11 novembre 2013

A. Naccache et M. Naâma: «Il y a une guerre en Syrie et une guerre contre la Syrie»

syriewatan
«Il y a une guerre en Syrie et une guerre contre la Syrie»
Anis Naccache et Madjed Naâma lors d’un débat au SILA
le 10.11.13 | 10h00

La nature des alliances de la Syrie notamment avec l’Iran, la Russie et la Chine a permis, d’après Madjed Naâma, de rendre aux relations internationales un certain équilibre.

«Il y a une guerre en Syrie et une guerre contre la Syrie»
Anis Naccache et Madjed Naâma lors d’un débat au SILA
le 10.11.13 | 10h00
La nature des alliances de la Syrie notamment avec l’Iran, la Russie et la Chine a permis, d’après Madjed Naâma, de rendre aux relations internationales un certain équilibre.
La situation en Syrie est bariolée comme la tenue militaire. Certains y voient la couleur du complot, d’autres y perçoivent celle de la volonté populaire de faire tomber le régime. Chaque partie du costume renseigne sur le rôle intérieur ou le rôle extérieur du conflit.»
C’est ainsi que Anis Naccache (célèbre militant au parcours tumultueux et conseiller en stratégie géopolitique) a expliqué le conflit syrien lors d’un débat, organisé ce week-end, aux côtés de Madjed Naâma (directeur du magazine Afrique-Asie) à l’occasion du Salon international du livre d’Alger.
Anis Naccache, qui refuse d’utiliser le mot «printemps» pour qualifier les événements survenus récemment dans le Monde arabe, estime que l’objectif est de fragiliser la Syrie et de créer l’anarchie à travers l’émergence d’une internationale djihadiste.
«Le but est de plonger la région dans une tragédie et l’émiettement de tout le territoire», explique le militant converti au chiisme. Pour cela, souligne-t-il encore, les diverses identités ont été utilisées à leur encontre : «En Libye, il y a eu un travail axé sur le régionalisme ; en Tunisie, les scissions ont eu lieu entre les laïcs et les islamistes.»
L’orateur compare l’appui des monarchies du Golfe aux rebelles à l’assassinat d’Abel par Caïn. «L’argent des monarchies du Golfe fait en Syrie ce qu’il avait fait auparavant en Palestine. Nous avons cru que le simple fait d’être Arabes nous prémunirait contre ce genre de comportement», s’insurge-t-il, rappelant que l’Arabie Saoudite, en inondant le marché pétrolier, a enregistré près de 450 milliards de dollars de pertes : «Comment concevoir le fait que pour fragiliser des pays comme l’Iran, l’Irak ou la Russie, l’on détruit sa propre maison ?»
Pour Anis Naccache, seule la victoire de la Syrie pourrait redonner l’espoir et reconstruire le territoire. «Il nous faut aujourd’hui limiter les dégâts. Autrement, nous aurons besoin du protectorat des forces militaires étrangères. Mais si les projets terroristes échouent, le plus grand perdant sera Israël», dit-il.
C’est là, d’après lui, la dernière étape de la libération nationale dans la région. «Les pays arabes sont sortis victorieux du colonialisme, ils doivent aujourd’hui enregistrer de nouveaux triomphes contre le néocolonialisme mené par les Etats-Unis et Israël», a-t-il lancé.
Pour Madjed Naâma, directeur du magazine Afrique-Asie, il y a une guerre en Syrie et une guerre contre la contre la Syrie : «Tout le monde croyait que la Syrie ne résisterait pas plus de trois mois. Il y a certes des fissures, mais le pays reste uni. Les salaires continuent d’être versés, le corps diplomatique est resté en place.»
A ses yeux, l’accord Lavrov-Kerry traduit l’échec de la rébellion syrienne. La nature des alliances de la Syrie notamment avec l’Iran, la Russie et la Chine a permis, d’après Madjed Naâma, de rendre aux relations internationales un certain équilibre. «Le terrorisme a été battu stratégiquement», affirme-t-il, en soulignant que 80 000 à 100 000 étrangers qui combattent en Syrie et qui n’ont, selon lui, aucun lien avec la démocratie. Il admet que le régime syrien a commis beaucoup d’erreurs : corruption, alliances suicidaires notamment avec la Turquie et les monarchies du Golfe, tournant «libéraliste», mauvaise gestion économique…
Mais, d’un autre côté, dit-il, ce qu’il qualifie «d’opposition des hôtels» n’a pas de projets sérieux. «C’est la pire opposition pour servir cette cause», assène-t-il. «C’est bien beau de crier ‘dégage !’, mais dans l’intérêt de qui ? Avec quoi allons changer le système tyrannique ? Par des systèmes moyenâgeux à la solde des Occidentaux ? Il ne peut y avoir de liberté sans la souveraineté nationale», estime Madjed Naâma, qui se dit opposant au régime d’Al Assad mais pas lorsque le but est de détruire la Syrie.


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