29 mars 2011

Ce que l'on sait de l'opposition libyenne

Par Catherine Gouëset, publié le 29/03/2011
 
Ce que l'on sait de l'opposition libyenne
Le 5 mars, le Conseil national de transition, qui s'est déclaré "seul représentant de la Libye", a désigné Mahmoud Jibril à la tête d'une "équipe exécutive pour gérer la crise". Ali Abdelaziz al-Issaoui (à droite), ambassadeur démissionnaire de Libye en Inde et ancien ministre de l'Economie, s'est vu confier les Affaires étrangères.  
REUTERS/Francois Lenoir

Le point sur le Conseil national de transition qui dirige l'opposition libyenne.

 
Dans la Libye de Kadhafi, à la différence de la Tunisie et de l'Egypte, il n'y avait aucune place pour les partis politiques, les syndicats, les médias indépendants et la société civile était quasiment inexistante. Ce vide politique rend difficile l'émergence de futurs dirigeants au sein de l'opposition.  
Le Conseil national de transition (CNT), composé de 31 représentants des principales villes libyennes, sert de gouvernement de fait à l'opposition libyenne depuis le début du soulèment. La création d'un "Conseil national indépendant" de transition basé à Benghazi, représentant les villes tombées aux mains de l'insurrection, a été annoncée le 27 février. Le nom de certains des représentants d'Ajdabiya, Al Kufrah, Ghat, Nalut, Misrata, Zentan and Zawiya n'a pas été révélé pour des raisons de sécurité. Pour le moment, il n'y a pas de représentant pour le centre et le sud de la Libye ni pour Tripoli. Selon Ali Zeidan, chargé de mission du CNT, de passage à Paris, le 22 mars, ses membres "sont principalement des avocats, des professeurs, des universitaires". 
Un regroupement hétéroclite
Le CNT comprend à la fois des opposants de longue date au régime et des personnes qui ont fait défection récemment. Ce manque d'unité a pesé sur les décision du Conseil. Il a ainsi encouragé des légions de jeunes gens inexpérimentés à se lancer sur le front contre Kadhafi, ce qui a causé de sérieux revers militaires, explique le Washington Post. Mais l'opposition a néanmoins réussi à organiser les services publics et à éviter que le chaos ne s'installe à Benghazi depuis le début du soulèvement, reconnaît le quotidien américain. 
Ce que l'on sait de l'opposition libyenne
Moustapha Abdeljalil, le chef du Conseil national de transition est un ancien ministre de Kadhafi.  
REUTERS/Asmaa Waguih
Le conseil est présidé par Moustapha Abdeljalil, ancien ministre libyen de la Justice (depuis 2007), qui a démissionné le 1er février, au début du mouvement de contestation. Ce dernier, considéré comme un traditionaliste, est soutenu par les islamistes et les tribus selon The Economist. Il n'a pas laissé de très bon souvenirs en Bulgarie: quand il était président de la Cour d'appel de Tripoli, il a confirmé, à deux reprises, la peine de mort des infirmières bulgares emprisonnées en Libye entre 1999 et 2007. 
Le Conseil n'a qu'une fonction représentative. Pour pallier le manque de structure exécutive: "Il ne s'agit pas d'un gouvernement mais d'un comité de gestion de crise" selon Abdel Hafiz Ghoga, porte-parole et numéro 2 du Conseil de transition cité par Libération. "Nous installerons un gouvernement quand nous aurons libéré toute la Libye." explique le porte-parole.  
Pour Patrick Cockburn, les précédents irakien et afghan font craindre un manque de représentativité des personnalités mises en avant comme représentants de l'opposition. "Les leaders qui sont mis en avant dans ces circonstances sont ceux qui parlent le mieux anglais et savent entrer en contact avec les Etats-unis et leurs alliés. A Bagdad et à Kaboul, ceux qui ont surgi en premier sont ceux qui ont su flatter le Congrès et exprimer leur gratitude pour l'action du Congrès américain", explique le journaliste spécialiste du Proche-Orient. 
Le 5 mars, le Conseil, qui s'est déclaré "seul représentant de la Libye", a désigné Mahmoud Jibril Ibrahim al-Wourfalli à la tête d'une "équipe exécutive pour gérer la crise" et chargé Omar al-Hariri des "affaires militaires". Ali Abdelaziz al-Issaoui, ambassadeur démissionnaire de Libye en Inde et ancien ministre de l'Economie, s'est vu confier les Affaires étrangères. 
Par ailleurs, Khalifa Haftar, un ancien général qui a dirigé le contingent libyen au Tchad dans les années 80, et qui a fait défection après l'échec de cette aventure, est rentré de 20 années d'exil aux Etats-Unis à la mi-mars. La semaine passée, il a été nommé à la tête de l'armée rebelle en pleine confusion, selon le quotidien américain Miami Herald. Il aurait succédé à Abdel Fatah Younis, un dissident de fraîche date. Des doutes subistent d'ailleurs sur la défection de ce dernier: "la télévison d'Etat a assuré la semaine passée que loin d'avoir déserté, il a repris ses fonctions au ministère de l'Intérieur après s'être remis d'une maladie", rapporte le New York Times. 
Ce qu'ils proclament
Le Conseil de transition a promis des "élections libres et justes" après la chute du colonel Kadhafi, selon un communiqué diffusé ce mardi en marge d'une réunion internationale à Londres sur la Libye. 
Soulignant ses "aspirations à un Etat uni, libre et moderne", le CNT "garantit" à "tout Libyen le droit de vote pour des élections législatives et présidentielles libres et justes". Une "Constitution nationale approuvée par référendum" garantira "la formation de partis politiques et le respect de la liberté d'expression grâce à des médias et des manifestations pacifiques".  
"Un Etat civil constitutionnel respectera l'inviolabilité de la religion et condamnera l'intolérance, l'extrémisme et la violence", ajoute le CNT, assurant qu'une nouvelle Libye "se joindra à la communauté internationale dans le rejet et la dénonciation du racisme, de la discrimination et du terrorisme". Promettant le respect des droits de l'homme, la rébellion assurera en outre "la protection des intérêts et des droits des sociétés étrangères", dans une allusion aux importantes ressources pétrolières du pays. 
En revanche, un gouvernement post-Kadhafi aura probablement des réserves quant-à la politique américaine au Moyen-Orient: les membres du Conseil disent qu'ils sont opposés à la politique américaine vis-à-vis de l'Afghanistan, de l'Irak, d'Israël et des territoires palestiniens, souligne le Washington Post
Qui le reconnaît?
La France et le Qatar sont à ce jour les seul pays à avoir pleinement reconnu le CNT. Les autres Etats se sont limités aux contacts et à l'aide humanitaire. Ainsi, alors qu'une quarantaine de pays se retrouvent ce mardi à Londres pour tenter de définir l'avenir du pays, le Conseil de transition est invité dans la capitale britannique, mais sans pour autant siéger à la conférence. 
La France est le premier pays à avoir reconnu, le 10 mars, le Conseil de transition comme seul "représentant légitime du peuple libyen". Cette décision de Nicolas Sarkozy a provoqué l'étonnement de ses partenaires européens. Si Londres, proche de la position de Paris, estimait que le CNT était un "interlocuteur valable", pour Berlin, la question de la reconnaissance du Conseil en tant que seule autorité légitime en Libye, "ne se posait pas" alors, selon un haut responsable du gouvernement fédéral.  
Finalement, au terme d'un débat "musclé" selon les dires du Premier ministre belge Yves Leterme, les pays de l'UE ont, le 11 mars, salué et encouragé le Conseil national de transition qu'ils ont reconnu comme un "interlocuteur politique".  
Les Etats-Unis ont, le même jour, annoncé une rencontre directe entre la secrétaire d'Etat Hillary Clinton et la rébellion. Et le 14, La secrétaire d'Etat a évoqué l'éventualité d'une aide politique et économique à l'opposition lors de sa rencontre à Paris avec un membre du CNT.  
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, le Jordanien Abdel Ilah Khatib, a eu un premier entretien avec la direction des forces rebelles libyennes à Tobrouk le 21 mars.  
La Ligue arabe s'est prononcée, le 13 mars, en faveur de contacts avec le CNT, lors de la réunion extraordinaire de l'organisation au Caire. La Libye a été exclue des réunions de la Ligue arabe après la répression de l'insurrection. 
L'Union africaine a quant-à elle déclaré, le 26 mars, vouloir rencontrer rapidement les représentants de la rébellion afin de discuter de sa "feuille de route" pour mettre fin à la crise en Libye.  
Le Qatar est le premier pays arabe à annoncer, ce lundi, la reconnaissance du Conseil national de transition en Libye, et le deuxième après la France. 

l'express

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