18 avril 2011

Tunisie: Habib Boularès…dans le collimateur!

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Lt Colonel Mohamed Ahmed

J’accuse…

Dans une des  biographies de Mr Habib Boularès  sur le Net, on peut lire ceci: « …Habib Boularès a été de toutes les grandes dates qui ont marqué son pays, la Tunisie… » En effet, l’auteur de cette biographie ne s’est pas trompé. Le nom de Mr Habib Boularès restera pour longtemps associé à l’opération qui a consisté à décapiter l’Armée Tunisienne entre Avril et Juillet 1991. Je laisserai aux historiens le soin d’établir si Monsieur Boularès était ou non  parmi les principaux instigateurs de l’écrémage en règle qu’a connu L’Armée Nationale.


J’accuse…
par Mohamed Ahmed- Lieutenant Colonel(R)
Tunis le 17/04/2011

Dans une des  biographies de Mr Habib Boularès  sur le Net, on peut lire ceci: « …Habib Boularès a été de toutes les grandes dates qui ont marqué son pays, la Tunisie… » En effet, l’auteur de cette biographie ne s’est pas trompé. Le nom de Mr Habib Boularès restera pour longtemps associé à l’opération qui a consisté à décapiter l’Armée Tunisienne entre Avril et Juillet 1991. Je laisserai aux historiens le soin d’établir si Monsieur Boularès était ou non  parmi les principaux instigateurs de l’écrémage en règle qu’a connu L’Armée Nationale.
Rappelons les faits : le  17 Février 1991 Mr Boularès est nommé à la tête du Ministère de la Défense Nationale en remplacement de Mr Abdallah Kallèl appelé à diriger le Ministère de l’Intérieur. Son mandat sera de quelques mois, mais il marquera à jamais l’Armée Nationale. Comme certains de mes camarades Officiers Supérieurs à l’Etat-Major, j’ai assisté à la cérémonie de passation des pouvoirs entre les deux Ministres, au siège de la Défense Nationale.
 A cette époque  je ne connaissais pas personnellement l’homme politique mais je connaissais l’homme de culture, l’auteur de Mourad III. Entre Avril et Juillet 1991, une grosse opération d’épuration de l’Armée Nationale  a été décidée par Ben Ali, exécutée par le Ministre de l’Intérieur Abdallah Kallel et soutenue par le Ministre de la Défense Nationale et le Commandement Militaire de l’époque. Il fallait trouver un motif : le complot militaire  imaginaire de Barraket Essahel, fabriqué de toute pièce par les services spéciaux de sûreté de l’Etat, dirigés par Mohamed Ali Ganzoui.
Près de deux cent cinquante  brillants militaires entre Officiers Supérieurs, Officiers Subalternes, Sous-officiers et Hommes de Troupe ont été accusés, à tort, d’appartenir au Mouvement intégriste Ennahdha et de préparer un coup d’Etat. Le lieu de préparation de ce coup d’Etat fictif, choisi par les services de sûreté de l’Etat, est le patelin de Barraket Essahel.
Comme la plupart de mes camarades touchés par cette affaire, j’ai été arrêté, sur mon lieu de travail, par la Sécurité Militaire, puis livré au Ministère de l’Intérieur  où j’ai été soumis à la torture pendant plusieurs semaines pour un crime que je n’ai pas commis.
 Les centaines de militaires arrêtés et torturés comme moi ont été livrés, sans autre forme de procès,  entre les mains des tortionnaires de Abdallah Kallel et de Mohamed Ali Ganzoui sans aucune vérification ni enquête interne au niveau du Ministère de la Défense Nationale. Mr Habib Boularès n’a pas jugé utile de prendre les précautions d’usage à son niveau alors qu’il disposait de structures parfaitement compétentes pour le faire, en l’occurrence la Sécurité Militaire et le Tribunal Militaire.
La suite on peut l’imaginer : après des semaines d’humiliation et de tortures  nous avons été, pour la majorité d’entre nous, libérés et mis à la disposition du Ministère de la Défense Nationale. Ce dernier au lieu de réparer sa « faute morale » commise à l’égard de ses meilleurs cadres, il les a tout simplement révoqués en dépit de leur innocence. La majorité des victimes  ont perdu leur métier, sont privés de leurs pensions et ont été durant près de vingt ans harcelés et pourchassés par la police politique. Une longue traversée de désert les a maintenus en marge de la société. Ils ne pouvaient ni parler de leur tragédie aux médias, ni s’exiler à l’étranger puisqu’ils sont sous contrôle stricte  de la police.
Grâce à la révolution, je peux aujourd’hui vous parler de cet épisode triste que Mr Habib Boularès a probablement oublié. Sa responsabilité morale est totale ; celle du Commandement Militaire de l’époque l’est également.
Je dois rappeler à Mr Habib Boularès que le jour où il a présenté son livre Hannibal devant un parterre d’intellectuels, à l’espace Sophonisbe, j’étais présent. En tant que militaire, je m’intéressais naturellement à l’histoire du plus grand Général de tous les temps. A l’issue de votre présentation, vous avez signé des dédicaces. Vous m’avez écrit un mot gentil et je vous ai remis une lettre qui vous exposait la tragédie de Barraket Essahel que mes camarades et moi ont vécue. Je suis parti en nourrissant l’espoir que vous me  rappeliez. J’attends à ce jour une réaction de votre part !
L’on se  demande aujourd’hui si Mr Habib Boularès, l’homme de culture et auteur de Hannibal, a bien réfléchi en prenant la décision historique de jeter ses meilleurs Officiers dans les geôles du Ministère de l’Intérieur et aider à l’écrémage méthodique de la « Grande Muette ». Il a contribué ainsi à la destruction de centaines de carrières militaires vouées à un brillant avenir, à la détresse  incommensurable de milliers de familles et aux malheurs de femmes et d’enfants innocents.
Je laisse à Mr Habib Boularès le soin de méditer sa propre réflexion quand il dit :
«…l’homme politique qui ne se donne pas la peine de réfléchir sur son action court le risque de se fourvoyer « .
Que Mr Habib Boulares sache aujourd’hui que les Tunisiens, après le 14 Janvier,  sont en droit de connaitre les raisons qui l’ont poussé à agir de la sorte. Aura-t-il le courage intellectuel de le faire ?
Est-ce la raison d’Etat ? Est-ce l’hégémonie du Ministère de l’Intérieur qui  a dicté sa loi au détriment de la Défense Nationale ? Est-ce la peur de Ben Ali qui a paralysé le Ministre et brillant intellectuel ainsi que le Haut Commandement Militaire de l’époque (Conseil Supérieur des l’Armées) composé de Généraux ?
Lieutenant-Colonel (R)  Mohamed Ahmed                                                                   
Ancien assistant du Chef d’Etat-Major
de l’Armée de Terre.

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