12 mars 2011

Libye : fallait-il empêcher que prenne corps le rêve des Etats Unis d'Afrique

Un tout autre point de vue :
 
carte-afrique

La Libye victime de son indépendance vis-à-vis des puissances occidentales

 
AFRIQUE EN LIGNE

 
Le refus de Washington et des autres puissances occidentales de cautionner la proposition du Vénézuélien Hugo Chavez de nouer le fil du dialogue entre le gouvernement libyen et les insurgés, révèle clairement l’agenda caché derrière l’insurrection de la partie cyrénaïque du pays. Cet agenda, tour à tour soutenu par le gel précipité des avoirs libyens dans les banques occidentales, confirme l’intention non avoué de l’Occident de décapiter ce pays d’Afrique du Nord, le seul pays africain à jouir d’une réelle indépendance sur les plans politique et économique vis-à-vis des métropoles occidentales.
 
C’est cette indépendance que le Leader Kadhafi entend exporter vers les pays au sud du Sahara, lorsqu’il appelle le continent entier à l’unité, menaçant de ce fait la mainmise séculaire de l’Occident sur l’économie des pays africains, en investissant une partie des recettes pétrolières libyennes dans les pays africains.
 
Ces investissements de la Libya Portfolio en Afrique, qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions de dollars américains, sont présents dans le tourisme et l’hôtellerie, la commercialisation du pétrole par Oilibya, aussi bien que dans l’agriculture, dans les mines et la sylviculture, pour ne citer que les secteurs qui représentent les fondements pour le développement du continent africain.
 
Le volume des investissements libyens en Afrique est passé d’environ 25 millions de dollars américains en 1991 à presque 1 milliard de dollars américains en 2008 au bénéfice de 34 pays africains, tandis qu’en janvier 2010, Mouammar Kadhafi promettait aux Etats africains une croissance substantielle des investissements libyens dans ceux des pays porteurs d’opportunités d’affaires que la Libye était disposée à financier à hauteur d’environ 90 milliards de dollars américains prévus à cet effet.
 
Par ailleurs, Oil Libya opère dans la commercialisation du pétrole dans une vingtaine de pays africains, dans le but notamment d’alléger la facture pétrolière des Etats non producteurs de ce précieux liquide.
 
Lorsque l’on y ajoute la part du marché africain des investissements détenue par les nouvelles puissances émergentes asiatiques que sont la Chine et l’Inde, ainsi que la résurgence de la coopération arabo-africaine que le Leader Kadhafi s’est récemment engagé à conduire, à terme, vers la constitution d’un bloc économique et politique intégré, on comprend à quel point la Jamahiriya gênait les puissances occidentales.
 
Celles-ci, confinées à traiter d’égal à égal avec Tripoli notamment dans leurs relations commerciales, à défaut de se prévaloir d’un quelconque privilège dont elles ont été habituées dans leurs rapports de force avec les autres pays du continent, perçoivent l’extension de cette indépendance économique à tout le continent africain comme une concurrence préjudiciable à leurs intérêts économiques dans la région.
 
Quid du projet des Etats Unis d’Afrique ? En effet, si les Africains eux-mêmes prennent à la légère l’idée de constitution des Etats Unis d’Afrique, sous prétexte qu’elle relève une utopie, le monde occidental, qui apprécie à leur juste valeur les avantages que représente l’Union européenne aussi bien que de l’Union des Etats nord-américains à leurs Etats membres, y accordent une importance à la mesure de la force économique que constituerait une Afrique véritablement unie et intégrée.
 
Mais le Guide libyen ne gênait pas que sur le terrain économique. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, au sein duquel se retrouvent les puissances de ce monde, n’a certes pas oublié les accusations d’injustice, quoique vérifiées, lancées en 2009 par Mouammar Kadhafi contre la caducité des textes juridiques de l’ONU et de certains de ses organes.


 
«Le Préambule de la Charte des Nations unies est très attrayant et ne suscite aucune objection. Mais tout ce qui suit est totalement opposé au contenu du préambule », avait-il fait observer, relevant au passage la nature anti-démocratique du droit de veto: «nous nous sommes entendus sur le Préambule de la Charte des Nations unies. Mais le droit de veto, institué plus tard, n’était pas mentionné dans la Charte. Si on nous avait informé de son existence, nous n’aurions pas adhéré aux Nations unies ».


 
Dès lors, le Leader Kadhafi représente l’homme à abattre pour ouvrir la brèche nécessaire à une mainmise sur les ressources de la Libye et décourager toute velléité d’intégration du continent qui, tôt ou tard, ne manquerait pas de se réaliser, à l’image des 28 Etats constitués en Communauté sahélo-saharienne, à l’initiative du dirigeant libyen.
 
La résistance de Mouammar Kadhafi face à la situation qui prévaut actuellement en Libye, a fini par lever un coin de voile sur ce que des observateurs des mouvements de rébellion dans le monde arabe en général, qualifient d’instigations des puissances occidentales.
 
L’itinéraire de ce courant dit « populaire et spontané », qui passe de la Tunisie à l’Egypte en surplombant la Libye avant de la pénétrer par la région Est, laisse quelque peu sceptique sur le contour spontané que les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne prêtent au soulèvement libyen.
 
 
Sans doute une stratégie destinée à neutraliser les frontières du pays, dans le but de faciliter l’infiltration des soutiens en armes et munitions de guerre qu’exhibent des combattants que la presse occidentale présentait jadis comme des « manifestants pacifiques », puis des «insurgés» et aujourd’hui comme des « rebelles ».
 
La qualité des auteurs du « soulèvement populaire» aurait donc considérablement mué et avec elle les dimensions de la donne sur terrain où une guerre ouverte oppose depuis une semaine le gouvernement libyen aux rebelles, autour des zones stratégiques du pays, contre toute prévision de Washington et des puissances occidentales qui réclament le départ du dirigeant libyen, à défaut d’opter pour le dialogue et, au pire, intervenir militairement pour hâter l’issue de ce soulèvement dont ils n’avaient point prévu les complications actuelles.
 
 
Barack Obama et Nicolas Sarkozy, en repoussant l’offre de médiation vénézuélienne au bénéfice d’une option guerrière, prennent le contre-pied des « valeurs démocratiques » qu’ils défendent souvent, dans la mesure où ils optent pour l’émergence, de ces affrontements, d’homme forts, de chefs de guerre, pour prendre en main le destin de ce pays, dont on ne saurait présager de l’idéologie politique.
 
Pana 09/03/2011
 
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lu sur Alterinfo.net
 
PS merci à Bochra Tabiche d'avoir signalé cet article sur facebook

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