23 juin 2008

vie des femmes palestiniennes


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Dossier 11-12-13:

Vie des femmes palestiniennes

Palestinian Federation of Women’s Action Committees (Edité : juin 1996)



Qu’elles soient jeunes écolières scandant des slogans lors d’une manifestation, étudiantes suivant des cours clandestins ou femmes travaillant à des métiers d’hommes en tant que principaux soutiens de famille, les rôles des femmes ont évolué durant les deux dernières années de l’intifada en Palestine.

Notre Bulletin de Liaison s’est entretenu de cette évolution avec un certain nombre de femmes.

Ecolières

Un groupe de filles en uniformes à carreaux verts se tient à un coin de rue, dans le centre ville de Ramallah, cet hiver. Leurs jeans dépassent des uniformes et des lourds pull-overs qui les protègent du vent glacial. Plusieurs filles portent le foulard blanc islamique traditionnel ; quelques-unes, le Keffiyeh palestinien ; plusieurs, les écharpes populaires en laine rose magenta et bleu électrique des femmes de Bethlehem. Des filles en foulards sont bras dessus bras dessous avec des filles à la tête nue.

Soudain, au moins une douzaine d’écolières envahissent le carrefour et se mettent à scander des slogans et à chanter. D’autres filles les rejoignent. Les soldant postés sur le toit du bureau de poste de Ramallah tout proche commencent à tirer. Des tirs dispersés sont suivis par des rafales plus soutenues, tandis que les filles s’abritent derrière un immeuble et se précipitent ensuite au milieu de la rue. Aucune ne semble effrayée ; aucune n’est âgée de plus de seize ans.

Les médias internationaux couvrant la révolte palestinienne a popularisé les shebab, ces jeunes Palestiniens rebelles, brandissant la pierre ou le drapeau, bravant souvent la mort, pour affronter les soldats lourdement armés. L’incident décrit ci-dessus, qui date de janvier 1990, montre qu’on observe chez les filles et les jeunes femmes, beaucoup des mêmes attitudes que chez les hommes et qu’elles jouent le même rôle.

Notre Bulletin de Liaison rapporte un entretien avec Soryada, une jeune étudiante du vieux Ramallah, âgée de quinze ans, qui a décrit comment les filles dans son école réagissent quand une manifestation est annoncée : “Notre Conseil des étudiants se réunit et décide si notre école souhaite participer à la manifestation. Chaque élève peut alors décider de manifester”.

Il est évident que cet engagement et cette révolte publiques sont en train de modifier le regard que portent sur elles-mêmes ces nombreuses jeunes filles qui se rendent compte à présent qu’elles sont capables d’actions politiques et qu’elles sont aussi courageuses que les hommes. Une directrice d’école de filles parlant des dirigeantes : “elles sont travailleuses, sérieuses, consciencieuses, dévouées, et sensibles”. La question est de savoir si ces jeunes filles auront la possibilité de développer leurs nouvelles potentialités.

Les circonstances du Soulèvement ont à la fois élargi et rétreint le monde des jeunes femmes. En raison de la fermeture des écoles durant huit mois de l’année scolaire, beaucoup de filles sont restées isolées. Soryada a été en mesure d’étudier grâce cahiers de devoirs fournis par son école privée mais elle souligne que cette période de fermeture des écoles a été “très ennuyeuse. Je suis restée chez moi”.

Il est possible que la fermeture des écoles affecte encore plus l’avenir des jeunes filles que celui des garçons. Actuellement, des dizaines de milliers d’élèves ont eu leur diplôme de fin d’études secondaires durant le Soulèvement et ont obtenu des notes leur permettant d’accéder à des institutions d’enseignement supérieur, mais se heurtent à la fermeture de ces institutions sur ordre des militaires. Toutes les six universités, quatre centres de formation dirigés par l’association d’aide des Nations Unies - United Nations Welfare and Relief Association (UNWRA)- (dont l’un se spécialise dans la formation d’enseignantes), et des collèges divers, une école d’infirmières et une école polytechnique sont tous fermés depuis deux ans. Il n’est pas difficile de prévoir qu’à ce moment crucial de leur existence, les jeunes filles auront des difficultés à réintégrer le monde le système scolaire après une interruption de deux ans ou plus.

Des études préliminaires ont également montré que les filles se marient à un âge plus précoce, peut-être en raison de l’importante réduction des dépenses occasionnées par les mariages (en particulier la dot), car les familles limitent les cérémonies et ressentent également les effets de la dégradation des conditions économiques et des nouvelles valeurs prônées par le Soulèvement. En outre, la précarité de la situation et l’inquiétude des parent sur l’avenir fait peser sur les filles une pression de plus en plus forte. Soryada a noté qu’une fille de sa classe, âgée de quinze ans comme elle, s’était mariée durant la fermeture des écoles, de même que plusieurs filles d’autres classes.

L’adolescence est toujours une période de crise et de transformation. Pour les Palestiniennes qui grandissent dans cette atmosphère de Soulèvement, cette période est riche en possibilités d’épanouissement personnel, mais, dans le même temps, elle offre de moins en moins d’opportunités en matière d’éducation et autres.

Etudiantes

Amal, Khadijeh et Samira, toutes trois étudiantes de licence dans une université de la West Bank, arrivent séparément, à quelques minutes d’intervalle, pour suivre un cours au domicile de leur professeur. Leurs livres cachés dans des sacs en plastique, elles s’excusent de leur retard dû à un contrôle militaire.

Toutes les trois sont des étudiantes en sciences. Bien qu’étant inscrites à l’université depuis 1983, ce n’est que cet été qu’elles comptent obtenir leur licence. Et même cette date est incertaine. Comme pour beaucoup de leurs camarades, il leur aura fallu sept ans pour couvrir le cursus des deux dernières années universitaires, en suivant des cours clandestinement hors campus et dans des maisons privées.

Quand on leur demande quel impact l’Intifada a sur elles en tant que femmes, elles sont toutes trois d’accord pour dire qu’il y a actuellement une plus grande prise de conscience politique chez lez jeunes étudiantes. Samira, de Ramallah, a adhéré à une organisation féminine. Elle note que les jeunes femmes qui entrent à l’université arrivent avec des personnalités plus développées et des positions politiques plus tranchées.

Khawla, de Gaza ajoute : “Nous sommes devenues moins inhibées dans nos relations avec les hommes surtout dans le cadre universitaire. Ce type d’interaction était plus réservé et plus limité auparavant. Les femmes ont fait la preuve qu’elles pouvaient apporter une contribution positive aux confrontations de l’Intifada. Je dois également dire que le fait d’être loin de ma communauté conservatrice m’a aidé à me sentir plus libre pour agir de façon indépendante”.

Un grand nombre de jeunes femmes sont partagées entre la participation active à la vie politique dans l’Intifada et les pressions exercées par les attentes de la tradition. “D’une part,” dit Amal, “nos parents veulent que nous soyons éduquées et que nous participions à l’Intifada et ils sont prêts à se sacrifier pour nous, à supporter les charges financières et s’inquiètent pour notre sécurité, mais ils ne veulent pas que nous agissions de façon trop indépendante. Ils sont pressés de nous marier. Mon père passe son temps à me taquiner : “dommage que tu ne sois pas mariée. Au moins on aurait été plus tranquille”.

“Il faut comprendre leur inquiétude”, intervient Khawla. “Etre célibataire à 26, 27 ans, ce n’est pas facile. Il nous a fallu tellement de temps pour terminer nos études que nous risquons de ne pas faire de bons mariages. Nous sommes en quelque sorte punies d’avoir voulu terminer nos études. C’est pour cela que les parents ont tendance à marier leurs filles avant l’âge de vingt ans”.

Pour ces étudiantes, de mêmes que pour d’autres, l’avenir reste très incertain. Leurs chances de trouver un emploi dans leur domaine sont très limitées. Ou même de trouver du travail. “Tant que durera l’occupation, les femmes et les hommes seront confrontés aux mêmes problèmes”, conclut Samira.

Femmes soutiens de famille

Tous les matins, quand il n’y a ni couvre-feu ni grève à Amari, un camp de réfugiés près de Ramallah, Um Said ouvre aux résidents des camps la petite épicerie qu’elles tient au rez-de-chaussée de sa maison.

Um Said, 38 ans, est le principal soutien d’une famille de 12 personnes, rôle qu’elle assume durant le Soulèvement palestinien, avec la dégradation de la situation économique. “Auparavant, j’avais un mari, malade, âgé de soixante ans, deux beaux-fils et leurs femmes, mes deux fils qui vont à l’école et mes quatre petits-enfants. Les soldats font souvent des descentes dans la maison et dans l’épicerie, de jour comme de nuit. Mes deux beaux-fils trouvent du travail de temps en temps, et touchent de très bas salaires”.

“Je passe toute la journée dans la boutique” poursuit Um Said, qui soupire en pensant à toutes les responsabilités qu’elle doit assumer dans son foyer. Elle est très préoccupée par les fermetures fréquentes des écoles, mais même quand les cours reprennent, elle constamment inquiète à cause de ses deux fils qui ont 10 et 12 ans. Quelques jours auparavant, le fils de son voisin, âgé de 12 ans, avait été retenu parce les soldats avaient vu un petit dessin représentant un drapeau sur une couverture de livre”.

“Les enfants fréquentent l’école du camp ; nous n’avons pas les moyens de les envoyer ailleurs. Il y souvent des descentes dans cette école et quand les enfants quittent l’école, les soldats sont là pour les attendre. Ma plus grande inquiétude est de savoir si les enfants rentreront à la fin de la journée”.

Said, le fils de 12 ans, a déjà reçu une balle de caoutchouc et le fils de dix ans a été battu.

“Je dors mal à présent. Je soutiens le Soulèvement, mais les femmes ont un rôle très difficile. Je sais que je suis forte et que je peux assumer mes responsabilités. Mais ce qui est difficile, c’est la peur permanente. J’espère que le monde réagira à notre Soulèvement et que nos enfants seront en mesure de grandir en sécurité dans une société libre”.

Femmes et lois

Par quels types de lois sur le mariage, le divorce, la succession et l’emploi les Palestiniennes souhaitent être régies dans un Etat palestinien indépendant? Le PFWAC, et plus particulièrement son nouveau Centre de ressources des femmes, a commencé à se pencher sur cette question.

Le code de la famille et les lois sur le statut personnel actuellement en vigueur en Palestine sont adaptés de la Sharia, la législation islamique, comme partout ailleurs dans le monde arabe. Cependant, des traditions et des coutumes qui ne sont pas nécessairement liées à l’Islam se sont renforcées avec le temps et se sont en outre institutionnalisées de même que le Code de la Famille Islamique. La pression sociale et familiale joue également un rôle déterminant pour contraindre les femmes à se respecter les normes juridiques et celles de la société.

De même que les Comités d’Action qui se fixent pour but la libération des femmes, sociale et nationale, l’AFWAC a commencé à élaborer des modèles de lois en vue de la protection des droits des femmes. Récemment, le Centre de Ressources des femmes a invité deux juristes qui ont discuté du code de la famille et des lois sur le statut personnel dans l’Islam, dans le cadre d’un cours de formation visant à développer les capacités de recherche des femmes membres de Centre. Les femmes ont exprimé diverses opinions et certaines se sont informées sur la possibilité de faire évoluer et de modifier la législation islamique pour la rendre compatible avec le rôle actuel des Palestiniennes dans la société.

A cette fin, notre Bulletin de liaison s’est entretenu avec trois membres du PFWAC de leurs attentes en ce qui concerne le code de la famille dans un Etat palestinien indépendant. Joumana* est une femme mariée et une activiste qui travaille à Biet Hanina. Suheila est première femme (son mari a deux épouses) et travaille dans un jardin d’enfants du PFWAC. Maha est une divorcée qui travaille dans un projet du PFWAC.

Joumana et Maha préconisaient un refonte totale du code de la famille, mais à des degrés différents. Joumana déclare que beaucoup de femmes ont un emploi actuellement et qu’elles jouent un rôle essentiel dans l’économie nationale ; ce droit nouvellement acquis doit être préservé et développé. Joumana considère le choix d’un mari comme un contrat entre les individus concernés, et non entre deux familles, parce que les hommes et les femmes doivent être également libres de décider par eux-mêmes. Elle ajoute que pour ce faire, il faut sensibiliser les femmes afin qu’elles soient conscientes qu’elles ont les mêmes droits que les hommes. Quand Joumana a décidé de se marier, sa famille a initialement désapprouvé son choix. Elle a alors menacé de faire un scandale et ils ont finalement accepté. Joumana a indiqué qu’elle avait pris conscience de ses droits grâce à sa participation aux groupes de discussions du PFWAC ainsi qu’à son contact avec les femmes lors d’activités diverses.

Joumana elle s’élève contre le fait que l’homme ait le droit absolu de déterminer si sa femme peut demander le divorce, et de fixer son lieu de résidence contre son gré, (appelé dans l’Islam “Foyer de la Soumission”). Elle a déclaré qu’en cas de divorce, il devrait y avoir un accord entre les deux conjoints sur une base égalitaire. Elle est contre la polygamie, car elle est fortement convaincue que c’est faire preuve d’un mépris total pour les droits des femmes.

Dans la législation islamique, le témoignage d’un homme est considéré comme étant l’équivalent du témoignage de deux femmes. Joumana et Maha ont condamné cette pratique car les et les femmes ont les mêmes capacités. Toutes deux contestent également la loi sur la succession selon laquelle la part d’héritage de l’homme est le double de celle de la femme. Ceci est certainement peu approprié dans les circonstances actuelles oùles femmes participent aux dépenses de la familles.

Maha s’était mariée à dix-sept ans ; elle n’avait pas osé dire non à son père. Elle s’est séparée de son mari parce qu’ils ne s’entendaient pas, s’étant mariés trop jeunes. Maha était membre du PFWAC au moment où elle demandait le divorce ; elle résidait alors chez ses parents. Elle nous dit que c’était grâce à sa participations aux activités du PFWAC qu’elle a pris de l’assurance et qu’elle a pris conscience de ses potentialités. Par la suite, elle est allée au tribunal contre l’avis de son père. Durant le procès, elle a subi une “oppression inhumaine”. Le tribunal a accepté de lui accorder le divorce et la garde de son enfant à condition qu’elle ne reçoive pas de pension du père pour l’enfant. Elle a accepté ces conditions car elle ne pouvait accepter d’abandonner son droit de garde.

Concernant la polygamie, Maha a déclaré que la première femme devrait demander le divorce à moins qu’elle n’accepte la polygamie de son plein gré. Elle n’est pas aussi opposé que Joumana au code de la famille actuel, mais elle se dit frustrée par les contradictions entre la Sharia et la pratique dans les tribunaux. Elle pense qu’il faudrait apporter des réformes à la Sharia pour protéger les droits des femmes. Joumana et Maha affirment toutes deux que le mouvement des femmes de en Palestine doit s’atteler au défi d’amener des réformes dans le code de la famille, malgré les difficultés que comporte cette tâche.

Suheila est la première femme de son mari et est plus conformiste. Elle est d’accord avec de nombreux aspects du droit familial tel qu’il est formulé dans la Sharia islamique, à quelques exceptions, notamment le droit au travail des femmes. Suheila spécifie cependant que les femmes devraient se limiter à certains types d’occupations (des emplois traditionnels tels que la profession d’infirmière, l’éducation et le secrétariat). Elle rejette également le concept de “foyer de la soumission”. Elle explique ensuite qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant et que son mari ne souhaitait pas prendre une seconde épouse mais qu’il y avait été contraint par les pressions familiales. Elle ne voulait pas divorcer car elle était heureuse avec son mari et en fait, leur relation s’est améliorée après que son mari eut pris une deuxième femme. Elle souligne qu’il est très difficile de changer le code de la famille et qu’il semble y avoir peu de chances que les hommes et les femmes soient considérés égaux dans la société arabe. Cependant, poursuit-elle, si le mouvement des femmes de Palestine était en mesure de proposer un code de la famille révisé, ce serait un grand pas.

Si les femmes interviewées ne constituent pas un échantillon représentatif, elles donnent tout de même un aperçu des opinions qui constituent un défi pour le mouvement des femmes palestiniennes et le poussent à faire les efforts nécessaires pour rendre le code de la famille et la législation qui s’y rattache plus conformes à la situation actuelle et aux aspirations des femmes.

* Les noms des femmes interviewées dans cet article ont été changés.

Reproduit de: PFWAC Newsletter
Palestinian Federation of Women’s Action Committees
P.O. Box 51284, Jérusalem, Israël.

(merci à H. A. qui se reconnaîtra)

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