28 octobre 2010

Briser le moral et la combativité: l’isolement des prisonniers de la Palestine dans les prisons sionistes
 
Fadwa Nassar

Le tribunal sioniste de la prison militaire de Ramon a décidé de prolonger l’isolement du secrétaire général du FPLP, Ahmad Saadate, jusqu’au 21 avril 2011. Le dirigeant palestinien est placé en isolement individuel depuis presque deux ans, soit environ 500 jours.
Wafa’ al-Biss, du camp Jabalia de Gaza et membre des Brigades al-Aqsa, arrêtée en 2005 et condamnée à 11 ans de prison, est détenue en isolement individuel depuis 2009, dans la prison de Neve Tertze à Ramleh. Son isolement carcéral est renouvelé tous les trois mois.
Ahmad Saadate et Wafa’ al-Biss font partie de ces prisonniers et prisonnières que l’Etat sioniste a placé en isolement. Des dizaines de dirigeants de la lutte palestinienne ont subi ou subissent encore cette mesure punitive inhumaine considérée comme étant une prison dans la prison.
Que signifie l’isolement dans les prisons sionistes? Qui sont ces combattants héroïques que craint l’entité sioniste, même lorsqu’ils sont attachés et doublement enfermés?

L’isolement  témoigne du sadisme israélien
Les divers témoignages des prisonniers ayant subi l’isolement indiquent que cette politique barbare envers des hommes et des femmes déjà détenus dans des prisons inhumaines vise à casser leur volonté, ce que l’ennemi n’a pas réussi à faire malgré le nombre des années passées en détention,  et surtout à se venger.
Mazen Malasa, prisonnier actuellement libéré, a décrit l’isolement comme étant une punition barbare consistant d’abord à éloigner le prisonnier de ses autres compagnons, pour le placer dans une cellule très étroite de superficie 2,75 m sur 1,75 m, dans laquelle se trouvent également les toilettes. Le prisonnier isolé vit dans cette cellule, loin de ses compagnons et isolé du monde.
Mohammad Jamal Natshé, élu en 2006 député au conseil législatif palestinien alors qu’il se trouvait en prison, a été libéré le 4 septembre 2010. Il a passé quatre ans, sur les huit années de sa récente détention, isolé dans une cellule individuelle, parce qu’il a « des capacités d’influencer les prisonniers et de relever leur moral ».
Il décrit l’isolement comme une forme de vengeance de la part de l’occupant contre un ou plusieurs individus, qu’il veut punir particulièrement. Au-delà de l’isolement, du fait d’être arraché à leurs compagnons de cellule, des frères ou sœurs avec lesquels ils peuvent partager des moments de fraternité, les prisonniers isolés vivent dans une terrible solitude. Ils n’ont aucun contact avec les autres prisonniers. Mais leur souffrance est également due au fait qu’ils se sentent seuls face à la sauvagerie des soldats de l’occupation. Régulièrement et sans aucune raison précise, les forces de Massada et de Nahshon qui sont des forces d’intervention conçues spécialement pour briser les prisonniers, interviennent dans leurs cellules, pour les fouiller, détruire leurs propres affaires, les frapper et les agresser.
Mahmoud Issa, qui est prisonnier depuis 18 ans (arrêté le 3 juin 1993) de Anata - al-Qods, est actuellement le plus ancien prisonnier placé en isolement, dans une cellule individuelle. Cela fait neuf ans qu’il vit isolé. La seule visite familiale qui a eu lieu, malgré tout, s’est déroulée il y a cinq ans, pour une demi-heure seulement. Sa sœur avoue que « c’est une lutte de tous les instants avec la mort, avec les Israéliens ». Mais Mahmoud Issa décrit lui-même cette lutte : « En isolement, la mort est égale à la vie. La mort et la tombe ont même plus de clémence, car lorsque l’homme s’en va, il retrouve le repos éternel, mais dans ces cellules, la mort se prolonge à tous les instants, ni les mots ne peuvent décrire cet état, ni l’humain ne peut le supporter ». Mahmoud Issa est condamné à trois perpétuités et 46 ans, pour avoir mené des actions armées contre l’occupation et enlevé un policier israélien pour l’échanger contre les prisonniers.
Dans le centre d’isolement Ayalon, qui est le pire, il n’y a pas de fenêtre donnant sur l’extérieur,  mais juste une fenêtre qui donne sur un couloir donc la cellule n’est pas aérée, le soleil n’y entre pas  et ressemble à une tombe. Les prisonniers isolés sont souvent interdits de sortir dans la cour qui est décrite comme un trou ou un puits, puisqu’elle fait 4 mètres et demi sur 3 mètres, mais lorsqu’ils sortent, ils sont seuls et ne peuvent entrer en contact avec les autres prisonniers. Là, le prisonnier ne peut faire du sport car il est enchaîné par les pieds et ses mains sont attachées derrière le dos, c’est ainsi qu’il se déplace dans ce que les sionistes ont conçu pour cour. Dans la cellule,  lors des deux fouilles par jour, il est également enchaîné à l’intérieur de sa cellule. Pour le député Natshé, il s’agit de rappeler au prisonnier isolé, à chaque instant, la dureté et la brutalité. Non satisfait de l’isoler dans une « prison à l’intérieur de la prison », le geôlier insiste pour que chaque instant de la vie du prisonnier isolé soit vécu dans l’épreuve et d’une façon inhumaine. C’est surtout ces instants qui durent des années qui sont les plus difficiles à supporter par les prisonniers isolés.
Les prisonniers isolés sont souvent malades, à cause des conditions de détention. Mais les autorités carcérales ont décidé de ne pas les soigner, sinon par de l’aspirine qu’elles distribuent à tous les prisonniers, quelles que soient leurs maladies. C’est parce qu’il a été victime de la négligence médicale délibérée des geôliers sionistes que le prisonnier Raed Abou Hamad, de Azarieh, dans la banlieue d’al-Qods, est décédé dans la section de l’isolement de la prison de Beer Saba’.

Résister quand même
Malgré leur solitude et les conditions inhumaines qu’ils subissent, les prisonniers isolés résistent. Le député Mohammad Jamal Natshé parle du Coran : « sur le plan moral et psychologique,le prisonnier sort de son isolement en lisant le Coran. Il vit avec le Coran, qui est le seul lien qui le rattache au monde. Le Coran le sort de son état d’isolement, il lui permet de s’ouvrir vers les horizons célestes, vers l’histoire depuis le temps des prophètes, il vit aussi avec l’avenir, il vit dans tous les temps et tous les lieux. Par le Coran qui lui ouvre de vastes horizons, il prend le dessus sur son isolement où ils ont voulu le mettre. Il est avec Dieu, avec les prophètes, avec le monde tout entier. »
Ils sont actuellement environ 20 prisonniers placés en isolement, dans plusieurs sections d’isolement des prisons sionistes, la plus sordide est semble-t-il, celle d’Ayalon. Mais il y a aussi la section de Ramon et de Ohalikedar. Les prisonniers isolés appartiennent à plusieurs organisations, le Hamas, le Jihad islamique, le FPLP et les Brigades d’al-Aqsa (Fateh). Outre les prisonniers déjà cités, il y a également Mu’tazz Hijazi, d’al-Qods, isolé depuis 2006, Hassan Salameh, isolé depuis janvier 2003 dans la prison d’Ohalikedar, Abdallah Barghouty, isolé depuis 2006, Jamal Aboul Hayja, isolé depuis 2004 dans la prison de Ramon et très malade, Yahya Senouar, isolé depuis 2010 et qui est également très malade, Thabit Mardadi, combattant de la bataille de Jénine en 2002, isolé dans la prison de Ramon depuis 2010.
Récemment, la prisonnière Linane Abou Ghalmé, qui avait été libérée avec plusieurs prisonnières lors du dernier échange, en octobre 2009,  entre la vidéo du soldat sioniste détenu par la résistance et leur libération, a été de nouveau arrêtée. Elle a été immédiatement placée en isolement, de même que sa sœur Taghrid Abou Ghalmé, dans la prison de Hasharon. Linane n’a pas été condamnée par un tribunal, mais est détenue administrative, ce qui signifie qu’elle constitue pour l’occupant ce qu’il appelle « une menace », justifiant son arrestation. Avant sa libération en 2009, elle avait été prisonnière pendant six ans.
Selon les témoignages des prisonniers, la mesure vengeresse de l’isolement des prisonniers dans des cellules individuelles aussi inhumaines n’est pas récente, mais avant l’intifada al-Aqsa, les sionistes se vengeaient d’un prisonnier pour quelques jours, quelques semaines, rarement plus. Mais depuis la révolte palestinienne, les autorités carcérales ont adopté cette mesure de manière plus systématique, avec une volonté délibérée de provoquer des séquelles physiques ou morales des dirigeants de la lutte palestinienne. Des voix s’élèvent pour attirer l’attention sur le danger de mort qu’encourt le dirigeant du FPLP, Ahmad Saadate, dont l’arrestation par l’occupant sioniste est due à la collaboration entre les puissances américaine, britannique et l’autorité palestinienne, il y a plusieurs années, lorsque la prison d’Ariha (Jericho), qui se trouve dans les territoires placés sous Autorité palestinienne, a été prise d’assaut par les soldats de l’occupation. Ahmad Saadate et plusieurs de ses compagnons de lutte étaient détenus par l’Autorité palestinienne, à la demande des sionistes, et la prison était gardée par les forces britanniques et américaines.

Se mobiliser pour sauver les prisonniers isolés
Il est symptomatique que ceux qui se sont mobilisés jusqu’à présent pour fermer les sections de l’isolement et libérer les prisonniers isolés de leur double prison sont les prisonniers eux-mêmes. A chaque fois que les prisonniers entamaient un mouvement de protestation, une grève de la faim ou une grève des visites, la première revendication qu’ils adressaient était celle du retour de leurs compagnons isolés et la fin de la politique inhumaine de l’isolement. La question des prisonniers isolés est devenue, pour eux et pour leurs familles, une question prioritaire, politique et humanitaire. Politique, parce qu’il s’agit de dirigeants de la lutte palestinienne, qui ont un rôle à assumer même s’ils sont prisonniers et qu’ils ont une influence importante auprès des autres prisonniers et humanitaire, parce que « la mort se prolonge à tous les instants », selon les termes du plus ancien prisonnier isolé, Mahmoud Issa.

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