02 novembre 2009

la CIA "balance" le frère de Hamid Karzaï

Ahmed Wali Karzaï

La CIA "balance" le frère d’Hamid Karzaï


Article rédigé le 01 nov 2009, par Mecanopolis


Mercredi, le New York Times a rapporté que Ahmed Wali Karzaï, le frère du président afghan Hamid Karzaï, est employé par la CIA. Tandis que les explications ne sont pas formellement condamnables (la CIA et les Forces d’Opérations Spéciales US lui louent une enceinte et l’utilisent souvent comme intermédiaire pour communiquer avec les Taliban). Les théories selon lesquelles l’Afghanistan est un Etat fantoche de l’Occident sont confirmées. Cela appuie les rumeurs disant que les intérêts d’Hamid Karzaï sont entre les mains de l’hégémonie américaine. Et, cela aggrave la « crise de confiance » que connaît le peuple afghan envers son gouvernement, comme le décrit le Général Stanley McChrystal dans son Appréciation Initiale de Commandement. Selon toutes les indications, c’est une catastrophe pour l’administration Karzaï. Et cela a été dévoilé une semaine avant le deuxième tour forcé (par les Etats-Unis) de l’élection présidentielle.



Ahmed Wali Karzaï n’est pas un simple gouverneur-copain d’un Etat qui s’enfonce dans une guerre de plus en plus terrible. Il est la cheville ouvrière de l’opium en Afghanistan, le Pablo Escobar de l’Hindu Kuch. Selon le Général McChrystal, cette guerre ne peut pas être gagnée tant que le commerce illicite de l’opium reste sans entraves. L’ISAF [la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité en Afghanistan] a passé huit années à incendier les champs de pavot de tout un chacun et, pourtant, il semble que Ahmed Karzaï touche des subsides de la CIA et bénéficie » d’un laissez-passer. Un fonctionnaire américain a raconté au New York Times : « Il n’y a aucune preuve de l’implication de Wali Karzaï dans le trafic de drogue, certainement rien qui puisse tenir devant un tribunal ». Ne manquait qu’un clin d’œil et un sourire complice.


Lorsque le Sénateur John Kerry a annoncé un deuxième tour inattendu entre Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, on a parfaitement compris que Karzaï était sur la sellette. Il est exact que les élections d’août dernier ont été entachées de violence, de corruption et d’irrégularités électorales, mais tous ceux qui peuvent localiser l’Afghanistan sur une carte s’y attendaient. Vu la récente montée en flèche de la violence, vu les pertes étasuniennes croissantes et les forces talibanes qui s’enhardissent, y a-t-il la moindre raison de croire que les choses iront mieux en novembre ?


Avant que ne soient révélés les liens entre Ahmed Karzaï et la CIA, cette élection semblait être un risque inutile pour les soldats américains chargés d’apporter la sécurité et la couverture politique à un président vacillant. Il apparaît à présent que c’est une méthode calculée pour entreprendre un coup d’Etat sans verser de sang.

En 1963, Ngo Dinh Diem était au pouvoir depuis neuf ans au Sud Vietnam. L’administration Kennedy en avait hérité d’Eisenhower. L’ancien Secrétaire d’Etat John Dulles disait que Diem était « le meilleur à leur disposition ». Le leadership de Diem était ténu, ses réussites étaient encensées au-delà de leurs mérites, et ses échecs étaient de dimension épique. Cependant, au final, c’est son frère qui causa sa perte. L’administration Kennedy autorisera la CIA a monter un coup qui trouvera Diem et son frère à l’arrière d’un véhicule blindé de transport de troupes et du côté opérant de fusils semi-automatiques.


Comme l’Agence a évolué ! Ces derniers temps, ils révèlent le nom de certains alliés soigneusement entretenus pour être des larbins des Etats-Unis et truquer les élections, mais qui sont devenus indésirables.



Ahmed Wali Karzaï, agent de la CIA et narcotrafiquant


En dévoilant ce lien entre la CIA et la famille Karzaï, les Etats-Unis ont tacitement donné le feu vert à un changement de régime en Afghanistan. Si Karzaï est chassé du pouvoir par Abdullah Abdullah, l’administration Obama pourrait revendiquer avoir fait table rase – un nouveau général, un nouveau plan et une nouvelle diplomatie avec un nouveau gouvernement. Dans un sens, c’est une bonne nouvelle pour ceux qui soutiennent le plan de McChrystal. Mais si Karzaï survit à ce deuxième tour, celui-ci serait bien avisé d’éloigner son bureau des fenêtres et de ne pas s’attendre à beaucoup de latitude de la part des Etats-Unis.


Il est difficile d’affirmer que les négociations de Kerry ont été entreprises de mauvaise foi.


S’il est réélu, Hamid Karzaï devra agir là où Diem ne l’a pas fait : en se distançant rapidement de son frère – en commençant, au minimum, par l’écarter du pouvoir. Et les Etats-Unis devront expliquer au monde en quoi exposer sans vergogne des renseignements classés secrets, en vue de manipuler une élection libre, est bénéfique à une démocratie naissante ou à la guerre contre la terreur.


L’effondrement de l’Union Soviétique, l’incursion de Saddam Hussein au Koweït, le 11 septembre et l’absence des armes de destruction massive en l’Irak manquaient à la C.I.A., mais ils sont de retour à ce qu’ils font le mieux : poignarder un allié tout en lui passant de la pommade dans le dos.


S’il est réélu, il se pourrait que Hamid Karzaï veuille éviter les véhicules blindés de transport de troupes.


D.B. Grady, pour The Atlantic (29.10.09)

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