26 juillet 2010

Gaza : Tuer les abeilles

samedi 24 juillet 2010

InGaza - IPS


Sa’id Hillis, âgé de 60 ans, s’occupe des abeilles depuis qu’il était petit garçon. Jusqu’à ce que l’agression israélienne de 2008-2009 ait tout bouleversé.

Sa’id possède 20 dunams de terres agricoles (un dunam représente 1000 mètres carrés) dans Sheyjayee, à l’est de la ville de Gaza et à environ 400 mètres de la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Jusqu’à 2009, la ferme avait des centaines d’arbres et élevait plus de 10 000 poulets. « Tout a été détruit par les attaques israéliennes, » raconte Hillis.

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La guerre israélienne de 2008-2009 contre Gaza et longue de 23 jours a détruit plus de 35% des surfaces agricoles du territoire assiégé, selon l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Ceci comprend les surfaces d’élevage des poulets et des bovins, et les terres cultivées.

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Oxfam relève que les effets conjugués de la guerre israélienne contre Gaza et le maintien d’une zone-tampon rendent près de 46% des surfaces agricoles, inexploitables ou inaccessibles. Depuis que leurs moyens de subsistance tirées des terres ont disparu, la famille de Hillis qui est composée de 13 personnes, a survécu grâce au revenu que Ramzi, le fils aîné de Sa’id, tire de son taxi.

« Nous avions jusqu’à 250 ruches pour les abeilles, mais elles ont été écrasées au bulldozer par les Israéliens en 2004, » dit Ramzi Hillis, âgé de 29 ans, depuis sa maison située à un kilomètre de la frontière.

Marchant derrière la maison, Hillis montre les restes d’un patrimoine familial. « Après que les ruches aient été détruites il y a six ans, nous avons racheté des abeilles et avons développé l’activité. » Jusqu’à la guerre contre Gaza, ils avaient achetés au moins 80 ruches. « Quinze ruches sont mortes pendant le bombardement, » dit-il. « A cause de la fumée du phosphore. »

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Ruche par ruche, Hillis montre la colonie qui a survécu. « Chaque boîte devrait contenir au moins huit cadres, » dit-il. Les cadres sont des panneaux rectangulaires très légers sur lesquels les abeilles fixent leurs alvéoles de cire. Mais ils sont clairsemés et d’importance inégale. « Ces cadres sont peu chargés cette année, à cause des effets des bombardements. »

Les terres de la maison de Hillis, jusqu’à la ligne d’arbres du côté israélien de la frontière, sont une grande zone stérile malgré les courageuses tentatives des fermiers palestiniens de cultiver le blé sous les tirs presque quotidiens des soldats israéliens.

« Il y avait ainsi beaucoup d’arbres dans ce secteur, mais ils tous ont été rasés au bulldozer ou bombardés, » dit Hillis. « Les abeilles peuvent encore survivre, mais elles doivent travailler plus dur, aller toujours plus loin pour trouver leur nourriture. »

Selon Hillis, les abeilles doivent voler jusque six kilomètres dans leur recherche de fleurs.

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Après un hiver avec peu de ressources naturelles et avec des suppléments d’eau sucrée, la qualité du miel est pauvre, et il se vend pour environ 70 shekels (12 euros) le kilo.

« Le miel recueilli en septembre se vend jusqu’à 116 shekels le kilo, » dit Hillis, « parce que les abeilles passent l’été en cherchant au loin les fleurs sauvages et les arbres fruitiers. »

Hassan Zaneen, âgé de 16 ans, apprend le métier d’apiculteur avec son père Mohamed. La famille a une petite ferme avec des ruches, quelques moutons et chèvres et quelques oliviers dispersés ici et là.

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Hassan Zaneen prend des précautions pour montrer les ruches, mettant une combinaison intégrale et un masque couvrant le visage. Tenant la longue poignée d’un petit récipient, il allume l’herbe sèche qui s’y trouve puis disperse la fumée sur les ruches.

« Cela calme les abeilles, » explique-t-il, « les dissuadant de nous attaquer lorsque nous nous approchons de leurs ruches. »

L’adolescent retire un cadre après l’autre, recherchant l’abeille reine. Et finalement, il montre sa forme toute dorée au milieu des petits corps rayés des ouvrières.

« Elle vit plus longtemps que les autres, jusqu’à une année. Les ouvrières vivent environ un mois, » explique Zaneen. « Durant le printemps, elle pond environ 1500 oeufs chaque jour. »

Mohamed Zaneen explique que la durée de vie des abeilles est affectée par la pénurie de nourriture et les difficultés de leur survie.

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« Nous avions plus de 10 dunams de terres avec des oliviers. Les abeilles ont prospéré tant que ces arbres étaient là. Leur miel était fort [au goût] et d’excellente qualité. Nous avons gagné jusqu’à plus de 8000 dollars par an juste avec les ventes du miel, » dit-il.

« Mais maintenant nous n’avons plus que 18 arbres, et les plus âgés ont à peine quatre ans. Aussi les abeilles sont-elles nourries avec des suppléments d’eau sucrée et elles ne produisent du miel qu’une fois par an, et non pas deux fois comme elles le faisaient auparavant. »

Ils récoltent le miel en avril, mais même avant avril il y a un peu de miel à prélever. Zaneen creuse un peu dans un nid d’abeilles, mettant en évidence le miel couleur or foncé.

Le meilleur miel - Mohamed Zaneen et la plupart des habitants de Beit Hanoun sont d’accord là-dessus - vient habituellement de Beit Hanoun. Renommée pour ses citronniers et ses orangers, la région au nord de Gaza était un véritable asile pour les abeilles.

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Mahdi Zaneen, âgé de 19 ans, est de Beit Hanoun et vit à deux kilomètres de la frontière au nord.

« Notre famille a élevé des abeilles pendant plus de 30 ans, » dit-il. « Nous avons eu jusqu’à 500 ruches, mais elles ont été détruites au bulldozer en 2003 par l’armée israélienne. »

En 2010, la famille Zaneen a essayé de relancer son élevage d’abeilles. « Elles sont mortes, il n’y a aucune nourriture pour elles maintenant, » dit Zaneen, faisant des gestes vers un paysage vidé de ses arbres.

Abdel Latif Dabous s’est occupé d’abeilles pendant 10 ans. « Nous avons maintenant 21 ruches, mais avant la guerre israélienne contre Gaza nous en avions 75. La majorité sont mortes à cause des obus au phosphore et à cause de la violence des détonations dues aux bombardements.

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Ahmed Zohrob a appris le métier avec son père, et les pots de miel sont alignés derrière une vitre dans son magasin de Rafah. Alors qu’il est ingénieur électricien de profession, il préfère travailler avec le miel.

« Goûtez ceci, » dit-il, prenant un peu de miel. « Il est léger, avec un soupçon d’orange. En automne il sera plus foncé parce que les abeilles se seront régalées de fleurs tout l’été. »

Quelques apiculteurs, en raison de rendements limités, mélangent du sucre avec le miel. Un kilo de miel mélangé se vend pour approximativement 50 shekels le kilo, mais le miel pur se vend plus de deux fois plus.

Les pots sont remplis jusqu’au bord avec le nectar que Zohrob apprécie tant. « Il peut être utilisé pour traiter plus d’une centaine de maladies, » dit-il.

Mais bien que le miel soit de qualité, il ne quittera pas Gaza soumis au blocus depuis que le mouvement du Hamas a été élu en 2006, un blocus encore renforcé à la mi-2007 à un degré tel que très peu de choses peuvent entrer et que pratiquement rien ne sort.

19 juillet 2010 - InGaza - Vous pouvez consulter cet article à :
http://ingaza.wordpress.com/2010/07...
Traduction : Nazem

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