours d’intervention: «le risque de ne pas agir est plus grand que le risque d’agir.»
Mais quand un journaliste lui a demandé s’il y avait quelque chose qu’Assad pouvait faire pour arrêter les bombardements, Kerry a déclaré: «Bien sûr. Il pourrait remettre jusqu’à la dernière de ses armes chimiques à la communauté internationale la semaine prochaine… Mais il n’a pas l’intention de le faire, et il ne peut pas le faire, évidemment.»
Comme le New York Times l’a rapporté le lendemain, l’accord négocié par les Russes qui a surgi peu après avait été initialement examiné par Obama et Poutine à l’été 2012. Bien que les plans de frappes avaient été écartés, l’administration n’a pas changé son discours officiel sur la justification d’entrer en guerre. «A ce niveau, il y a une tolérance zéro pour l’erreur» a dit l’ex-responsable du renseignement en parlant des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche. «Ils ne pouvaient pas se permettre de dire: «Nous nous sommes trompés.» (Le porte-parole de la DNI a dit: «Ce n’est que le régime d’Assad, et uniquement le régime d’Assad, qui peut être responsable de l’attaque aux armes chimiques qui a eu lieu le 21 Août»)
L’ampleur de la coopération des États-Unis avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le soutien à l’opposition rebelle en Syrie est encore à découvrir. L’administration Obama n’a jamais admis publiquement son rôle dans la création de ce que la CIA appelle une «ligne de rat [Rat line : une ligne d’exfiltration/infiltration]», une route clandestine vers la Syrie. La «ligne de rat», autorisée au début de 2012, a été utilisée pour acheminer à l’opposition des armes et des munitions en provenance de la Libye via le sud de la Turquie et à travers la frontière syrienne.
Beaucoup de ceux en Syrie qui ont finalement reçu les armes étaient djihadistes, certains affiliés à al-Qaida. (Le porte-parole DNI a dit: «L’idée que les États-Unis fournissent à quiconque des armes en provenance de la Libye est fausse.» )
En Janvier, la Commissions du renseignement du Sénat US a publié un rapport sur l’agression en Septembre 2012 par une milice locale contre le consulat américain et un centre clandestin de la CIA proches de Benghazi, qui a abouti à la mort de l’ambassadeur américain, Christopher Stevens, et trois autres personnes. Les critiques contenues dans le rapport envers le Département d’Etat, pour n’avoir pas fourni une sécurité adéquate au consulat, et envers les services de renseignement pour n’avoir pas alerté l’armée américaine de la présence d’un avant-poste de la CIA dans la région, a fait la une des journaux et ravivé les animosités à Washington, avec les Républicains accusant Obama et Hillary Clinton de tenter d’étouffer l’affaire. Une annexe hautement classifiée au rapport, qui n’a pas été rendue public, décrit un accord secret conclu début 2012 entre les administrations Obama et Erdogan. Il portait sur la « ligne de rat ». Selon les termes de l’accord, le financement est venu de la Turquie, ainsi que de l’Arabie saoudite et du Qatar ; la CIA, avec le soutien du MI6 [britannique], était chargée du transfert des armes de l’arsenal de Kadhafi vers la Syrie. Un certain nombre de sociétés de façade avaient été mises en place en Libye, certaines sous le couvert d’entités australiennes. Des soldats américains à la retraite, qui ne savaient pas toujours qui était leur véritable employeur, ont été recrutés pour gérer l’approvisionnement et l’expédition. L’opération était dirigée par David Petraeus, le directeur de la CIA qui allait bientôt démissionner après la révélation de sa liaison avec l’auteure de sa biographie. (Un porte-parole de Petraeus a nié l’existence d’une telle opération.)
L’opération n’avait pas été divulguée au moment de sa mise en place aux commissions de renseignement et dirigeants du Congrès, en violation des lois en vigueur depuis les années 1970. L’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison. L’ancien responsable du renseignement m’a expliqué que pendant des années il y a eu une exception reconnue dans la loi qui permet à la CIA de ne pas déclarer ses activités de liaison au Congrès. (Toutes les opérations secrètes de la CIA proposées doivent être décrites dans un document écrit et soumis à l’approbation des hauts dirigeants du Congrès.)
La diffusion de l’annexe était limitée aux assistants qui avaient rédigé le rapport et aux huit plus hauts dirigeants du Congrès – les dirigeants démocrates et républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat, et les dirigeants démocrates et républicains des commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat. Cette mesure ne peut pas être vraiment considérée comme une volonté de contrôle dans la mesure où ces huit dirigeants n’ont pas vraiment pour habitude de se réunir pour poser des questions ou discuter de l’information secrète qu’ils reçoivent.
L’annexe n’a pas tout dit sur ce qui s’est passé à Benghazi avant l’attaque, et n’a pas non plus expliqué pourquoi le consulat américain a été attaqué. «La seule mission du consulat était de fournir une couverture pour l’acheminement des armes», a déclaré l’ancien responsable du renseignement, qui a lu l’annexe. «Il n’avait pas de rôle politique réel.»
Après l’attaque contre le consulat, Washington a brusquement mis fin au rôle de la CIA dans le transfert d’armes en provenance de la Libye, mais la «ligne de rat » fut maintenu. «Les États-Unis ne contrôlaient plus ce que les Turcs transféraient aux djihadistes», a dit l’ancien responsable du renseignement. En quelques semaines, pas moins de quarante lanceurs portatifs de missiles sol-air, communément appelés MANPADS, se sont retrouvés entre les mains des rebelles syriens. Le 28 Novembre 2012, JobyWarrick, du Washington Post, a rapporté que les rebelles près d’Alep avaient utilisé la veille ce qui était presque certainement un manpad pour abattre un hélicoptère de transport syrien.
«L’administration Obama», a écrit Warrick, «avait toujours fermement refusé d’armer les forces d’opposition syriennes avec de tels missiles, en avertissant que de telles armes pouvaient tomber entre les mains de terroristes et être utilisées pour abattre des avions commerciaux.» Deux fonctionnaires du renseignement au Moyen-Orient ont désigné le Qatar comme source, et un ancien analyste du renseignement des États-Unis a émis l’hypothèse que les Manpads auraient pu être récupérés dans les avant-postes militaires syriens investis par les rebelles. Il n’y avait aucune indication que la possession de Manpads par les rebelles était la conséquence involontaire d’un programme américain clandestin qui avait échappé au contrôle américain.
À la fin de 2012, l’opinion générale qui prévalait dans toute la communauté américaine du renseignement était que les rebelles étaient en train de perdre la guerre. «Erdogan était en colère», a déclaré l’ex-responsable du renseignement, «et s’est senti abandonné comme une vieille chaussette. C’était son argent et la rupture a été perçue comme une trahison.»
Au printemps 2013, les services de renseignement américains ont appris que le gouvernement turc -par l’intermédiaire d’éléments du MIT, son agence nationale du renseignement, et de la gendarmerie, une organisation de répression militaire- était en train travailler directement avec al-Nosra et ses alliés pour développer des armes chimiques. «Le MIT était chargé des liaisons politiques avec les rebelles, et la gendarmerie de la logistique militaire, des conseils et formation sur théâtre des opérations – y compris de la formation en guerre chimique», a dit l’ancien responsable du renseignement.
«Le renforcement du rôle de la Turquie au printemps 2013 était considéré comme la solution à ses problèmes là-bas. Erdogan savait que s’il arrêtait son soutien aux djihadistes, ce serait fini. Les Saoudiens ne pouvaient pas soutenir la guerre en raison de problèmes de logistique– à cause des distances et des difficultés pour acheminer des armes. L’espoir d’Erdogan était de susciter un événement qui obligerait les États-Unis à franchir la ligne rouge. Mais Obama n’a pas réagi en Mars et Avril.»
Il n’y avait aucun signe de discorde publique quand Erdogan et Obama se sont rencontrés le 16 mai 2013 à la Maison Blanche. Lors d’une conférence de presse qui suivi, Obama a dit qu’ils avaient convenu qu’Assad «doit partir». Interrogé pour savoir s’il pensait que la Syrie avait franchi la ligne rouge, Obama a reconnu qu’il y avait des preuves que de telles armes avaient été utilisées, mais il a ajouté qu’ «il est important pour nous d’obtenir des informations plus précises sur ce qui s’y passe exactement». La ligne rouge était toujours intacte.
Un expert de la politique étrangère américaine qui s’entretient régulièrement avec les responsables de Washington et d’Ankara m’a parlé d’un dîner de travail organisé par Obama pour Erdogan, lors de sa visite au mois de mai. Le repas a été dominé par l’insistance des Turcs que la Syrie avait franchi la ligne rouge et par leurs plaintes qu’Obama se montrait réticent à intervenir. Obama était accompagné de John Kerry et de Tom Donilon, le conseiller à la sécurité nationale qui allait bientôt quitter ses fonctions. Erdogan avait été rejoint par Ahmet Davutoglu, ministre des Affaires étrangères de la Turquie, et HakanFidan, le chef du MIT. Fidan est connu pour être un proche d’Erdogan, et a été considéré comme un bailleur de fonds régulier de l’opposition rebelle radical en Syrie.
L’expert de la politique étrangère m’a dit que le compte-rendu de cette rencontre lui avait été donné par Donilon. (Il a été confirmé plus tard par un ancien responsable américain, qui l’avait lui-même appris d’un haut diplomate turc.) Selon l’expert, Erdogan avait demandé à la réunion de démontrer à Obama que la ligne rouge avait été franchie, et avait amené Fidan pour plaider sa cause. Quand Erdogan a tenté d’entraîner Fidan dans la conversation, et que Fidan a commencé à parler, Obama l’a interrompu a disant: «Nous sommes au courant». Erdogan a tenté une deuxième fois d’entraîner Fidan dans la conversation et Obama à nouveau lui a coupé la parole en disant: «Nous sommes au courant». A ce moment, Erdogan, exaspéré, a dit : «Mais votre ligne rouge a été franchie !» et, m’a raconté l’expert, «Donilon a dit qu’Erdogan «a agité son putain de doigt vers le Président, à l’intérieur de la Maison Blanche».
Obama a ensuite montré du doigt Fidan et a dit: «Nous savons ce que vous faites avec les extrémistes en Syrie.» (Donilon, qui a rejoint le Council on Foreign Relations au mois de Juillet dernier, n’a pas répondu à nos questions sur cette histoire.
Le ministère turc des Affaires étrangères n’a pas répondu à des questions sur ce dîner. Une porte-parole du Conseil national de sécurité a confirmé que le dîner avait bien eu lieu et a fourni une photo montrant Obama, Kerry, Donilon, Erdogan, Fidan etDavutoglu assis à une table. «A part ça», a-t-elle dit, «je ne vais pas vous raconter le détail de leurs discussions.»)
Mais Erdogan n’est pas reparti les mains vides. Obama autorisait toujours à la Turquie de continuer à exploiter une faille dans un décret présidentiel interdisant l’exportation d’or vers l’Iran, une des mesures du régime de sanctions des États-Unis contre ce pays. En Mars 2012, en réponse aux sanctions contre les banques iraniennes par l’UE, le système de paiement électronique SWIFT, qui facilite les paiements transfrontaliers, a expulsé des dizaines d’institutions financières iraniennes, limitant sévèrement la capacité du pays à faire du commerce international. Les États-Unis ont suivi avec le décret de Juillet, mais ont laissé ce qui devait plus tard être connu comme un «échappatoire en or»: les livraisons d’or aux entités privées iraniennes pouvaient se poursuivre. La Turquie est un important acheteur de pétrole et de gaz iraniens, et a profité de cet échappatoire en déposant ses paiements en monnaie turque dans un compte iranien en Turquie; ces fonds ont été ensuite utilisés pour acheter de l’or turc à l’exportation vers l’Iran. De l’or pour une valeur de 13 milliards de dollars aurait ainsi été transféré vers l’Iran entre Mars 2012 et Juillet 2013.
Le programme est rapidement devenu une vache à lait pour les politiciens et hommes d’affaires corrompus en Turquie, Iran et Emirats Arabes Unis. «Les intermédiaires ont fait ce qu’ils font toujours,» a dit l’ex-responsable du renseignement. «Prendre 15 pour cent au passage. La CIA a estimé que pas moins de deux milliards de dollars ont ainsi été écrémés. L’or et les livres turques coulaient à flots.» L’écrémage illicite fut rendu public lors du scandale «gaz contre or» en Turquie au mois de Décembre, et a donné lieu à des accusations contre une vingtaine de personnes, de l’opposition rebelle radical en Syrie, dont des hommes d’affaires et des proches de responsables gouvernementaux de premier plan, ainsi qu’à la démission de trois ministres, dont un a appelé Erdogan à démissionner.
Le directeur exécutif d’une banque contrôlée par l’Etat turc et au coeur du scandale a insisté que les plus de 4,5 millions de dollars en espèces trouvés par la police dans des boîtes à chaussures au cours d’une perquisition à son domicile étaient destinés à des dons de bienfaisance.
L’année dernière, Jonathan Schanzer et Mark Dubowitz ont rapporté dans la revue Foreign Policy que l’administration Obama avait fermé l’échappatoire en or en Janvier 2013, mais «a fait pression pour s’assurer que la législation… n’entre pas en vigueur pendant six mois». Ils ont spéculé que l’administration voulait utiliser le délai comme une incitation à amener l’Iran à la table des négociations sur son programme nucléaire, ou pour apaiser son allié turc dans la guerre civile syrienne. Le délai a permis à l’Iran «d’amasser quelques milliards de dollars supplémentaires en or, ce qui compromet davantage le régime des sanctions».
La décision américaine de mettre fin au soutien de la CIA aux livraisons d’armes en Syrie a laissé Erdogan exposé, politiquement et militairement. «Une des questions à ce sommet de mai était le fait que la Turquie est le seul moyen pour alimenter les rebelles en Syrie,» a dit l’ancien responsable du renseignement. «On ne peut pas passer par la Jordanie, car le terrain dans le sud est découvert et les Syriens sont partout. Et on ne peut pas passer à travers les vallées et les collines du Liban – on n’est jamais sûr sur qui on va tomber de l’autre côté».
Sans le soutien militaire des États-Unis aux rebelles, a déclaré l’ancien responsable du renseignement, «le rêve d’Erdogan d’avoir un état soumis en Syrie s’évapore et il pense que c’est de notre faute. Lorsque la Syrie gagnera la guerre, il sait que les rebelles sont tout à fait capables de se retourner contre lui – où peuvent-ils aller ? A ce moment-là, il se retrouvera avec des milliers d’extrémistes dans son arrière-cour».
Un consultant du renseignement américain m’a dit que quelques semaines avant le 21 Août, il a vu une information hautement classifiée préparée pour Dempsey et le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, qui décrit «l’inquiétude aiguë» de l’administration Erdogan quant à l’avenir sombre des rebelles. L’analyse mettait en garde que les dirigeants turcs avaient exprimé «la nécessité de faire quelque chose qui précipiterait une intervention militaire des États-Unis». A la fin de l’été, l’armée syrienne avait encore l’avantage sur les rebelles, a dit l’ancien responsable du renseignement, et que la puissance de frappe aérienne américaine pouvait inverser la tendance.
À l’automne, a poursuivi l’ancien responsable du renseignement, les analystes du renseignement des États-Unis qui ont continué à travailler sur les événements du 21 Août «ont compris que la Syrie n’était pas l’auteure de l’attaque au gaz. Mais la grosse question était, alors qui ? On a immédiatement suspecté les Turcs, parce qu’ils avaient tous les éléments pour la réaliser».
Tandis que des bribes d’information et autres données étaient recueillies sur les attaques du 21 août, la communauté du renseignement a vu des preuves venir étayer ses soupçons. «Nous savons désormais qu’il s’agissait d’une opération clandestine planifiée par les gens d’Erdogan pour pousser Obama à franchir la ligne rouge», a dit l’ancien responsable du renseignement. «Il leur fallait monter la barre et déclencher une attaque au gaz dans ou à proximité de Damas alors que les inspecteurs de l’ONU» – qui étaient arrivés le 18 août pour enquêter sur de précédentes attaques au gaz – «étaient encore présents. Le plan était de réaliser une opération spectaculaire. Nos officiers supérieurs ont dit à la DIA et à d’autres sources du renseignement que le sarin avait été acheminé via la Turquie – et qu’il n’avait pu être acheminé qu’avec le soutien de la Turquie. Les Turcs ont aussi fourni la formation dans la production et le maniement du gaz.» Une bonne partie de la confirmation de cette version est venue des Turcs eux-mêmes, via des conversations interceptées au lendemain de l’attaque.
«La principale preuve vient des cris de joie et des claques dans le dos échangés après l’attaque dans de nombreuses conversations interceptées. Les opérations sont toujours super secrètes lors de la phase de préparation mais tout s’écroule lorsqu’il s’agit de s’en féliciter après coup. La plus grande vulnérabilité d’une telle opération est la vantardise des auteurs.» Les problèmes d’Erdogan en Syrie allaient bientôt se résoudre. «On envoie le gaz, et Obama dira que la ligne rouge a été franchie, et l’Amérique attaquera la Syrie, c’était du moins le plan. Mais le plan ne s’est pas déroulé comme prévu.»
Les renseignements recueillis après l’attaque ne sont pas parvenus jusqu’à la Maison Blanche. «Personne ne veut en parler, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement. «Il y a une grande réticence à contredire le Président, même si aucune analyse des services de renseignement ne vient appuyer ses conclusions. Il n’y a jamais eu la moindre preuve supplémentaire d’une implication syrienne dans l’attaque au sarin depuis que la Maison Blanche a annulé l’opération de représailles. Mon gouvernement ne peut rien dire parce que nous avons agi de façon totalement irresponsable. Et puisque nous avons accusé Assad, nous ne pouvons pas revenir en arrière et accuser Erdogan.»
La volonté de la Turquie de manipuler les événements en Syrie pour ses propres intérêts semble avoir été confirmée à la fin du mois dernier, quelques jours avant les élections locales, lorsqu’un enregistrement entre Erdogan et des assistants fut publié sur Youtube. On y entend une conversation sur une opération sous fausse bannière (false flag) qui justifierait une incursion de l’armée turque en Syrie. On y parle de bombarder la tombe de Suleyman Shah, grand-père du révéré Osman 1er, fondateur de l’Empire Ottoman, qui est située près d’Alep et fut concédée à la Turquie en 1921, lorsque la Syrie était sous domination française.
Une des factions rebelles islamistes menaçait de détruire la tombe, à leurs yeux une symbole d’idolâtrie et le gouvernement d’Erdogan menaçait publiquement de représailles. Selon un article de Reuters sur cette conversation, une voix, apparemment celle de Fidan, parle de créer une provocation: «Regardez, mon Commandant [Erdogan], s’il faut une justification, je peux envoyer quatre hommes de l’autre côté. Je leur fais tirer huit missiles sur un terrain vide [à proximité de la tombe]. Ce n’est pas un problème. La justification peut être créée.» Le gouvernement turque a reconnu qu’une réunion de sécurité nationale s’était tenue sur les menaces émanant de la Syrie, mais a affirmé que l’enregistrement avait été manipulé. Le gouvernement turc a du coup bloqué l’accès à Youtube.
À moins d’un changement majeur dans la politique d’Obama, l’ingérence de la Turquie dans la guerre civile syrienne est susceptible de se poursuivre. «J’ai demandé à mes collègues s’il y avait un moyen d’arrêter le soutien continu d’Erdogan aux rebelles, surtout maintenant que ça va si mal,» m’a dit l’ancien responsable du renseignement.
«La réponse a été: «Nous sommes foutus.» S’il s’était agi de quelqu’un d’autre que M. Erdogan, nous pourrions tout dévoiler, mais la Turquie est un cas particulier. Elle est membre de l’OTAN. Les Turcs ne font pas confiance à l’Occident. Ils ne peuvent pas cohabiter avec nous si nous prenons des mesures contre leurs intérêts. Si nous dévoilons ce que nous savons sur le rôle de M. Erdogan avec le gaz, ce serait une catastrophe. Les Turcs diront: «Nous vous détestons pour nous dire ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire. » »

Seymour Hersh

Merci Sid Ahmed Manai

07 avril 2014

Valls, l’homme qui s’est opposé à la libération de Georges Ibrahim Abdallah

 

Manuel Valls, nouveau premier ministre de France, s'est distingué lors de son passage au ministère de l'intérieur, par son opposition résolue à la libération de Georges Ibrahim Abdallah, en dépit d’une décision de la justice française ordonnant sa remise en liberté.


Manuel Valls, nouveau premier ministre de France, s'est distingué lors de son passage au ministère de l'intérieur, par son opposition résolue à la libération de Georges Ibrahim Abdallah, en dépit d’une décision de la justice française ordonnant sa remise en liberté, en dépit du fait que ce prisonnier libanais ait purgé sa peine, faisant de ce militant pro-palestinien, au même titre que l’américain Moumia Abou Jamal, les deux doyens des prisonniers politiques au monde ; un déni de droit qui constitue un de ses rares titres de gloire à son passage place Beauvau.
I – Le zèle d’un philo-sioniste néophyte
Son tropisme pro-israélien le portera à témoigner un zèle au-delà de toute décence qu’impose sa fonction, au-delà de toute limite qu’exige sa tutelle du ministère des cultes qui lui commande de favoriser, non la discorde, mais la concorde nationale. Lié de son propre aveu, « de manière éternelle à la communauté juive et à Israël » (1), il réservera son premier déplacement ministériel en province, le 21 mai 2012, pour un dîner avec le CRIF PACA Marseille. Stigmatisant à cette occasion le boycott d’Israël, mais non la phagocytose de la Palestine ou sa rétention des recettes d’exportation des produits de Cisjordanie , il se placera ainsi sur la même longueur que Richard Prasquier, l’ancien et nouveau président du CRIF, dont la tonitruance inconditionnellement pro-israélienne s’accommode mal du positionnement qui se veut « normal » du nouveau président français.
Sa profession de foi, -lors du lancement du groupe d’amitié avec Israël, le nouveau lobby français pro-israélien en pleine campagne présidentielle en avril 2012, « Israël, grande nation parmi les nations »-, a retenti comme une tartarinade démagogique.
En résonance avec ses prises de position xénophobes à Evry, la ville dont il était le maire et où il souhaitait implanter, -selon le modèle des colonies israéliennes?- davantage de « white et de blancos » pour y diluer la population bariolée. En résonance avec sa volonté de dissiper les Roms de France. En résonance avec ses foucades dans l’affaire de la kosovare Leonarda comme du lycéen parisien Khatchig Khatchatérian expulsé vers l’Arménie le jour de son anniversaire.
Un homme controversé, au point qu’un hiérarque socialiste, le secrétaire national à la Culture, Frédéric Hocquard, a suggéré « une mesure d’éloignement du gouvernement à l’encontre de Valls ». C’est dire le rejet qu’il suscite dans son propre camp. Mais non dans le camp adverse. En résonance avec son comportement abusivement dilatoire dans l’affaire Georges Ibrahim Abdallah. Pour l’histoire et pour information des lecteurs, es qualité ministre de l’Intérieur, Manuel Valls avait volontairement retardé la signature du décret d’expulsion de Georges Ibrahim Abdallah, exigé par la justice française pour sa sortie de prison, prolongeant ainsi arbitrairement de deux mois la détention du militant pro palestinien qui avait purgé sa peine depuis dix ans. Dans l’attente d’une décision de la Cour de cassation.
Pire, son philo-sionisme le portera à surenchérir sur le standard israélien en matière de crimes de sang, dans un excès de zèle propre aux néophytes. Sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, les principaux ministères régaliens du premier gouvernement de la mandature Hollande, le ministère de la Justice (Christine Taubira), le ministère des Affaires étrangères (Laurent Fabius), voire même le ministère de la Défense (Jean Yves le Drian), étaient tous favorables à la libération de Georges Ibrahim Abdallah, à l’exception du ministère de l’intérieur. Au mépris des usages diplomatiques, qui confient au Quai d‘Orsay le monopole des contacts avec les ambassadeurs en poste à Paris, Manuel Valls recueillaient directement les doléances américaines et israéliennes sur ce sujet, sans en référer au quai d’Orsay. Pis, il établira un standard qui outrepasse le standard israélien en la matière.
Le standard israélien et le précédent Samir Kuntar
Israël considère qu’un crime de sang de nature « terroriste » est imprescriptible de même que la peine y afférente. Par crime de sang s’entend tout acte commis par un étranger (goy) ayant abouti au meurtre et à l’assassinat d’un israélien, qui se définit d’ailleurs par acte de terrorisme. Les règlements de compte au sein de la mafia juive américaine ou au sein de la mafia israélienne ne figurent pas dans cette catégorie de même que les crimes passionnels. De même que les crimes commis par des goyins ou contre des goyins. Israël s’est ainsi exonéré des massacres de Sabra Chatila, en septembre 1982, à Beyrouth, faisant valoir, selon le premier ministre de l’époque, Menahem Begin que « des goyins ont tué d’autres goyins en quoi Israël est responsable ? »
Samir Kuntar, le militant libanais pro-palestinien, a commis un attentat en Israël même provoquant une dizaine de victimes dont plusieurs morts. Son crime était théoriquement imprescriptible et sa peine aussi. Pourtant Kuntar, doyen des prisonniers politiques arabes en Israël, a été libéré après 24 ans de captivité au terme d’un échange, matérialisé par la restitution de dépouilles de soldats israéliens contre sa libération et celle de plusieurs dizaines de prisonniers libanais, palestiniens et arabes.
Il aurait été judicieux, -et il serait judicieux pour se dégager de cette souillure morale-, d’appliquer à Georges Ibrahim Abdallah, la jurisprudence israélienne en la matière, dans une sorte de démonstration par l’absurde. Mais Manuel Valls s’est refusé à cette option. Devant une telle disparité de traitement, la question se pose de savoir « pourquoi ce qui est bon pour Israël n’est pas bon pour la France », un pays pourtant souverain ? Ou, alors, faudrait-il tuer deux soldats israéliens pour obtenir la libération de Georges Ibrahim Abdallah, en échange de leurs dépouilles ?
Un homme libre en captivité. Tel est le paradoxe de cet homme de conviction et de rare courage, victime des contradictions françaises. Pleinement Libre, mais retenu en otage de considérations politiques françaises où le ministère de l’intérieur fait capoter une remise en liberté, non au nom de la raison d’Etat, mais pour des considérations électoralistes, où la duplicité tient lieu de posture morale en ce que le principe de la séparation des pouvoirs, hautement proclamé surtout depuis le scandale Jérôme Cahuzac, est subrepticement bafoué par des arguties de basse manœuvres politiques.
La Cour d’appel avait ordonné la libération de Georges Ibrahim Abdallah en subordonnant sa remise en liberté à un arrêté d’expulsion du territoire du ministre de l’Intérieur. Beaucoup y ont vu dans cette décision de justice une double peine déguisée infligée au prisonnier. Un principe prohibé par le droit français. D’autres, tout aussi nombreux, ont considéré que le fait de subordonner, à tout le moins de conditionner, la mise en application d’une décision de justice à une décision administrative du ministère de l’Intérieur, a constitué un cas flagrant d’atteinte aux principes généraux du droit, un principe constitutionnel, le principe de la séparation des pouvoirs.
La Cour de cassation a, elle, rendu un arrêt sans renvoi à propos de Georges Ibrahim Abdallah. Une décision qui coupe la voie à tout recours ultérieur possible devant une juridiction française. Un arrêt à la Kafka en somme en ce que le doyen des détenus politiques de France a déjà purgé sa peine et sa libération a été ordonnée. La cour de cassation le renvoie à sa case départ : la prison sans fin, sans issue.
Une suspicion légitime
Les positions de l’ancien ministre de l’intérieur et nouveau premier ministre, M. Manuel Valls, sur son attachement inaliénable « au peuple juif et à Israël » en raison de sa matrimonialité nouvelle pourrait poser la question du bien-fondé d’une action en suspicion légitime à son encontre en ce que son positionnement personnel et affectif, légitime tant que d’ordre privé, est en contradiction avec ses responsabilités politiques, dès lors qu’elles sont affichées publiquement.
Le ministre de l’intérieur est chargé du maintien de l’ordre, mais en sa qualité de ministre des cultes, il a aussi en charge le maintien de la concorde nationale. Sauf à y voir la marque d‘un procédé dilatoire, se pose d’une manière sous-jacente, la question de savoir en quoi le refoulement vers son pays d’origine d’un prisonnier constitue-t-il une atteinte à l’ordre public français ? Manuel Valls devait entériner administrativement une décision judiciaire et non se substituer à la justice d’autant que son arrêté d’expulsion revenait à expédier hors du territoire national un prisonnier sexagénaire jugé dangereux pour la sécurité nationale.
Sa crédibilité aurait été plus grande si la politique des pouvoirs français avait été frappée d’une plus grande cohérence en s’abstenant par exemple de soutenir des djihadistes à la dangerosité autrement plus grande que le prisonnier libanais, en soutenant d’abord les dictatures arabes, puis en favorisant la prise de pouvoir par la frange la plus extrême du djihadisme erratique en Libye, en Syrie et en Tunisie.
Militant pro-palestinien d’origine libanaise, emprisonné en France depuis 29 ans, Georges Ibrahim Abdallah est l’objet d’un invraisemblable déni de droit de la part de la France, dans l’indifférence générale de l’opinion arabe et internationale, particulièrement libanaise. Incarcéré depuis 1984, il a battu le record détenu jusque-là par Nelson Mandela (24 ans), le chef du combat nationaliste sud-africain, et revendique désormais le titre de « doyen des prisonniers politiques dans le monde », au même titre que Moumia Abou Jamal.
L’homme, il est vrai, est atypique en ce que son parcours transcende les traditionnels clivages ethnico-religieux qui constituent les habituelles grilles de lecture du conflit israélo-palestinien. Militant communiste issue d’une famille chrétienne du Nord-Liban, ancien élève des congrégations religieuses chrétiennes françaises au Liban, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la peine maximale prévue par la loi, pour l’exécution d’un responsable du Mossad israélien et celle d’un attaché militaire américain à Paris en 1982.
Au-delà du bien-fondé de sa condamnation sur la base de preuves sujettes à caution, l’homme a purgé sa peine. Libérable depuis 10 ans, il a été maintenu en détention sur ordre direct des États-Unis, aiguillonnées en sous-main par Israël. Pour l’exemple, au prétexte qu’un « crime de sang » a été commis à l’encontre de personnes représentants des autorités publiques. Au-delà du débat sur la matérialité de ce crime, en dépit de l’inégalité des rapports de force, en raison précisément de cette inégalité des rapports des forces, exigeons la déportation de cette affaire et saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme.
Le « Pays des Droits de l’Homme »… coupable d’abus de droit. 
Que la France respecte ses lois, l’expression de la volonté générale représentée par l’Assemblée nationale, artisan du Code Pénal. Une peine a été accomplie dans sa totalité. Elle implique la libération du détenu. Une libération qui n’est pas une faveur, mais par application du principe de la légalité des délits et des peines. La peine, accomplie de manière exemplaire, c’est-à-dire en conformité avec les règles de bonne conduite, ouvrait droit à une libération anticipée. Cela n’a pas été le cas. Mais cela ne doit pas se compenser pour autant par une détention sinon illégale, à tout le moins arbitraire.
L’application d’un droit ne constitue pas une faveur, mais une obligation morale. Le Droit applicable en France par la France pour l’honneur de la France. Son incarcération prolongée signe une forme de forfaiture, le propulsant par contrecoup, au rang du symbole du militantisme intégral.
Pourquoi ne pas concevoir un recours percutant devant la CEDH, (le Comité des droits de l’homme de l’ONU), les rapporteurs spéciaux de l’ONU, ou mieux, un recours en responsabilité civile pour faute de l’Etat ? Pourquoi accepter l’impunité de l’Etat ? Certes, le droit reste majoritairement un instrument de la domination. Oui, mais pourquoi s’en remettre à un rebouteux, alors qu’une équipe hospitalière peut le guérir ?
Certes, il existe une part de méconnaissance en ce que le droit est fort complexe et même incertain. Soit. Mais il importe de briser la volonté d’utiliser l’embrouillamini du droit pour bloquer des affaires où l’action juridique pourrait permettre de belles avancées. Grave. Penser qu’Israël juge tous les jours illégalement des Palestiniens, et qu’en soixante ans, la Palestine n’a conduit aucun procès sérieux contre Israël, ni en Palestine, ni ailleurs.
Une condamnation de la France par les instances européennes serait une victoire éclatante de grande portée stratégique et psychologique en ce qu’elle aura sanctionné un déni de droit d’un pays se réclamant abusivement comme étant le « Pays des Droits de l’Homme »… qui se serait rendu coupable d’abus de droit.
Le parcours atypique d’un homme de conviction
Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques arabes, est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Né le 2 avril 1951 à Al Qoubaiyat (Nord-Liban), militant communiste pro-palestinien, a été blessé lors de la première invasion israélienne du Sud Liban en 1978. Il passe pour avoir été le chef des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises) dont il aurait dirigé depuis Lyon les opérations en France sous les pseudonymes Salih al-Masri et Abdu-Qad.
En 1982, les FARL revendiquent l’assassinat de Charles R. Ray, attaché militaire américain à Paris, le 18 janvier 1982, ainsi que Yacov Barsimentov, diplomate israélien (le 3 avril 1982, et blessent gravement Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg. Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il a été condamné le 10 juillet 1986 à perpétuité par la Cour d’assises spéciale, sous les pressions conjuguées des États-Unis et d’Israël pour complicité d’assassinat le 28 février 1987.
Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques à travers le monde au même titre que Moumia Abou Jamal, est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Né libre et demeuré tel. Fidèle à son engagement. Fidèle à lui-même. Fidèle à sa liberté, sa compagne de captivité, durant sa période d’incarcération.
En 30 ans de captivité, l’homme n’a jamais renié ses convictions, jamais déserté le combat politique, jamais été intimidé par le comportement dilatoire de son geôlier, le ministre socialo-néo-conservateur de l’Intérieur, Manuel Valls, relai fidèle des pressions américaines et israéliennes. Dans l’adversité, il a vaincu ses adversaires fielleux qui, au déni de droit, lui ont superposé un abus de pouvoir. L’arbitraire dans le « Patrie des Droits de l’Homme ». Quelle infamie. Quelle forfaiture. La marque d’un nanisme de la politique.
Georges, il est vrai, appartient à la race des hommes libres. Pas plus « Uncle Ben’s » que « Bounty ». Ni un « native informant » (2) ou un « rented negros » (3) qui peuplent malheureusement nos lucarnes et polluent nos esprits.
Entre Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques à travers le monde, Samir Kantar, ancien doyen des prisonniers politiques arabes en Israël et la version moderne de l’opposition arabe, désormais invariablementoff-shore, invariablement dans les rets de l’ancien pouvoir colonial, il existe, il est vrai, une différence de stature. « Y’a pas photo ». La même différence de stature entre Shirine Ebadi, Prix Nobel de la Paix, militante des Droits de l’Homme en Iran même, sur le territoire de son propre pays, et les mondaines de l’opposition cathodique de Syrie et d’ailleurs. « Y‘ a pas photo » non plus. C’est parure de diamants contre peanuts.
Georges Ibrahim Abdallah est le parfait contre-exemple des opposants modernes arabes qui se déploient off-shore téléguidés depuis les chancelleries des anciennes puissances coloniales, en costume cravate et des golden-cartes de crédit alimentées par les pétrodollars monarchiques.
Le doyen des prisonniers politiques arabes est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Son incarcération prolongée signe une forme de forfaiture, le propulsant par contrecoup au rang de symbole du militantisme intégral. Inclinons-nous devant Georges Ibrahim Abdallah et Samir Kuntar, son compère dans la captivité et la dignité. Deux hommes de conviction qui ont transcendé leur clivage ethnico-confessionnel qui gangrène le Monde arabe pour maintenir vivante la flamme de la Résistance et l’empêcher de sombrer dans la reptilité.
Que l’exemple de Georges Ibrahim Abdallah serve de référence à la génération de la relève. Que les hommes épris de paix et de justice dans le monde se joignent au combat pour le respect de la parole de la France tant il importe que la France respecte sa parole pour que le monde puisse continuer à respecter la parole de la France.
Une question demeure toutefois : Le successeur de Manuel Valls place Beauvau bravera-t-il l’interdit du Nicolas Sarkozy de gauche en levant l’ostracisme qui frappe l’un des plus célèbres politiques du monde, faisant cesser cet abus de droit qui souille l’image de la « Patrie des droits de l’homme » ?
Références
1 - Retour sur ce personnage « lié d’une manière éternelle à Israël » cf. à ce propos Daniel Schneidermann, "Arrêt sur images", 09/11/2012 : "Dans les trous noirs de Wikipédia" où le fondateur d’"Arrêt sur images" relate une opération de gommage dont le ministre socialiste de l’Intérieur a été bénéficiaire de la part de Wikipédia : « En France, ils sont plusieurs "patrouilleurs", qui consacrent du temps à y traquer les liens douteux, par exemple vers les sites pédophiles. Un de ses derniers coups de gomme en date, dans la page de Manuel Valls, il a supprimé une citation du ministre à "Radio Judaïca" à Strasbourg : « Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël». « Totalement anecdotique », assure un patrouilleur.
« Quelqu’un comme Valls qui a une grande envergure, qui a fait des choses, prendre une citation sur une radio qui en plus n’est pas très connue, ça n’apporte pas grand-chose à l’article, » dit Wikipédia. Notons bien que le « gendarme » ne dit pas que la citation est fausse, mais simplement qu’elle est « anecdotique », alors que Manuel Valls est ministre de l’Intérieur et des Cultes. Pour aller plus loin, lire l'article : "Découvrez la vidéo que Manuel Valls tente de faire disparaître".
2- "Native informant" : personnes qui accaparent la parole d’une communauté sans en être représentatif, dont le discours plait à son auditoire dominant.
3- "Rented négros" : Noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner un « visage noir pour une opinion de blancs ».
S.Nasrallah:l’attaque anti israélienne est l’oeuvre du Hezbollah

Le secrétaire général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a révélé dans une interview accordé au quotidien libanais As-Safir que l’explosion non revendiquée ayant visé une patrouille israélienne à la mi-mars est l’œuvre de la résistance islamique (Hezbollah).
Sayed Nasrallah a expliqué que cette opération- qui a couté la vie à un officier israélien et blessé 3 soldats- n'est qu'une partie de la riposte au raid israélien ayant visé un des sites de la résistance dans la région frontalière de Janta (Békaa).
Et d’ajouter : « Les Israéliens ont bien compris le message…il ne s’agit pas d’une question des règles d’engagement, mais de dissuasion ».
Pour le secrétaire général du Hezbollah, le dernier raid israélien contre Janta est une tentative de s’assurer de la réaction de la résistance après l’intervention du Hezbollah dans les combats en Syrie, et ce, dans le but de changer les règles d’engagement.
Il a dans ce contexte rappelé que quand la résistance a implanté deux engins à Labbouné (sud-Liban, en aout 2013), elle avait pour but de faire parvenir à l’ennemi sioniste qu'il ne lui est pas permis de changer les règles d’engagement, faute de quoi, la Résistance répliquera.
Selon lui, si la résistance ne riposte pas au raid de Janta, « l’ennemi (israélien) viendra bombarder n’importe quel camion, objectif ou maison dans n’importe quel lieu sous prétexte qu’il bombarde des armes de haute technologie, et qu'il est engagé à frapper ce genre d’armes ».
Pas une nouvelle guerre
Répondant à une question, Sayed Nasrallah a écarté la possibilité qu’ « Israël » mène une nouvelle guerre contre le Liban. Il a assuré que les développements sur le terrain en Syrie inquiètent les Israéliens.
" Ils craignent que cette expérience acquise par le Hezbollah, ce qui va les  pousser à emprunter de nouvelles voies en cas de guerre avec le Liban. Raison pour laquelle l’ennemi se concentre sur la région d’AlJalil (Galilée, frontalière du Liban)".
Les attentats terroristes
Par ailleurs, et concernant les attentats terroristes qui ont frappé le Liban ces derniers mois, il a fait savoir que leur danger  a fortement régressé.
Intervention en Syrie
Pour ce qui est de l’intervention du Hezbollah en Syrie, il a affirmé qu'il n’a aucun problème avec son public sur ce sujet.
Et d’ajouter : « au contraire une partie des Libanais qui était hésitante sur ce sujet a finalement tranché son choix en faveur de cette intervention. (…) Même une partie du public du 14 mars soutient notre intervention en Syrie pour protéger le Liban du danger des groupes takfiristes terroristes ».
Il a dans ce contexte affirmé avoir reçu en privé le soutien de nombreuses instances politiques et religieuses.
Le régime restera
Par ailleurs, Sayed Nasrallah a assuré que le renversement du régime en Syrie n'est plus de mise.

« Ils peuvent mener une guerre d’usure, tant qu’il y a des Etats qui financent, arment, et incitent dans ce sens. Mais, il n’y a pas dans l’horizon des preuves montrant que l’opposition est capable de s’impliquer dans une guerre d’envergure. Ce qui ce passe à Lattaquié et Kassab ne peut pas être nommé de la sorte. Les paroles sur une grande bataille à partir du sud de la Syrie sont plutôt une propagande qu’une réalité. L’expérience des trois années précédentes a prouvé que le régime n’est pas faible, et jouit d’un soutien populaire ».
« L’essentiel pour nous c’est de mettre fin à la guerre en Syrie, et je crois que nous avons surmonté le danger du démembrement de la Syrie », a-t-il encore dit.
Couper les relations avec l’Iran
Sayed Nasrallah a révélé que le président syrien a reçu des offres sérieuses on lui a demandé de couper ses relations diplomatiques avec l'Iran et les forces de la Résistance et de s'engager dans un compromis avec les Israéliens,  en échange de quoi son pouvoir ne sera nullement inquiété.
« Ce à quoi le président Assad a affiché une fin de non recevoir, et nous lui en sommes totalement reconnaissants », a-t-il clarifié.
Contacts avec les pays arabes
Le numéro un du Hezbollah a dans ce contexte fait part de contacts en catimini entre un bon nombre des pays arabes et le régime syrien. Certains lui ont même dit: « nous sommes avec toi, résiste ».
Et de poursuivre : « Moi, je connais certains de ces pays qui affichent en public leur affinité avec l’opposition, alors que sous la table, ils incitent le régime à trancher rapidement la bataille sur le terrain ».
Interrogé sur la position russe, Sayed a estimé qu’après la crise en Crimée, elle sera plus ferme, "et la protection russe à la Syrie sera plus grande ".
Printemps arabe
Sur son approche vis-à-vis du Printemps arabe, Sayed Nasrallah a dit: « Au début, nous avons compris que les évènements en Tunisie, en Libye et en Egypte ont été déclenchés par la population et les jeunes, qui ont surpris les régimes, comme ils ont surpris les Américains, les Français, l’Occident, la communauté internationale, et les pays de la région.
Mais le manque de planification et l’absence des dirigeants et de projet a été exploités par des partis, des groupes et divers mouvements ».
Démembrer l’Arabie
Il a indiqué qu’avant le soi-disant « printemps arabe », les Américains et plus ou moins les Français et les Britanniques discutaient sérieusement, selon des sources des pays du Golfe, de l’avenir de l’Arabie saoudite, et de la nécessité de la démembrer en plusieurs Etats.

Source: AsSafir traduction par AlManar
Jérusalem -

Appel de Samer Issawi aux peuples libres du monde : "Soutenez Shireen Issawi et les autres prisonniers palestiniens"

Par


Salut,
L'occupation procède à un acte terroriste contre les droits des avocats de Jérusalem en les détenant, de manière à ce qu'ils ne puissent faire leur travail envers leur propre peuple et les représenter devant les tribunaux, ni suivre les affaires des prisonniers à l'intérieur des geôles israéliennes, où les prisonniers souffrent terriblement de la pression continue que leur infligent les autorités carcérales israéliennes. (1)

Appel de Samer Issawi aux peuples libres du monde : 'Soutenez Shireen Issawi et les autres prisonniers palestiniens'
Arrivée de Shireen Issawi au tribunal du régime sioniste, début avril
Ces avocats donnent des informations aux organisations pour les droits de l'homme, à notre population et aux peuples libres du monde et dénoncent la politique contre ceux qui sont emprisonnés.

Aujourd'hui, ils le paient au prix de leur liberté, pour que la vérité ne puisse pas être propagée et que l'occupation ne puisse pas être dénoncée.


Photo
Medhat et Samer Issawi


Aujourd'hui, nous devons tous - le peuple de Palestine et les peuples libres du monde - nous tenir aux côtés des avocats Shirin Al-Issawi, Nadim Gharib, Amjad A-Safadi, Mahmoud Abu Snena, Omar Skafi, Medhat Al-Issawi et Shadi Al-Issawi, parce qu'être à leurs côtés signifie être aux côtés de la justice et de la vérité, et nous demandons à tous les avocats libres dans le monde à soutenir ces avocats parce qu'il n'est pas acceptable que cet acte de terrorisme soit perpétré contre eux tandis que leurs collègues et les gens libres dans le monde restent silencieux.

Faisons entendre nos voix haut et fort.

Hier, le tribunal a reporté leur procès à jeudi prochain (10 avril) et d'après les procédures juridiques, il est clair que tout ceci n'est fait que pour terroriser les avocats et les dissuader de communiquer avec les prisonniers et de révéler la vérité sur l'occupation. C'est une des autre pièces jouées sur la scène de l'occupation.

Votre frère,
Samer Issawi


(1) Samer Issawi parle de l'arrestation, début mars, de 6 avocats et personnels juridiques travaillant au Al Quds Law Office à Jérusalem par les forces de l'occupation. Les deux directeurs du Cabinet d'Avocats incriminé sont Shirin Issawi et Medhat Issawi, frère et sœur de Samer Issawi.

D'après l'article du Ha'aretz (http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/.premium-1.58347) du 2 avril, les avocats ont été accusés d'avoir passé des courriers codés de dirigeants du Hamas emprisonnés à des militants du mouvement à l'extérieur. D'après la police, les "suspects" seront inculpés d'activité dans une organisation terroriste, utilisation de bien à des fins terroristes, conspiration visant à commettre un crime et contact avec un agent étranger.

Samer Issawi est sorti victorieux d'une grève de la faim de 277 jours, arrachant sa libération aux autorités de l'Etat colonial le 23.12.2013, après 17 mois de détention. Les autorités de l'entité coloniale n'ont cessé depuis de les harceler, lui et sa famille.


Source : Facebook
 
Traduction : MR pour ISM

nos remerciements à Luk Vervaet, de Bruxelles, qui nous a signalé cet article. Grand merci à toi, camarade, et solidarité toujours.



“For me, Palestine is Paradise” – Conversation with Leila Khaled


Recorded 03/04/2014

LMaDO talks to Leila Khaled, Palestinian icon and Chief of the Department of Refugees and Right of return in the Popular Front for the Liberation of Palestine (PFLP).

 Exclusive interview with Leila Khaled

Frank Barat for LMADO: How are you Leila? What are you doing nowadays in Amman?
Leila Khaled: I am fine as long as I am a part of the struggle for freedom, for our right of return and for an independent State with Jerusalem as capital. I know it is not going to happen in the near future, but I am fighting nevertheless. Here in Amman, I am the chief of the department of refugees and Right of Return in the Popular Front for the Liberation of Palestine (P.F.L.P).

LMADO: You are a Palestinian refugee, one of six million. Do you still think that you will return one day? And what do you make of the conditions of the Palestinian refugees in Lebanon, who are denied their most basic rights and yet, are sometimes criticized for trying to improve their lives in Lebanon as this might affect their right of return to Palestine?
LK: The Palestinians were distributed to different countries. Each country has had an impact on the people living there. Those in Lebanon, in the 70s and 80s, until 1982, were the ones that helped the armed struggle, that helped defend the revolution. Israel was attacking and invading all the time and occupying parts of the country as well. After 1982, the main mission of the Palestinians was to achieve their rights, their civil and social rights, which they are deprived o in Lebanon. This will enable them to be involved in the struggle for the right of return. The Palestinians in general take the Right of Return as a concept and as a culture. Any Palestinian will tell you that he fights for his social and civil rights, but this means that he is preparing himself for his return. The two are inseparable.
LMADO: The question of the refugees, in the negotiations, has, in the last decade, become more and more obsolete, something that is no longer an inalienable right but something that can be negotiated. The same applies to the last round, the “Kerry negotiations”. What do you make of this? And what do you think is going to happen after April 29th when the negotiations are supposed to end?
LK: The PFLP and myself personally have been against the negotiations since 1991. The problem is that the two parties are sticking to their guns. The Israelis think that Palestine is the land for the Jews all over the world. The Palestinians are sure that the land belongs to them and that they were forced out in 1947/1948. When this conflict moves from one stage to the next the two sides are considered as even in their power but the fact is that we are not (this is just an illusion). The leadership chose to go for the Oslo accords, thinking that this was a step forward in achieving the main rights of the Palestinians. Some people believed this, but they discovered, after twenty years, that it was nonsense. It brought catastrophe on us. There are more settlements than ever, twice more than before Oslo, the number of settlers has doubled, more land is being confiscated, and, of course, the Wall has been built. The apartheid wall. Israel is an apartheid state. These negotiations, now, are meant to help Israel and not the Palestinians. We have already experienced what Israel means by negotiate. Israel never respects its promises, its obligations, and simply continues its project of making Palestinians’ lives hell. My party and I are against this last round of negotiations too, of course. Especially now. The Americans are supporting an Israeli project that will only help Israel. There was an agreement, sponsored by the Americans, which said that you had to stop settlements in the West Bank and that 104 prisoners should be released on three different dates. Now, the Israelis have said no, we will not abide by this agreement and we will not release the last batch of prisoners. By the way, those people who are released, are often put back in jail shortly after anyway. This is what the Israelis refer to as the rotating door policy. The politicians say that the prisoners should be released but they are then rearrested. Many of them are already back in jail. It is very clear from this that the Israelis are not ready to make peace with the Palestinians. They are also taking advantage of the fact that the Arabs are occupied with many other issues, and do not support the Palestinians. Nobody is therefore going to condemn Israel when they flout the agreements they sign.
Also, what does Kerry want? What is his plan? Nobody knows. It’s all verbal. Nothing is written. The leadership should refuse what Kerry offers. By the way, Kerry did not go back to Ramallah with another offer. Which means that the Palestinian Authority (is going to use its second option and go back to the U.N Then, today, in the news, the US has again said that it will object to such a move. What does this all mean?
I do think that we need first to consider the nature of the State of Israel. Secondly, we have to understand more about their projects and plans. Thirdly, we know that the Israelis are much more powerful than us in some respects. But we are also powerful. It all depends on our people. We have the will to face the challenges that the Israelis are putting in front of us. There is an English saying that says: “When there is a will, there is a way”. We still believe that this is our right and that we have to struggle for it. We have struggled, we are struggling, and we will struggle. From one generation to another. Freedom needs strong people to go and fight for their dreams. That is why I do not think that there will be a settlement now. The Americans always want to prolong the negotiations. This will not help.
LMADO: If negotiations do not bring peace to the Palestinians, what will? What should the leadership do?
LK: Resist! That’s how you achieve your rights as a People. History has shown us that. No People achieved their freedom without a struggle. Where there is occupation, there is resistance. It is not a Palestinian invention. We are actually going to call for a conference to be held under the auspices of the U.N, just to implement the resolutions taken by this body on the Palestinian question. Resolution 194 calls on Israel to accept the return of the refugees. Fine, let’s put the U.N on the spot. Let’s have a conference reminding people of this. The problem is that the references to any negotiations that have taken place were drafted by the Americans, which we know are biased towards Israel.
LMADO: P.L.O stands for Palestine Liberation Organization. Do you think it has lost its true meaning? Bassam Shaka in 2008 told me that the P.L.O, before anything, needed to go back to its roots as a liberation movement.
LK: No liberation is achieved without resistance. My party has not changed. It has stuck to its original program. We are calling to escalate the resistance. People talk about popular resistance. It does not only mean demonstrations. Using arms is also popular. We have people who are ready to fight.
LMADO: What does peaceful and non-violent resistance means for someone like yourself, who chose armed resistance as a mean for liberation?
LK: Resistance takes more than one face. It can be all kinds of resistance. Non violent and violent. I am ok with those who choose non-violence. We are not going to liberate our country by armed struggle only. Other kinds of resistance are necessary. The political one, diplomatic one, the non violent one. We need to use whatever we have got. For more than 10 years now, people have been demonstrating in Bil’in, in Nabi Saleh….protesting the wall and the annexation of the land. How is Israel dealing with it? Violence, tear gas, bombs… Do you think it is acceptable to have an army with a huge arsenal, against people holding banners? I am ok with using all means of resistance. We cannot say that non-violent resistance alone will achieve our rights. We are facing an apartheid State, Zionism as a movement, the Americans, and in general, the West, which supports Israel. When the balance of forces changes, then we can start thinking about negotiating.
LMADO: It is always easier to advocate for armed resistance when the general public knows who is the oppressor and who is the oppressed. Your actions in 69 and 70 were about that, correct? To put Palestine on the map. Do you think the educational process of showing another face of Palestine, showing that the Palestinians have legitimacy and are in the right, has been done enough since the 70s?
LK: Let’s take the example of Vietnam. Or of Algeria and South Africa. People needed time to convince the whole world of the just cause of their struggle. It took time. In the end, the world realized that those who are oppressed have the right to resist the way they want to. Nobody can impose a form of resistance on us. We chose armed struggle. We did not achieve our goals. Then the intifada broke out and the whole world took us seriously. We gained the support of people all over the world. Still, we did not reach our goals because the leadership was not brave enough at that time to escalate the intifada, to take it to another level. Israel was ready to accept to withdraw from the West Bank and the Gaza Strip. But our leadership failed us. The intifada was the choice of the people. If you go back to the beginning of the resistance and holding arms. It was a necessity for the Palestinians after 1967. We depended on the Arab countries to restore our homeland. But they failed us too. Israel occupied more of Palestine. So we decided to take our destiny into our hands. By waging an armed struggle. Nowadays people are waiting but they realize that these negotiations will get us nowhere. Our past experiences with Israel have shown us that they cannot be trusted. They do not respect their words. Threaten us all the time. Abu Mazen is not a partner for peace? Who is? Sharon? Netanyahu? This right-wing government? This is not a government, it is a gang, essentially, which represents the settlers, the fascists, the racists. The lie began last century. That this was the land of the Jews. The bible gave it to them. Is this democratic? The world in 1948 accepted this lie. God promised us the land! As if God was an estate agent. This is a colonial project. This is the main issue of the conflict.
LMADO: The struggle is about ending Israel’s settler colonial project, then, ending apartheid. What will happen, in your opinion, the day after? The day after victory? An Algerian like solution, or a South African one?
LK: We have always offered the more human solution. A place where everybody lives on an equal basis. Jewish, Muslims, I do not care about the religion of the person. I believe in the human being itself. Human beings can sit together and can decide together the future of this land. But I cannot accept that I do not have the right, now, to go back to my city. Like six million Palestinians. We are not allowed to go there. We are offering a human and democratic solution. Nobody can tell me that we cannot decide the fate of our country because we are refugees. What happened to us is a first in history, as far as I know. People being chased away from their homes and another people, coming from very far away, taking their places. The Israelis were citizens of other countries. Israel, thanks to various organizations, before 1948, built an army, Okay, but there was no society. They brought people from outside. Even now, there are huge contradictions in this country and this society. People come from different cultures, some do not even speak Hebrew. We do not want more blood, but are obliged to resist. We have the right to live in our homeland. When the Israelis realize that as long as they do not budge this conflict will be endless, they should accept our solution. Some Israelis have already understood that. That you cannot go on fighting forever. What for?
LMADO: Can you talk to us about the role of women in the resistance. And do you think your actions, the hijackings in 69 and 70, did more for Palestine, or for women around the world, or both?
LK: The hijackings were a tactic only. We wanted to release our prisoners and were obliged to make a very strong statement. We also had to ring a bell, for the whole world, that we the Palestinians are not only refugees. We are a people that has a political and a human goal. The world gave us tents, used- clothes and food. They built camps for us. But we were more than that. Nowadays there are plans to end the camps, because they are a witness of 1948. Women, are part of our people, they feel the same injustices. So they get involved. Women give life. So they feel the danger even more than men. When they are involved, they are more faithful to the revolution because they defend the lives of their children too. When I gave birth to two children, I became more and more convinced that I had to do my best to defend them and build a better future for them. I felt for women who had lost their children. So I think my actions had an impact on both, to answer your question. The popular front slogan was: “Men and Women together in the struggle for the liberation of our homeland”. The P.F.L.P implemented that by giving a place to women in the military. At the same time, women also played a big role in defending the interior front, the families. Thousands of Palestinian women are now responsible for their families. After all the wars, the massacres, the arrests, the killings by Israel, these women protected their families from being dispersed. Also, women are now educated, they work, they travel, go to university and so on. Before the revolution, it was not like that. Now it is. And it is a must. You can see that women are involved in many aspects of the struggle and society. Whether it is inside or outside Palestine.
LMADO: Lina Makboul who directed the film “Leila Khaled; Hijacker” implies in her last question in the film that your actions did more harm than anything to the Palestinian people. The film stops right after the question. What did you answer?
LK: She told me she did this for cinematic purposes. But I did not like that. The fact that people could not hear my answer. My answer was no, of course! My actions were my contribution to my people, to the struggle. We did not hurt anyone. We declared to the whole world that we are a people, living through an injustice, and that the world had to help us to reach our goal. I sat with Lina for hours and hours you know, telling her the whole story. She told me afterwards that Swedish TV only wanted the question.
LMADO: Do you sometimes reflect on the past? What was done, what could have been done, what could have been done differently, when you see the current state of affairs? What went wrong?
LK: Recently my party has held its seventh conference and reviewed its positions. We then made a program to widen our relations with the progressive forces around the world, especially on the Arab level. We also decided to strengthen our interior structure. I also learned that I had to review my own positions, my own thinking. Every year, around December, I look back at the past year and then decide to do something for the coming year. This year, I decided to quit smoking, so I did.
LMADO: Mabruck!
LK: I made this decision and it was easy for me to implement it.
LMADO: Why has Palestine, in your opinion, become such a symbol for the solidarity movement?
LK: Palestine for me is Paradise. Religions talk about paradise. For me, Palestine is paradise. It deserves our sacrifices.

30 mars 2014

A l'occasion de l'inauguration du forum culturel du Mont Amel et l'ouverture du théâtre « al-Intissar » (la victoire : ndlr) dans le village du Sud Liban, Aynata, le secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah a prononcé le discours suivant :

«Le projet sioniste a toujours menacé notre région arabe et notre pays. La seule option toujours disponible devant le peuple libanais est la résistance dans toutes ses dimensions. La résistance est une culture. L'action militaire directe, le jihad, l'attachement à la terre occupée, le consentement des sacrifices, tous ces facteurs reflètent l'esprit de la résistance. La polémique autour de la résistance n'a rien à voir avec notre intervention en Syrie, ni aux années 2006, ni 1982. Depuis la mise en place de l'entité usurpatrice sioniste en Palestine, la polémique sur la résistance est née. Cette polémique datait de l'époque de Sayed Moussa Sadr, même avant, et avant le début de l'action du Hezbollah et du mouvement Amal, ce débat existe depuis 1948. J'ai toujours dit qu'il n'y a eu jamais d'unanimité nationale sur la résistance. Ce prétexte est trompeur. Ceux qui s'opposent à la résistance étaient depuis toujours opposés à l'action de cette résistance. Le fait de prétendre que l'opposition à cette action est née à cause de l'intervention du Hezbollah en Syrie est erroné. Cette résistance est cet esprit culturel et politique capable de rassembler tous ceux qui y croient, bien qu'ils soient opposés idéologiquement ou politiquement.

La résistance libanaise est présente au Liban dès le début de l'occupation, soit depuis 1948. Nombreux sont les Libanais qui ne connaissent rien des souffrances, des injustices, des massacres, des humiliations qu'ont subis les habitants du Sud, des agressions israéliennes contre les institutions de l'Etat. Pour certains Libanais, les agissements israéliens contre le Sud du pays ne sont qu'une riposte aux agissements des factions palestiniennes au Liban.

Cette résistance à laquelle nous croyons a donc commencé en 1948. L'attachement des habitants du Mont Amel à leurs terres occupées était une forme de la résistance disponible à l'époque. Ceux qui mouraient dans leurs maisons à cause des bombardements sionistes dans les villages du Sud, ceux qui acceptaient de souffrir des maladies pour ne pas se procurer de médicaments de cette entité sioniste ... tous ces facteurs représentent une forme de la résistance.

Malheureusement, les médias de l'autre camp continuent leur campagne contre la résistance. Si vous avez des différends avec le Hezbollah, parlez du Hezbollah et non de la résistance. Mais leur véritable problème réside avec la résistance.

L'équation « armée-peuple-résistance » a réussi à libérer la terre, là où le monde entier a échoué. La résistance, à côté de l'armée et du peuple, a permis de protéger les frontières du Liban. Personne n'est en mesure de négliger le statut du Liban parce que ce pays renferme de l'or, avant qu'il renferme le pétrole. Cet or n'est que la résistance. Et l'or restera de l'or quelles que soient les qualifications de certains. Si quelqu'un prétend que l'or est du bois, ceci ne signifie pas que l'or a perdu sa valeur. Au Liban, il existe de l'or plus précieux qu'ailleurs. Alors que le bois a été utilisé pour faire des cercueils aux officiers et soldats sionistes qui ont osé entrer au territoire libanais.

Par contre, dites-nous quels sont vos exploits ? Cette résistance restera forte, tenace et ferme et préservera les terres du pays. Le sujet des menaces israéliennes ne doit faire peur à personne. Les intimidations évoquées par certains sur une possible guerre israélienne contre le Liban ne sont pas exactes. Les calculs israéliens prennent en considération la disposition de la résistance à riposter fermement à toute agression. La résistance est aujourd'hui plus forte qu'à l'époque de 2006, sur le plan des capacités militaires, logistiques et même au niveau du nombre des combattants. L'ennemi est au courant des capacités grandissantes de la résistance.

Toute la campagne actuelle contre la résistance est focalisée sur le combat du Hezbollah en Syrie. D'aucuns disent que cette intervention en Syrie a ôté toute légitimité à la résistance. En réalité, l'opposition de ceux-ci n'est pas à l'intervention militaire qui est venue en retard par rapport aux autres parties politiques libanaises. Le véritable problème de ceux-ci est l'opposition à la position politique du Hezbollah sur la Syrie, l'opposition à nos choix stratégiques.

Donc, la position politique est derrière la campagne contre nous. Il fallait que nous nous fléchissions devant la tempête qui a frappé la région. Nous avons refusé de nous fléchir. Nous avons adopté une position politique qui rejette l'idée du renversement du régime en Syrie, et qui appelle aux réformes et au dialogue.

Notre première intervention en Syrie date de l'arrivée des groupes terroristes armés à quelques mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, la petite-fille du prophète Mohammad. Nous avons senti que la destruction de ce mausolée provoquera une division sunnite-chiite dans la région.

Nous sommes allés pour défendre un mausolée respecté et vénéré par tous les musulmans, alors que la Turquie a menacé ces derniers jours d'une guerre régionale si le groupe d'al-Qaida, EIIL, détruit une tombe d'une personnalité turque morte, et que les peuples arabes entière ne connaissent pas.

Face à l'ampleur de l'intervention internationale et régionale en Syrie, il n'est plus question de débattre de notre participation en Syrie. Tout le monde combat actuellement en Syrie l'axe de la résistance. Trois ans après la guerre en Syrie, le sommet arabe appelle à une solution politique dans ce pays. Vous avez eu besoin de trois ans de guerre, de destructions, de divisions, de souffrances, pour appeler enfin à une solution politique.

Dès le début, nous avons dit que la guerre en Syrie attise les divisions sectaires et menace les pays de la région voire du monde. Après trois ans de financement de groupes armés et de sabotage de la solution politique, vous venez de dresser une liste d'organisations terroristes dans laquelle vous placez les groupes d'al-Qaida, l'EIIL, le front al-nosra et les Frères musulmans. Qui restent donc en Syrie parmi les groupes armés non terroristes ?

Le courant takfiri combattant contrôle le terrain en Syrie, regardez comment les groupes takfiris s'entretuent pour de simples différends structurels, comment vont-ils préserver la vie des Libanais, des Syriens ou des autres peuples ?

Face à cette réalité, j'appelle l'autre camp politique au Liban à faire une révision de leur position. Ceux qui répètent que le problème au Liban c'est que le Hezbollah est intervenu en Syrie, je leur affirme : le véritable problème c'est que le Hezbollah a pris du temps pour entrer en Syrie.

Sachez que si le courant terroriste takfiri remporte en Syrie, nous serons tous éliminés. Demandez aux partis islamistes non takfiris comment vivent-ils en Syrie, en Irak et ailleurs. Si l'axe de la résistance remporte en Syrie, nous allons être tous à l'abri des menaces au Liban. Cet axe ne cherche pas de vengeance.

Au Liban, nous devons profiter de l'occasion de la formation du gouvernement. Nous devons collaborer ensemble sur le dossier sécuritaire dans le pays, nous devons aborder les volets vital, social et économique. Venons-nous concerter ensemble pour élire un nouveau président. Le Liban peut se mettre à l'abri de ce qui se passe en Syrie.

A la lumière des changements en Syrie, venons ensemble nous mettre à l'abri de la guerre dans ce pays. Que Dieu préserve la Syrie et son peuple, mais profitons au Liban de cette occasion pour dialoguer calmement. Cessez les discours haineux. N'attendez pas de changements majeurs dans la région et ne misez pas sur ces changements. Quant à l'élection présidentielle, nous sommes pour une élection même anticipée d'un nouveau chef d'Etat».

Source : Al-Ahednews